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Éditorial culture de Romaric Sangars : Pope star

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Publié le

8 octobre 2026

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« Piétinant la défroque pailletée de la rock star, ce reliquat fédérateur dont le pouvoir a expiré, le Saint-Père, souriant calmement au milieu des foules de France, d’un signe de croix, un jour d’automne, a redéfini les vrais critères. » Éditorial culture du numéro 101.

La venue de Léon XIV en France a fait l’effet d’un météore qui, en passant, a éclairé un champ de ruines. Soudain, dans un pays en crise complète d’autorité légitime et qui s’apprête à chercher, par l’élection présidentielle, un consensus impossible, un homme est venu présenter l’image d’une authentique autorité, à la fois transcendante et universelle. Transcendante, car le pape tient son pouvoir de Dieu, par l’intermédiaire du Christ, ayant fondé son assemblée sur Pierre, lequel a transmis cette légitimité par une succession apostolique ininterrompue depuis deux mille ans jusqu’à ce qu’elle soit conférée à un homme né à Chicago ayant effectué une longue mission au Pérou, témoin de l’universalité, donc, et qui s’adresse en France autant au président en phase maniaque qu’à une enfant polyhandicapée. Faites mieux dans le genre. Le possible enjeu symbolique de cette visite, son écho explosif, n’avait été anticipé que par un cinéaste italien, Paolo Sorrentino, qui est peut-être inégal mais dispose de moyens bien supérieurs au cinéaste français de base, en général reconverti dans l’éducation civique. En effet, dans sa sublime série The Young Pope, Sorrentino montrait comment, sur deux plans, un pape, au XXIe siècle, pouvait retrouver une aura décisive. D’abord, parce que sa légitimité transcendante était la seule à pouvoir tenir le choc face à la meute constante des réseaux sociaux et la dictature de la transparence ; ensuite parce qu’il se trouvait à la tête de la première entreprise réellement mondialisée de l’Histoire, l’une des seules institutions à se tenir au niveau nécessaire.

Lire aussi : Éditorial culture de Romaric Sangars : Les fonctionnaires du déclin

Maurice Dantec avait développé une théorie passionnante sur le fait que l’Amérique, par le concert-monstre de Woodstock en 1969, avait comme exorcisé sa pulsion totalitaire, en lui offrant une espèce de débouché pop. Lemmy Kilmister, le chanteur de Motörhead, lorsqu’il déclarait cyniquement qu’Adolf Hitler était la première rock star, ne disait pas autre chose, quoiqu’en inversant les termes de la comparaison. Le XXe siècle a substitué aux anciennes nations couronnées les masses et leur fusion fanatique. Notre époque en est revenue, pour évoluer vers l’hypnose catégorielle : chaque « communauté » bétonne son conformisme identitaire en dépassant le cadre abîmé des vieux pays. Les égéries communautaires ont pris le relais des icônes américaines qui, durant mon enfance, tentaient de réconcilier le monde en professant un humanitarisme multicolore et compassionnel un peu niais. Ces égéries partielles, comme Jul ou Léna Situations, remplissent des stades mais à la manière de cocons géants, car pour réaliser la contamination narcissique qui offrira des rudiments identitaires à leurs fidèles, encore faut-il une bulle hermétique favorisant la résonance. En remplissant les Champs-Élysées, le 26 septembre dernier, Léon XIV, lui, rétablissait un ordre infiniment plus riche et plus vaste : celui de la communion universelle des personnes libres, saisies dans leur incarnation historique et nationale. Le cosmos s’est redéployé ; nos identités retrouvaient une configuration galactique ; et le délabrement de la vie commune se fit encore plus flagrant par contraste.

Et l’art, dans tout ça ? Eh bien, justement, il retrouvait ses véritables coordonnées : la transcendance et l’universel. Qu’importe qu’il se revendique ou non catholique, c’est là qu’il trouve sa démesure idéale. Et c’est pourquoi nous devons contester la culture de simple affirmation de soi narcissique ou tribale, les films limités à réparer le « vivre-ensemble » par des fables socialistes périmées, les romans-témoignages fonctionnant sur l’identification la plus primaire et la musique catégorielle juste bonne à flatter les bas instincts de paumés classés par secteurs. Piétinant la défroque pailletée de la rock star, ce reliquat fédérateur dont le pouvoir a expiré, le Saint-Père, souriant calmement au milieu des foules de France, d’un signe de croix, un jour d’automne, a redéfini les vrais critères.

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