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« Eephus, le dernier tour de piste » : les héros sont fatigués

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Publié le

6 janvier 2025

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« Bien loin d’un américanisme caricatural, Eephus, le dernier tour de piste parvient à s’inscrire dans les traditions classique et moderniste à la fois. Un étonnant tour de force pour ce film indépendant. » Notre critique du film « Eephus, le dernier tour de piste » de Carson Lund.
© Eephus, le dernier tour de piste

L’automne en Nouvelle-Angleterre. Un terrain de baseball sur le point d’être rasé accueille deux équipes d’amateurs : des hommes de tous âges vont s’y affronter lors d’un ultime match. Eeephus, le dernier tour de piste est le récit de cette rencontre soumise à une triple unité de temps, de lieu, d’action (point notable : le baseball, comme le tennis, se joue sans durée préalablement définie). Il ne faut pas craindre devant ce très beau premier film de ne pas comprendre les règles d’un sport peu goûté chez nous. L’important se joue ailleurs, dans la compréhension qu’a d’elle-même une communauté aux prises avec sa disparition annoncée. En parallèle chef-op’ du très médiocre Noël à Miller’s point, Carson Lund est sans conteste un cinéaste hawksien, mais il se rapproche plus encore de Carpenter, ce Hawks des ténèbres. Les phares des voitures éclairant la fin de match nocturne renvoient à Christine. Les tempéraments se tendent et s’assouplissent, un arbitre compte les points derrière un grillage. Des enfants passent, une femme cherche son mari. La partie est la vie qui passe. Une absence rafraîchissante de dramatisation donne du poids à certaines répliques faussement cocasses, « Ta mère court plus vite que toi », ou indéniablement justes, « Pour chaque beau geste défensif, il y a un lancer de merde. »

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C’est la perte qui fait le sens. Les jeunes en embuscade attendent de remplacer les hommes fatigués. Le cycle de la vie se déroule imperceptiblement et sans accroc. À peine un mystérieux vieillard que personne ne connait enchaîne les strikes. L’un de ses lancers est-il un eephus, ce type de balle imprenable que seuls maîtrisent quelques grands joueurs ? On ne le saura pas. L’americana apaisée fait la part belle à la nature (les splendides plans de coupe sur les arbres) autant qu’à la culture : ce dernier baroud d’un rituel masculin qui se refuse à tout simplisme d’époque. La dominante métaphysique cachée apparaît à de petits détails, tel ce feu d’artifice dont on ne verra aucune chandelle. La voix-off d’un commentateur radio est signée du nonagénaire Frederick Wiseman, comme si Carson Lund s’envisageait dans le temps long. Plus la partie avance, plus la victoire et la défaite deviennent sans intérêt. Il ne sert à rien de marquer des points, la vie se rappelant toujours à vous pour exaucer ou décevoir les attentes. Bien loin d’un américanisme caricatural, Eephus, le dernier tour de piste parvient à s’inscrire dans les traditions classique et moderniste à la fois. Un étonnant tour de force pour ce film indépendant.


EEPHUS, LE DERNIER TOUR DE PISTE (1 h 38), de Carson Lund, avec Frederick Wiseman, Keith William Richards, Bill Lee, en salles le 1er janvier.

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