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De l’Instruction publique à l’Éducation nationale

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Publié le

18 juin 2025

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Lieu de contact privilégié entre l’État et les enfants, l’enseignement a progressivement glissé de la formation des intelligences à la rééducation des futurs citoyens.
© Facebook Ministère de l’éducation nationale

Si les premières occurrences remontent au XVIIIe siècle, le débat entre instruction publique et éducation nationale devient brûlant à la Révolution. « L’instruction publique éclaire et exerce l’esprit ; l’éducation nationale doit former le cœur », distingue Rabaut-Saint-Étienne. Il y a d’un côté la formation des intelligences ; de l’autre un plan global, touchant aux vertus, croyances et devoirs civiques à inculquer pour façonner les citoyens de demain. Les plus enragés des révolutionnaires prônent l’éducation nationale. Ainsi Le Pelletier, dont le projet est lu par Robespierre : « La totalité de l’existence de l’enfant nous appartient. » Ou le conspirateur Babeuf : « Le principal objet de l’éducation doit être de graver profondément dans tous les cœurs les sentiments de fraternité générale, que contrarie et repousse le régime exclusif et égoïste des familles. » Églises, régions, familles : tout ce qui obstrue la relation entre l’État et ses futurs citoyens est un ennemi. C’est toutefois l’instruction, défendue par Condorcet au motif que l’éducation serait le cache-sexe de l’endoctrinement, qui triomphe dans les textes. En 1824, Charles X crée un ministère des Affaires ecclésiastiques et de l’Instruction publique, spécifiquement dédié à l’enseignement quatre ans plus tard : le ministère de l’Instruction publique est né.

La IIIe République se range du côté de l’instruction, mais l’éducation fait son retour dans les discours de Jules Ferry, qui veut fonder « une éducation nationale […] sur des notions du devoir et du droit que le législateur n’hésite pas à inscrire au nombre des premières vérités que nul ne peut ignorer ». Les cours d’instruction morale et civique sont institués : « Si vous voulez chasser des esprits les utopies, si vous voulez émonder les idées fausses, il faut que vous fassiez entrer dans l’esprit et dans le cœur de l’enfant des idées vraies sur la société où il doit vivre, sur les droits qu’il doit exercer. » L’éducation nationale passe dans les faits : messianisme laïc des hussards noirs, chasse aux parlers locaux, etc. C’est en juin 1932, sous la houlette d’Édouard Herriot, que la République assume ses velléités en fondant le ministère de l’Éducation nationale. Son premier chef est Anatole de Monzie, pourfendeur des régionalismes et futur collaborateur. Il expliquera le changement de nom en se réclamant de Rousseau, Turgot et Robespierre (qu’il qualifie de « saint de la Démocratie ») : l’objectif, c’est « l’école unique », avec pour principe « l’égalité scolaire, la règle d’intégrale gratuité, l’obligation pour l’État de trier et d’orienter les aptitudes enfantines ou juvéniles ». En somme, tous les enfants doivent passer entre les mains de l’État. Au long cours, les tensions sur l’école libre sont comme le sismographe des velléités (ré)éducatrices de la République. Un temps abandonnés, les cours d’éducation civique font leur retour en force dans les années 80-90, à tous les niveaux. Les cours d’éducation sexuelle sont rendus obligatoires avec la loi Aubry en 2001.

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Un homme aussi cultivé que Vincent Peillon savait bien dans quelle filiation il s’inscrivait en déclarant en 2012 : « Pour donner la liberté du choix, il faut être capable d’arracher l’élève à tous les déterminismes, familial, ethnique, social, intellectuel. » Pour servir cet objectif, l’Éducation nationale dispose de deux leviers. Un levier direct : les programmes scolaires. Le ministère Vallaud-Belkacem en fut une brillante illustration, avec ses programmes d’histoire réinterprétant « l’ensemble du développement de l’Occident et de la France à travers le prisme du colonialisme et de ses crimes » (Pierre Nora), ou, pour ce qui concerne l’enseignement civique, les fameux ABCD de l’égalité, qui prétendaient lutter contre le sexisme en vertu de la théorie du genre. Dernièrement, c’était l’adoption par le Conseil supérieur de l’éducation (CSE) du programme d’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle (Evars), sous la houlette d’Élisabeth Borne. L’autre levier est indirect : c’est l’invitation d’associations agréées par le ministère à intervenir dans le cadre scolaire. On pense aux associations pro-avortement (Le Planning familial), pro-LGBT (SOS Homophobie) ou pro-migrants (La Cimade), dont le réseau Parents vigilants dénonce régulièrement le prosélytisme.

Face à notre déliquescence civilisationnelle, jamais le besoin d’éducation n’a été si urgent. Le problème, c’est que le progressisme forcené de l’Éducation nationale alimente la décivilisation au lieu de l’endiguer. L’éducation révolutionnaire a gagné – le patriotisme en moins.

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