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Doit-on sauver les black bloc ?

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Publié le

20 novembre 2018

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Pour Benoît Labre, les Black Blocs s’inscrivent dans le grande tradition du chahut et de la révolte estudiantine. À l’inverse, Marc Le Blévenec les considère comme des proto-terroristes bourgeois sans visée politique dont les actions détournent l’attention des vrais enjeux sociaux.

 

Oui, il faut sauver les black bloc, par Benoît Labre

 

Tout le monde parle du « black bloc », dans la presse d’opinion notamment, le plus souvent en pleine ignorance de cause. Le « bloc noir » est ainsi le « miroir noir » de nos contemporains, qui projettent leurs hantises sur lui, fantasmes ou sarcasmes, le plus souvent incohérents mais ô combien révélateurs. Dis-moi ce que tu hais, je te dirai qui tu es… Avec de tels attaquants, les « casseurs de vitrines » n’ont pas besoin de défenseurs. Il ne s’agirait donc pas ici de « défendre » le « cortège de tête », qui sait très bien se défendre tout seul, mais seulement de faire une très brève histoire des « black blocs ». Rien de tel que la vérité nue – ou même en capuche – pour dégonfler les délires de ceux qui parlent pour ne rien dire. Comme, dernière mode à droite hors-les-murs, traiter ces « activistes » de « bourgeois » petits ou grands, ce qui ne veut strictement rien dire, et est même autant risible que ridicule dans des journaux droitistes prônant la sainte alliance de la bourgeoisie et des classes populaires. C’est, comme on dit, l’hôpital (Necker) qui se fout de la charité.

 

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Mais revenons à nos moutons (noirs)… Le premier « Schwarzer Block » naît en 1980 à Berlin Ouest dans les mouvances anarchistes « autonomes » pour défendre contre les « forces de l’ordre » les « squats » et autres lieux autogérés menacés d’expulsion. Si cette tactique libertaire d’action directe collective se répand dans les milieux anticapitalistes, c’est en 1991 que le « black bloc » apparaît une première fois médiatiquement parlant aux Etats-Unis lors de manifestations contre l’intervention américaine lors de la « Guerre du Golfe ». Mais la médiatisation du « black bloc » se fait vraiment à partir du congrès de l’OMC à Seattle en 1999, puis lors du sommet du G8 en 2001 à Gênes (auquel l’auteur de ces lignes a participé activement au sein du « black bloc » justement). Depuis, si c’est essentiellement un mouvement européen et nord-américain, des « black blocs » se sont formés à l’occasion de nombreux soulèvements populaires dans le monde, comme en Egypte ou au Brésil.

Les « black blocs » et autres « cortèges de tête » s’inscrivent dans une très longue tradition d’expression politique, qui est celle de l’émeute populaire mais aussi estudiantine, avec ses dimensions charivaresques, carnavalesques, spectaculaires.

Le phénomène « black bloc » est ainsi toujours lié à des manifestations d’opposition populaire, plutôt classées à « gauche », antiautoritaires et anticapitalistes, dont il est une des formes d’expression de même que les « ZAD ». La formation du fameux « cortège de tête » des manifestations qui tend à remplacer l’expression « black bloc » est même un signe de cette relative unité contestataire non sans tensions par-delà la pluralité des motivations et des modalités de contestation. Mais remontons en amont. Les « black blocs » et autres « cortèges de tête » s’inscrivent dans une très longue tradition d’expression politique, qui est celle de l’émeute populaire mais aussi estudiantine, avec ses dimensions charivaresques, carnavalesques, spectaculaires. Les nostalgiques de la « vieille France » voire de l’Ancien Régime feraient bien de lire les ouvrages d’historiens comme Charles Tilly, Roger Dupuy ou Jean Nicolas à ce sujet.

 

On peut les critiquer ou les moquer tant qu’on voudra, voire vouloir les interdire – « Interdire le black bloc ??? » grand éclat de rire d’un ami qui traîne souvent ses baskets dans les « cortèges de tête » et à qui je faisais part d’un absurde projet de débat « Faut-il interdire le black bloc ? » auquel on m’avait proposé de participer dans un canard droitard – ils ont pour eux, même dérisoires, la tradition et l’histoire.

 

Non, il ne faut pas sauver les black bloc, par Marc Le Blévenec

 

Vous avez des gueules de fils à papa. Je vous hais comme je hais vos pères – bon sang ne saurait mentir. Vous avez le même regard mesquin. Vous êtes apeurés, sans certitudes ni espoir, certes, mais vous savez aussi être tyranniques, faire du chantage, et vous montrer arrogants et effrontés: prérogatives de petits-bourgeois, mes chers. Tandis qu’hier à Valle Giulia vous vous bâtiez avec les policiers, moi, je sympathisais avec eux. Car eux sont fils de pauvres », s’enflammait naguère Pier Paolo Pasolini, et non sans raison. Organisés en structures éphémères, ni structurées, ni structurantes, coupables d’actions collectives violentes, ces anarchistes issus de mouvements libertaires justifient leur utilisation de la violence par ce seul argument: « Le capitalisme est plus destructeur que nos actions directes ». Les Blacks Blocs naissent de la Guerre (du Golfe) et y retourneront, car au fond, ils ne sont plus des militants politiques, mais des artistes de bonne famille. Les Black Blocs se conduisent en enfants-gâtés. Leur but, déclarent-ils, n’est autre que de révéler, et mettre en exergue la violence latente dans la société, en… brisant des vitres. C’est ainsi qu’ils se confessent.

Les Black Blocs se conduisent en enfants-gâtés.

La violence physique est la seule violence que craint le bourgeois. Effectivement, la violence économique, le bourgeois ne peut la connaître, puisque c’est lui qui en impose les codes. La seule expression qui leur est intelligible, c’est la violence physique. Quand ils attaquent un McDonald’s, stade suprême du capitalisme, ils ne s’en prennent qu’aux employés qu’ils effraient: pas aux patrons. Une vitre de 7 000 euros, pour une enseigne de fast-food internationale est assez aisément remplaçable, alors qu’une grève de cheminots à 20 000 000 d’euros par jour (selon G. Pepy) est plus difficilement soutenable. Ces Blacks Blocs se rendent victimes et coupables d’un masochisme de classe couplé avec l’impossibilité de s’extraire d’un raisonnement purement bourgeois. Ces Belphégor de pacotille ne sont que des proto-terroristes. Jamais ils ne suivront les pas de « feu » leurs camarades d’Action Directe ou de la bande à Baader.

 

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Terroriser les patrons… ils le fantasment sans pousser leur logique jusqu’au bout. Ils ne font ni bouger la superstructure, ni l’infrastructure. Au contraire, leurs actions violentes détournent l’attention des médias sur la contestation sociale en jeu. Ils ne peuvent et ne pourront jamais espérer d’adhésion massive et populaire. À partir de quand les forces de l’ordre sont-elles intervenues pour déloger les occupants de Tolbiac la rouge ? Quand les Assemblées Générales ne rassemblaient plus, quand l’effet de masse s’estompait et que le rapport de force, moteur du politique s’essoufflait. Or, ces groupuscules ne suscitent aucune adhésion, leur action est désapprouvée par l’opinion publique et donc leur action politique est nulle. La violence pour la violence, s’ils ne font pas de politique, ils font une belle « performance » d’art contemporain.

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