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Doxa éducative, un projet totalitaire : entretien avec Marie-Estelle Dupont

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Publié le

20 juin 2025

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Psychologue clinicienne, Marie-Estelle Dupont bat en brèche la doxa actuelle sur l’éducation, complaisamment relayée par le gouvernement, et appelle de ses vœux à la refondation d’une transmission apaisée, fondée sur le noyau familial.
© Benjamin de Diesbach

Y a-t-il selon vous un désir de l’État français de s’interposer entre les enfants et leurs parents ? Peut-on parler de dérive républicaine ?

Ce n’est pas du tout républicain. C’est d’inspiration communiste, soviétique, spartiate éventuellement. Alors que les sources de la République, notamment romaine, ont été fondamentales pour l’instauration de la figure paternelle, justement. Le pater familias, c’est la République romaine. Faire de notre progéniture les pupilles de la nation, c’est un projet totalitaire qui ne dit pas son nom, puisque l’idée, c’est d’arracher l’homme à ses attaches familiales pour le recréer selon un programme qui se serait autoproclamé vertueux. Cette intrusion dans l’intime est une manière de mettre un écran de fumée pour masquer l’échec de l’État sur des missions régaliennes, à commencer par l’instruction. Plus l’État veut nous expliquer à notre place ce que nous devons faire sur le plan affectif ou émotionnel, plus il veut nous supplanter sur des sphères qui relèvent de la sensibilité et de la culture familiale.

De quand date cette volonté étatique que vous définissez comme totalitaire ?

On peut remonter à l’imposture des Lumières et à la Révolution française. Sous l’Ancien Régime, il y avait des liens communautaires qui fonctionnaient très bien et qui faisaient qu’on pouvait se passer d’un État central. On a réécrit l’histoire en diabolisant complètement tout ce qu’il y avait sous l’Ancien Régime pour justifier un État central tout-puissant. Le deuxième moment, c’est la déspiritualisation profonde de l’Occident après la Seconde Guerre mondiale, qui a entraîné en retour une sorte de sacralisation de la fonction étatique… Il suffit de s’arrêter sur les mots une seconde : « ministère de l’Éducation nationale » quand on y pense, c’est assez dérangeant. En Suisse, on parle de ministère de l’Instruction, ce qui est à mon sens plus juste : l’instruction, ce sont les apprentissages fondamentaux mais aussi une forme d’instruction civique. Mais l’« éducation » revient uniquement à la sphère familiale. Pour l’État français, il s’agit plus de « rééduquer » que d’instruire.

Lire aussi : De l’Instruction publique à l’Éducation nationale

Vous évoquez notamment la manière dont cette volonté étatique récente nous a fait passer de l’enfant-roi issu des Trente glorieuses à l’enfant-martyr de l’ère covidiste…

L’enfant-roi et l’enfant-martyr sont les deux faces d’un même problème. Pour évacuer les problèmes générationnels, on horizontalise la relation adultes-enfants ; on indifférencie les sphères publiques, privées, intimes ; et on indifférencie maintenant aussi les sexes. Tout cela fait plaisir aux idéologues mais ça dessert l’enfant en instaurant un déni total de ses besoins.

Quels seraient les leviers pour renverser la situation ?

Déjà, redonner de la liberté de choix et de décision aux personnes qui sont sur le terrain. C’est-à-dire que les circulaires qui partent des cabinets ministériels ne sont pas dans le champ de la réalité. Donc, redonner la main aux politiques de proximité et cesser de se couper du bon sens des acteurs locaux. Et puis, il y a quand même un vrai problème sur la formation des éducateurs en France. La vision technocratique, statistique et algorithmique de l’État actuel nie le travail de ces personnes, et confisque la dignité humaine. Ils considèrent l’enfance comme une simple variable d’ajustement. À la limite, le plus grand service qu’ils pourraient nous rendre concernant l’éducation, c’est de ne plus s’en occuper.

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