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Éditorial culture #37 : Un édito positif

L'éditorial culture du numéro 37, par Romaric Sangars.

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© Jacques Terpant

Aujourd’hui, je voudrais faire un édito positif. Certes, mon principe hygiénique a toujours été de me faire un nouvel ennemi chaque mois, mais l’année 2020, dont je louais le bel effet miroir en janvier dernier, m’a fait prendre conscience qu’on ne pouvait pas se tenir perpétuellement sur une ligne agressive. C’est adolescent, facile et, parfois, inapproprié. Par exemple, me plaindre que la Covid chinoise, tout en fermant nos bars, tout en interdisant nos flâneries, tout en gâchant le charme essentiel qu’on peut trouver à l’existence et qui tient finalement à notre disponibilité totale au miracle, que cette épidémie, dis-je, ait épargné Pierre Perret me choque, voilà un ressenti légitime, mais formuler une telle récrimination serait-il futé ? Je ne le crois pas. L’année a été pesante, il est temps de se laisser porter par un bel élan de renaissance et qui ne se formalise pas outre mesure des médiocrités accidentelles.

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Certes, la musique, la littérature, la pensée en général et le rite en particulier ont été catégorisés comme des pratiques inessentielles ces derniers mois. Ça ne calme pas les nerfs. Ça ne donne pas envie d’être miséricordieux envers ceux qui occupent ce qui reste de la bande passante. Avoir subi l’esprit étriqué des médecins et des infectiologues depuis des semaines, ces approches statistiques et mécaniques de l’univers, qui guident les politiques devenus des gestionnaires du « parc humain », comme le dirait le philosophe Peter Sloterdijk, ne rend guère bienveillant mais je vais pourtant tenter de l’être.

Évidemment, j’aurais du mal à rendre hommage à Alain Rey, ce vieux linguiste passé du Robert à France Inter qui confondait vitalité de la langue et relativisme, alors que le relativisme est au contraire le symptôme d’une morbidité flagrante, oui, j’aurais du mal à honorer la mémoire de ce vieillard sentencieux et fatigant qui confondait tout comme un gamin sous acide et sans imagination et qui finit sa carrière chez le YouTubeur Squeezie, dont le pseudo est en soi une défaite de la langue française et de l’intelligence, comme pour bien résumer toute l’inutilité de son action. Le gâtisme et la régression s’entendent si bien en France depuis au moins trente ans qu’il faut pardonner à la jeunesse que nous représentons parfois au-delà de nos âges réels d’avoir des pulsions exterminatrices.

En dépit de tous ces relativistes obtus, de tous ces gardiens obligés de la santé générale, de tous ces agents de la circulation du matériau humain, le sais-je par mes parents, mes amis ou quelques filles du feu, il y a des hommes et des femmes qui tremblent au bout d’une lame qui s’appelle la vie

Nous ne les assouvirons pas. Non, et mieux, je ferai un édito positif. Je ne reviendrai pas sur la débilité des journaux de confinement bizarrement abandonnée lors de la deuxième phase, et je rappellerai que si Alain Rey est mort en piétinant le langage parmi de jeunes débiles, Mishima, lui, comme Drieu avant lui, aura voulu garantir l’encre par le sang. Et je parle de ces créateurs suicidés à une époque dominée par les techniciens gestionnaires, et sans vouloir rappeler qu’Alain Rey n’a jamais rien créé qui illustre la langue française. On ne le lui demandait pas, mais simplement, cela reste intrigant que notre époque dominée par les profs, les idéologues, les médecins et les genderfluids soit si peu en mesure de nous fournir du sens, et si préoccupée de nous orienter.

Simplement, dans cet édito positif, je rappellerai qu’en dépit de tous ces relativistes obtus, de tous ces gardiens obligés de la santé générale, de tous ces agents de la circulation du matériau humain, le sais-je par mes parents, mes amis ou quelques filles du feu, il y a des hommes et des femmes qui tremblent au bout d’une lame qui s’appelle la vie.

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