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Écosser est-il de droite ?

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Publié le

1 juin 2026

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L’actualité récente nous a montré que le sapin de Noël est aussi politique qu’une constitution et le foie gras un marqueur de civilisation aussi manifeste que le droit de vote. Mais comment décider à coup sûr ce qui est de droite ou de gauche ? Notre chroniqueur Richard de Seze répond.
© DR

Écosser, c’est enlever de la cosse, sortir les graines ou les fruits : on écosse les petits pois et les châtaignes, et aussi, quand on est petit ou curieux, toutes ces enveloppes plus ou moins sèches qui pendent aux arbustes, comme les cosses de genêt à balais, translucides puis, une fois mûres, noires, plates et poilues, qu’on appelle gousses, et d’ailleurs c’est la même chose. On dirait des élytres desséchés.

Écosser les petits pois ou les fèves fait partie de ces activités de petite mystique du quotidien qui enseignent la patience, et parfois la résignation, quand la cosse ouverte ne contient que de maigres graines, d’épars pois rachitiques ou, pire, ratatinés parce que desséchés – sans parler des pois effleurés par le duvet de la pourriture de la cosse et qu’on regarde, notre esprit absorbé en lui-même par un intense combat moral : doit-on privilégier la santé de tous en écartant ce pois rondelet qu’on a débarrassé d’un pouce précis du peu de blanc qui le souillait, à peine, si peu ? Ou doit-on lutter contre cet hygiénisme grotesque qui exige que tout soit aseptisé et entraîne la disparition des vrais fromages ? Mais cette volonté réactionnaire – et donc bienvenue – de lutter contre le modernisme destructeur ne cache-t-il pas une radinerie sans gloire, des tendances avaricieuses ?… C’est bien assez d’avoir acheté ces petits pois frais au kilo et de voir le gros tas de cosses se transformer en une pauvre poignée de petits pois, s’il faut en plus en rejeter un, autant les acheter en boîte et retrouver la saveur coupable et délicieuse des petits pois de la cantine ! On est parfois au bord de confondre la valeur d’usage avec la valeur financière.

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C’est à regret que j’ai posé le petit pois pourri avec les cosses et non pas dans le plat. J’avais bien vu que l’avarice prenait le pas sur la prudence. La cosse suivante, remplie de gros pois luisants serrés les uns contre les autres
 d’un bout à l’autre de leur enveloppe m’a donc réjoui. Écosser c’est faire le pari de la générosité de la nature et s’enchanter de voir s’offrir, dodus ou potelés, pois et fèves, après avoir eu, parfois, la satisfaction d’un écossage parfait, les deux valves de la cosse déhiscente s’ouvrant en un seul geste et aucun pois ne s’échappant pour aller rouler sur le sol (où on le repêche ; passe encore pour le pois de tout à l’heure, concédé à la prudence, mais pas question de considérer le sol comme une zone ennemie).

On le voit, écosser rapproche de la nature, exerce la motricité fine, enseigne aux enfants l’émerveillement de l’observation et l’étonnement de la diversité – là où la conserve présente des pois égalitaires et standardisés, donnant l’idée fausse d’une norme naturelle –, réunit la famille, ajoute à la saveur et, dans le cas des jeunes fèves, exerce vraiment la patience. Pas un guide de développement personnel ne peut aligner autant de vertus tranquilles et immémoriales. Écosser, activité domestique, placide, pensive et nourricière, est de droite.

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