[qodef_dropcaps type= »normal » color= »red » background_color= » »]d[/qodef_dropcaps]ernière marotte agitée par les faux subversifs de la domination universitaro-bourgeoise, l’écriture inclusive est en réalité une ringarde absurdité venue des années 1970. Déconstruction d’un vain déconstructivisme.
L’écriture inclusive ne sera pas l’avenir de l’homme.
Des Indigènes de la République au très libéral quotidien Les Échos, de la Documentation française aux entreprises du CAC 40, le langage épicène 11 est décrit comme la méthode qui doit vaincre un sexisme devenu partout présent, maladie d’une société considérée comme machiste. L’homme est appelé à se repentir de sa domination phallocratique, patriarcale jusqu’en la syntaxe et la grammaire. Le masculin doit donc s’aligner et même s’effacer au nom de l’égalité « homme femme » pour répondre aux incantations d’une poignées de linguistes et de communicants. C’est de cette volonté stupéfiante de l’égalitarisme à tout prix qu’est née l’écriture dite inclusive, « une nouvelle orthographe censée rendre notre langue moins sexiste », comme l’explique Corine Dillensenger sur le site des Échos.
Cette réforme est basée sur trois principes: favoriser le langage épicène, c’est-à-dire utiliser un nom neutre en place d’un nom sexué, comme Humain à la place de Homme ; écrire le féminin et le masculin de chaque mot non-épicène, par ordre alphabétique, et accorder avec le dernier ; utiliser le point médian pour séparer les radicaux des terminaisons quand les autres artifices ne peuvent s’appliquer : les abruti·e·s.
La genèse
Pour en comprendre la genèse, il faut revenir aux années 70 et à la publication par Benoite Groult du livre Ainsi soit-elle. Cette grande bourgeoise décide de partir en croisade pour la condition féminine quitte à broder un peu sur la réalité de celle-ci au Moyen-Âge. En 1984, Yvette Roudy, ministre des droits de la femme, la nomme à la présidence de la « Commission de terminologie pour la féminisation des noms de métiers, de grades et de fonctions ». Première tentative administrative de changer la langue française. Cette voie détournée est stratégiquement un bon coup pour éviter le regard sévère de l’Académie Française. Il faut dire que l’institution du quai Conti n’est pas très souple sur quoi que ce soit dans ces années mitterrandiennes. Pour rappel, siègent à l’époque sous la Coupole : Jean Dutourd, Michel Déon, Maurice Druon, Michel Mohrt, Eugène Ioneco, Pierre Messmer, Félicien Marceau, Thierry Maulnier, Georges Dumezil. Jacques Laurent ne tardera pas à les rejoindre. Pas vraiment une bande de progressistes enragés. Plus de trente ans après, l’Académie reste le village gaulois des lettres françaises, en s’obstinant à refuser droit de cité au progressisme grammatical.
Ainsi, Hélène Carrère d’Encausse est bien le Secrétaire perpétuel de la noble institution et non la secrétaire d’une assemblée de seniors. C’est donc la norme qui la sauve du rôle réducteur et patriarcal auquel l’application de ce féminisme l’assujettirait. France Inter notera laconiquement, le 20 janvier dernier : « Pour l’Académie française, pas question de parler d’une “auteure” ou d’une “professeure” : la Langue française, selon les Immortels, ne dispose pas d’un suffixe unique permettant de féminiser automatiquement les substantifs. »
Carré, concis… imparable. Enfin, presque
L’écriture devient hermaphrodite
La seconde offensive administrative a lieu en novembre 2015 avec la sortie du Guide pratique pour une communication publique sans stéréotype de sexe, édité par le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes. Comment résister à cette nouvelle attaque ? Un académicien peut-il se relever de ce coup de point médian asséné par l’autorité publique ?
Les médias qui vivent sous perfusion de subventions, afin de contenter le pouvoir en place et ses tropismes idéologiques féminisent systématiquement les titres
Selon la théorie néo-institutionnelle, une pratique se diffuse sous la pression d’entrepreneurs institutionnels. Ici, il s’agit de l’État et de l’entreprise Mots Clefs. Les organisations sont en quête de légitimité et vont adopter des pratiques qui leur apportent la reconnaissance de leurs parties prenantes. Les médias qui vivent sous perfusion de subventions, afin de contenter le pouvoir en place et ses tropismes idéologiques féminisent systématiquement les titres. Rappelons quand même que « la Commission générale de terminologie et de néologie », officiellement saisie par le Premier ministre, avait remis à celui-ci un rapport dans lequel « elle déconseillait formellement la féminisation des noms de titres, grades et fonctions, par distinction avec les noms de métiers, dont le féminin découle de l’usage même », comme le relève le site de l’Académie française.
La démarche de diffusion de cette norme répond à ce que la communauté européenne appelle « la responsabilité sociale des entreprises » et définit « comme l’intégration volontaire des préoccupations sociales et écologiques des entreprises à leurs activités commerciales et à leurs relations avec les parties prenantes1 ». Quelle félicité de comprendre que c’est dans un souci de développement durable que Raphaël Haddad, fondateur de la fameuse agence Mots-Clefs, vend ses formations d’initiation à cette nouvelle forme d’écriture aux entreprises qui souhaitent lutter contre la discrimination entre femmes et hommes. L’écriture n’est plus féminine ou masculine mais hermaphrodite. Les Immortels rappelleront en 2012 avec une insolence qu’on ne leur connaît guère: « L’Académie française déplore les dommages que l’ignorance de cette doctrine inflige à la langue française et l’illusion selon laquelle une grammaire “féminisée” renforcerait la place réelle des femmes dans la société ».
Une démarche subversive.
Cet ensemble de tentatives de réformes procède, en fait, d’une démarche subversive. Il est intéressant de voir le site de Mots-clefs citer Michel Foucault : « Reprenant à notre tour cette idée formulée par Michel Foucault dans L’ordre du discours, nous considérons au sein de l’agence de communication d’influence Mots-Clefs que le discours n’est pas simplement un instrument de l’influence, mais bien le lieu de l’influence. Que c’est par la capacité à imposer ses mots, ses expressions et ses narratifs, que l’on exerce pleinement son influence. » L’objectif, à long terme, est l’inversion des valeurs. Les grands gagnants sont les internationalistes, qu’ils soient libéraux ou marxisants. Pour les uns, la lutte artificielle entre hommes et femmes éloigne de la lutte des classes et pour les autres, la destruction du patriarcat, ou de ce qu’il en reste, est le préalable à la destruction de la Nation (communauté humaine et communauté politique) et de la hiérarchie. Mais à court terme, La Documentation française se fait 3,50 € à chaque téléchargement de son guide et la société Mots-Clefs récupère autant de clients potentiels pour ses formations. En matière d’écriture, cette entreprise a un monopole de fait comme Microsoft et sa suite bureautique Office dans le monde informatique. Qui de Apple ou des PC sortira le premier clavier avec point médian ? L’écriture inclusive est-elle l’horizon indépassable de l’avenir des liens sociaux ?
Le grand Cambron·n·e aurait répondu à cela et en seulement cinq lettres.





