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Emmanuel Macron à Nice : entre illusionnisme et inégalité sécuritaire

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Publié le

12 janvier 2022

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En déplacement à Nice, à trois mois de l’élection présidentielle et après des années d’inaction, le président a abordé la question sécuritaire. Résultats : quelques belles promesses qui sonnent comme des illusions, et de mauvaises idées.
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Emmanuel Macron continue d’essayer de faire illusion par des propositions dans le domaine de la sécurité, comme pour mieux faire oublier le bilan désastreux de son quinquennat qui a vu se développer la délinquance violente et le délabrement des zones de non-droit. Son déplacement à Nice révèle aussi une dérive de la mission régalienne de la sécurité en mettant en avant le poids des polices municipales et un « continuum de sécurité », avec toujours un peu moins d’État. Reprenons certains points abordés par le président de la République.

Redéploiement des effectifs et augmentation du budget

Emmanuel Macron a promis le doublement des effectifs sur le terrain d’ici dix ans. Il avait lancé en 2017 le concept générique de « politique de sécurité du quotidien » (PSQ), en demandant plus d’effectifs présents sur la voie publique, sans création de commissariats ou de brigades de gendarmerie dans les zones sensibles pour tenir le terrain, seule politique efficace. On voit bien l’absence de résultat de cette politique. Cela avait pourtant déjà été le cas pour les zones de sécurité prioritaire (ZSP) caractérisées par un inefficace saupoudrage des effectifs. Le président de la République semble donc se réveiller au bout de cinq ans, en promettant pour dans dix ans ce qu’il n’a pas su tenir depuis 2017. Avec lui, la sécurité c’est toujours pour plus tard.

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Annoncer une loi d’orientation et de programmation du ministère de l’Intérieur (Lopmi) et un désengagement de tâches indues ou administratives, c’est très bien. Mais pour accroître la disponibilité sur le terrain des forces de l’ordre, notamment en faveur de la police de voie publique ayant glissée petit à petit vers les polices municipales, il est indispensable de mettre en œuvre des réformes internes. Celles-ci ont été évoquées dans le rapport d’octobre 2020 de la Cour des comptes qui s’est penchée sur l’inadaptation de l’organisation du temps de travail et des heures supplémentaires dans la police par rapport aux besoins opérationnels. Cette question n’a même pas été abordée lors du Beauvau de la sécurité. Il ne suffit plus d’exiger ou de promettre plus de moyens, mais mieux les employer.

Une « force d’action républicaine pour les quartiers »

Il s’agit pour E.Macron de « projeter pendant plusieurs mois des forces de sécurité dédiées qui vont venir sécuriser le quartier, aider à démanteler les principaux points de deal ». C’est un bon début, mais là encore, on se demande bien pourquoi cette prise de conscience se produit à la fin du mandat, compte tenu de l’ensauvagement de notre pays. Il faut aller beaucoup plus loin et déclarer l’état d’urgence sécuritaire. Il convient de déployer dans certaines zones un dispositif interministériel (Intérieur, Justice, Armées) fonctionnant 24h/24h et disposant de pouvoirs judiciaires spécifiques, limités dans le temps et l’espace. L’État doit réinvestir les lieux et stopper le chaos par une présence permanente d’autant de forces qu’il le faut. Il sera ensuite possible de réinstaller une présence policière permanente indispensable et rebâtir une vie sociale sur des bases saines dans une politique de la ville réhabilitée.

L’État doit réinvestir les lieux et stopper le chaos par une présence permanente d’autant de forces qu’il le faut

Nos compatriotes doivent être convaincus que pour ramener l’ordre, la force légitime de l’État peut être parfaitement maîtrisée, autant que de besoin. Cela a été le cas lors du démantèlement de la ZAD de Notre Dame des Landes en 2012 ou lors du dispositif de sécurité déployé afin d’assurer la sécurité du G7 à Biarritz en 2019.

Deux cents brigades de gendarmerie créées en milieu rural

La mise en œuvre de la révision générale des politiques publiques (RGPP) par Nicolas Sarkozy avait conduit à la suppression de plus de 500 brigades territoriales de gendarmerie départementale sur 3500 et de 15 escadrons de gendarmerie mobile (EGM) sur une centaine. Son maillage territorial s’est donc distendu, ce qui a conduit à la création de déserts sécuritaires qu’il convient aujourd’hui d’essayer de combler. La gendarmerie essaye donc de trouver des solutions en s’appuyant notamment sur des « brigades de proximité » et 30 000 réservistes, force d’appoint modulable, réserve opérationnelle qui est une ressource précieuse et permanente.

