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D’Underground Youth à DJ Muggs : L’apocalypse sur votre platine

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Publié le

29 mars 2021

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Si la fin du monde résonne fortement dans le cinéma actuel, elle n’épargne pas la musique pop. Trois sorties discographiques reflètent ce fond noir de l’air du temps. D’un côté l’album de DJ Muggs (Cypress Hill) pour le versant hip-hop californien, de l’autre les groupes Elephant Tree (Stoner Rock), Domkraft (psychédelisme noir) et Summoner (métal classique psyché) réunis par leur label Magnetic dans le coffret Day of Doom. Enfin, dans la famille dark folk, les Underground Youth, originaires de Manchester mais exilés à Berlin, chantent la catastrophe à venir avec The Falling.
Underground Youth

DJ Muggs the Black Goat (la chèvre noire), figure de l’aristocratie hip hop californienne, offre avec Dies Occidendum un opus qui n’aurait pas dépareillé dans la bande-son du Rosemary’s baby de Roman Polanski, un heureux mélange de rock psychédélique, de folk tzigane et de trap, la musique actuelle des ghettos. Un album qui, comme le menaçait Marcelus dans Pulp fiction, « gonna get medieval on your ass ». Les seules voix que l’on entend sur ce disque viennent de dialogues sans doute extraits d’un film fantastique des années soixante de la Hammer. On ne remerciera jamais assez celui qui a pris comme symbole un animal démoniaque de nous réveiller l’âme par la peur. En son temps, Jérôme Bosch, peignant des visions de l’enfer parvenait de la même manière à raviver la Foi par l’effroi. Cette conception du christianisme originel nous console parfois des errements mièvres post Vatican II.

Les rois de la boue

De Screaming Jay Hawkins à Black Sabbath en passant par Joe Meek, le rock a depuis toujours flirté avec les « peurs indicibles » chères à Jean Ray, l’auteur de Malpertuis. Si le label Magnetic Eye est basé à Los Angeles, ses poulains viennent de tous les coins du monde électrifié. Le Royaume-Uni pour Elephant Tree, la Suède pour Domkraft, l’Australie pour Horsehunter, et les États-Unis pour Summoner. Tous ces groupes se sont réunis un soir de novembre 2019 afin d’injecter un peu de testostérone dans le très gender fluid quartier de Brooklyn. De tous ces groupes rassemblés pour annoncer l’apocalypse, le plus convaincant reste Domkraft.

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Les membres de ce collectif de Stockholm évoquent les fêlés d’Hawkwind, un groupe de freaks britannique qui vit passer en son sein Lemmy de Motorhead comme Michael Moorcock, le père d’Elric le Nécromancien. Domkraft a également pour mentor les Spacemen 3, un groupe sans limites qui voyait dans la répétition des phrases musicales couplée aux drogues un moyen d’accéder à d’autres dimensions du réel. Les musiciens de Domkraft sont quant à eux de fiers descendant de Vikings qui ont échappé à la castration des socio-démocrates de leur pays et que leurs fans ont pris l’habitude de surnommer les « kings of sludge », soit les « rois de la boue ». Et il est vrai que les compositions de cette formation font penser à un marécage que traverseraient des forces obscures jusqu’à donner naissance à un Golem devenu prophète de la fin des temps.

Le jeune homme et la mort

Avec l’album The Falling, Craig Dyer, le leader d’Underground Youth explore les joies de la délectation morose. Un opus oscillant entre le folk et le rock gothique dont le climax « Vergiss Mich Nicht » évoque la confrontation de l’artiste à la mort : « Je pense qu’il y a toujours une peur en tant qu’artiste que le travail que vous produisez ne soit pas apprécié et finisse par être oublié, tout comme vous aspirez à rester dans la mémoire de vos amours et de vos amis. C’est ce sentiment, à la limite du narcissisme, que je voulais décrire ». Fol espoir de résister à l’effacement du temps… Il est amusant de constater que si Craig Dyer baigne dans les références des groupes de la scène dark folk, à l’inverse de ses aînés (Current 93 ou Death In June), il panique à l’idée de toute association politique « non correcte ». L’apocalypse, oui, mais dans les limites autorisées par la Bien-Pensance… De Los Angeles à Stockholm en effectuant un détour par Brooklyn et Berlin, les trompettes de Jéricho soufflent à grand vent nos angoisses de catastrophe finale. La fin du monde a encore de beaux jours devant elle.

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