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Enquête : Le lobbying pro-euthanasie, la poule aux œufs d’or de Jean-Luc Romero

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Publié le

15 avril 2021

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Si l’euthanasie a été placée au sommet de l’agenda politique ces dernières semaines, Jean-Luc Romero n’y est pas étranger. Président de l’association pour le droit de mourir dans la dignité, il s’est spécialisé depuis 2005 dans le lobbying pro-euthanasie. Une activité qui lui permet de compléter confortablement ses traitements d’homme politique. Enquête.
Romero

Jeudi 8 avril, le vote sur l’euthanasie a été bloqué par une poignée de députés d’opposition. Face à eux, un texte déposé par Olivier Falorni du groupe Libertés et Territoire, soutenu par 270 parlementaires de tout bord. Pas mal. Il faut du métier et du personnel pour rassembler autant de signatures. C’est le rôle de l’Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD), présidée par Jean-Luc Romero-Michel, 62 ans et une vie d’apparatchik gay. À la fin de ses études, il commença une carrière d’assistant parlementaire au RPR. Élu conseiller régional en 1998, il a intégré le bureau politique du parti. Pendant la décennie 2000, il misa sur le SIDA et tenta de s’implanter à Paris.

Pour le SIDA, cela fonctionna et il se fit connaître. En 2004, Jean-Pierre Raffarin fit de la maladie une cause nationale et le nomma président d’un machin chargé du sujet. Pour l’implantation parisienne, ce fut moins brillant. L’UMP lui préféra d’autres têtes de liste. Et puis la gauche était trop forte. Alors il entama un mouvement sinistrogyre. En 2007, il appela à voter Bayrou à la présidentielle. En 2008, il soutint Delanoë. En 2009, il rejoignit carrément le Parti socialiste. La récompense arriva : il fut réélu conseiller régional sur la liste parisienne d’Anne Hidalgo. Elle l’intégra aussi à sa propre équipe de campagne en 2014 à la mairie de Paris. Il devint maire-adjoint du 12ème, en charge de la culture. En 2015, il fut encore réélu conseiller régional sur la liste PS de Claude Bartolone. En 2020, il est encore monté d’un cran : maire-adjoint d’Hidalgo, en charge des droits humains.

Lire aussi : Enquête : Le business de l’euthanasie en Europe

En 2005, il trouva un autre cheval de bataille : l’euthanasie. Il existait une association créée en 1980 pour obtenir sa légalisation. Elle comptait à l’époque plusieurs milliers de membres, rassemblés en délégations départementales, qui comptaient chacune des dizaines, parfois des centaines d’adhérents. Ils payaient tous leur cotisation. Ces troupes sont à peu près les mêmes que celles de La Libre Pensée, de la Ligue des droits de l’Homme et de la Fédération française de l’Ordre Maçonnique. D’abord vice-président, l’entregent de Romero permit à l’ADMD d’obtenir en 2006 l’agrément de représenter les usagers au sein des conseils d’administration des hôpitaux. Le ministre de l’époque était un certain Xavier Bertrand, qui n’a jamais fait mystère de son appartenance à la franc-maçonnerie. À l’époque, la Société Française d’Accompagnement et de Soins Palliatifs (SFAP) s’étrangla dans La Vie du 9 novembre 2006 : « L’ADMD a un gros pouvoir de lobbying, y compris dans l’administration. […] Depuis quelques années, elle s’est encore radicalisée et ne rate pas une occasion de dire que les soins palliatifs coûtent cher ». En 2007, Romero prit la présidence de l’ADMD. Avec l’aide de son conjoint, Christophe Michel, plus jeune que lui de 28 ans et qu’il fit embaucher en 2012 comme secrétaire général de l’ADMD, il fit monter l’association en puissance. Elle revendique aujourd’hui 76 000 adhérant.

En 2012, il créa un fonds de dotation, n’ayant pour seule finalité que de financer l’ADMD. Ce fonds reçu en quatre ans 3,9 millions euros, principalement le legs d’une personne non-adhérente inconnue. Fin 2019, le montant de ce fonds s’élevait à 4,8 millions euros. Il permet de financer l’ADMD à hauteur d’environ 100 000 euros par an. Le reste du budget provient des cotisations. Elles sont copieuses. En 2019, l’ADMD a encaissé 1,4 millions de cotisations normales (entre 20 et 50 €), plus 200 000 adhésions « bienfaitrices ». Si on ajoute des produits financiers, ses ressources 2019 se sont élevées à 1,9 millions. Au bilan, elle possédait par ailleurs plus de 980 000 euros de disponibilités financières. L’ADMD est riche. Elle peut payer neuf salariés. Pour avoir la paix, Jean-Luc Romero a modifié les statuts en 2015. Cela a créé des remous.

Jean-Luc Romero a demandé de pouvoir payer les administrateurs comme lui, ce qui était une première. Il supprima la limitation à trois mandats qui ne concernait alors que lui

Jean-Luc Romero a demandé de pouvoir payer les administrateurs comme lui, ce qui était une première. Il supprima la limitation à trois mandats qui ne concernait alors que lui. Il demandait à pouvoir modifier les statuts si besoin à la majorité simple et non plus qualifiée, ce qui fut perçu comme un putsch. Enfin, il a autonomisé le groupe des adhérents jeunes, placé sous la supervision d’un responsable nommé par le président. À l’époque, le responsable était son mari et le secrétaire général de l’association. Cela a piaillé à l’ADMD. Romero fit comme tout bon gauchiste ; il purgea. Dans les comptes 2019, les administrateurs sont décrits comme bénévoles. Dont acte. Toutefois, on remarque que l’association finance au total 168 508 euros de frais de missions, voyages et réception. C’est pratique pour un politicard qui cumule déjà ses traitements à la Mairie de Paris et à la Région Île-de-France (pour un total de 7 531 euros bruts mensuels).

En 2018, Romero a perdu son mari dans des circonstances sordides. Ce dernier est décédé d’une overdose de drogue qu’il avait consommée pendant une séance de « chemsex » (des produits chimiques sont consommés pour accroître le plaisir physique) chez un inconnu, contacté sur une application. Lorsqu’un second partenaire, contacté sur l’application de rencontre cette même nuit, est arrivé au domicile de l’inconnu, il constata que Christophe Michel était « déjà froid » et appela la police. C’est pourquoi, désormais, tout en promouvant la liberté pour les vieux de se tuer avec des barbituriques puissants aujourd’hui interdits en France, Romero s’implique dans la prévention contre l’usage des drogues.

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