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Autre évolution, amener la brigade à se déplacer vers l’usager, et non plus systématiquement l’inverse. C’est dans ce cadre que le président de la République a déclaré : « On va créer 200 brigades de gendarmerie en milieu rural qui pourront prendre la forme de nouveaux types d’implantations avec des expérimentations qui vont être lancées dans plusieurs départements », « pour remettre de la tranquillité dans les quartiers les plus ruraux ». Cela prendra du temps, beaucoup de temps… et coûtera cher, très cher, si cet objectif est maintenu dans le temps. Il faut simplement espérer que cela ne se transforme pas en un simple redéploiement d’effectifs ! Il reste à ne pas oublier la nécessaire re-création d’escadrons de gendarmerie mobile dont le nombre plus restreint a cruellement été ressenti lors des manifestations des Gilets jaunes. Cette situation de suppression puis de re-créations d’unités est aussi le symbole d’une gabegie et d’une faillite des décideurs et de l’État.

Un « continuum de sécurité » prototype de l’inégalité sécuritaire

Au-delà des mesures sécuritaires annoncées, la visite d’Emmanuel Macron à Nice avait également pour but de poser la première pierre d’un futur « hôtel des polices » réunissant police nationale et police municipale à Nice, grand projet cher à Christian Estrosi. Il s’agit d’affermir le concept de « continuum de sécurité », proposé par le rapport de deux députés LREM Fauvergue-Thourot de 2018, Celui-ci proposait un élargissement du périmètre d’intervention des polices municipales et des sociétés privées de sécurité.

Pour ma part j’estime qu’il convient de dénoncer les effets pervers de ce concept fumeux

Ne nous y trompons pas, la tentation sera grande pour le maire de Nice de prendre le leadership de la sécurité dans sa ville, considérant que l’État fera toujours défaut. Pour ma part j’estime qu’il convient de dénoncer les effets pervers de ce concept fumeux. En effet comment ne pas voir une dérive dans le fait que ce soient les policiers municipaux qui sont intervenus, en lieu et place des policiers nationaux dont c’est la mission, lors de l’attentat à la basilique Notre-Dame à Nice le 29 octobre 2020 !

Renforcer de plus en plus les polices municipales au lieu des forces de sécurité d’État aboutit à plus de sécurité pour les villes qui en ont les moyens (le cas de Nice est emblématique), et tant pis pour celle qui en ont moins ! Cela engendre une inégalité de sécurité entre les Français. Attention donc à la cohérence avec l’exigence de sécurité partout et pour tous. Et puis, les citoyens n’ont pas à payer deux fois pour leur sécurité. Il est donc nécessaire de dénoncer la forfaiture du gouvernement actuel qui conçoit le renforcement des polices municipales et de la sécurité privée dans le cadre du concept de Police de Sécurité du Quotidien (PSQ), sous-couvert du « continuum de sécurité ».

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L’État doit reprendre toute sa place régalienne dans le domaine de la sécurité. D’une manière générale, la tendance au désengagement de l’État de cette mission régalienne s’il en est doit être endiguée. En effet, le besoin accru de sécurité est patent, mais au lieu de renforcer la police et la gendarmerie nationale, l’État transfert depuis une quarantaine d’années une partie de cette responsabilité aux polices municipales et semble aujourd’hui prêt, selon une espèce de glissement inéluctable à y associer les sociétés privées de sécurité. La complémentarité doit rester la règle, mais pas le transfert de responsabilité par petites touches successives. Et ce n’est pas en les réunissant dans un même local que cela améliorera la situation. Au contraire, cela ne peut qu’entraîner confusion et difficultés. Qui va commander qui ? Ou qui va chercher à commander qui ? Ou qui va être le supplétif de qui ? Les propositions d’Emmanuel Macron énoncées à Nice correspondent à des promesses de campagne qui n’engagent que ceux qui y croient, compte tenu de son bilan sécuritaire. Résultat dans quatre mois.

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