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Être Charlie, Mila ou ne pas être !

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© Louis Lecomte pour L'Incorrect

Le hashtag #JeSuis suivi d’un nom apparaît régulièrement sur les tendances de Twitter. D’aucuns seraient tentés de n’y voir un phénomène de groupe sans portée dans le monde réel, et rendant tout manichéen à l’extrême. Mais de fait, ces hashtags ont un mérite, celui de clarifier les camps.

 

Il semble que l’on n’ait pas absolument compris ce que « Je suis Mila » et ce que « Je suis Charlie » signifiaient ou, à tout le moins, devraient signifier. D’aucuns prennent cela pour une marque d’adhésion, pour un blanc-seing accordé à Mila ou à Charlie Hebdo et, du coup, ne se retrouvant ni dans une gamine religiophobe ni dans un journal volontiers ordurier, pas toujours de très bon goût, quoique parmi les plus courageux en France, croient bon de pinailler sous la formule mille fois rebattue du « Je condamne les violences mais je ne suis pas Charlie, Mila, qui vous voudrez, blablabla. » Certes, le registre du slogan n’implique pas la nuance et on pourrait craindre que derrière la solidarité légitime avec ceux que l’on assassine ou que l’on menace d’assassiner après les avoir violés, il faille accepter tout un système idéologique dont on peut juger à bon droit qu’il nous a menés aux portes du chaos.

 

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On peut d’abord objecter que la solidarité oblige à la réflexion et que, sauf à reconnaître qu’on se retrouve dans le camps des assassins, ça n’est pas du luxe si, par exemple, en tant que catholique, en tant qu’opposant au mariage « pour tous » et au relativisme promu par Charlie Hebdo, il ne nous paraît pas plus juste, plus équilibré, plus souhaitable encore, parce que nous sommes catholiques, parce que nous sommes contre le « mariage pour tous » et contre le relativisme, de préférer leur monde à celui de ceux qui veulent les détruire. Nous avions ailleurs écrit que nous étions avec Charlie et contre les terroristes pour des raisons essentiellement civilisationnelles, en tant que païens si j’ose dire, pour la raison que Charlie comme Mila appartiennent à notre aire identitaire, qu’ils sont avec nous et une part de nous, quoi que l’on pense de cette part, et qu’en matière d’identité si l’on peut s’avouer multiple, il convient cependant de n’être pas schizophrène.

 

Je veux bien m’opposer aux relativistes de toute espèce, parce que je ne crois pas que le monde qu’ils veulent bâtir soit un monde possible pour nous tous, je sais reconnaître dans tous ceux qui veulent les anéantir, y compris chez les anti-Charlie et les non-Mila, le désir exclusif de la guerre totale auquel il faut répondre avec une équité redoutable.

 

Je peux comprendre l’athéisme dans la mesure où ma religion l’a inventé, où elle moblige à ne croire en rien d’autre qu’en un seul Dieu, le vrai. Je peux comprendre le relativisme, puisque l’intelligence qui implique la remise en question de tout, y compris de l’intelligence, s’alimente à la source de ma foi, je peux comprendre le désir de normalité de ceux qui ayant une sexualité dont la nature les a, comme nous tous, affligés sans qu’ils la choisissent, parce que je sais justement la nature chûtée de ce monde et qu’il me paraîtrait ignoble de reprocher cela à quiconque. Par ailleurs, la charité m’oblige, non pas à une égalité factice, mais à chercher l’équité en tout et pour tout.

Autrement dit, entre moi et les promoteurs du « mariage pour tous », par exemple, il existe une différence de points de vue, mais pas de nature et je m’accorde tout à fait à lidée que lhomosexualité puisse trouver une place harmonieuse dans notre société, selon un mouvement qui lui serait propre et qui, là où je diverge probablement avec les tenants du « mariage pour tous », ne regarde pas les homosexuels seulement puisque dans l’ordre de la politique, et que la sexualité quand elle déborde sur la place publique – pourquoi pas à bon droit – est aussi politique, chacun est concerné par le comportement de chacun. Bref, entre moi et eux, entre nous, et malgré certains d’entre eux et certains d’entre les miens, il y a débat, mais aucune guerre, comme il n’existe aucune guerre ici entre les disciples de la foi, dont je suis, et ceux qui pensent son absence essentielle. En d’autres termes, si un homosexuel, en France, se faisait assassiner pour la raison seule de son homosexualité, cela ne me gênerait pas le moins du monde de dire, par impossible, que « Je suis homosexuel. »

 

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Peu importe alors que certains se servent de ces slogans pour servir leur cause, qu’ils emballent avec lui un militantisme mal placé, puisque refuser ce slogan, c’est aussi servir sa cause, et militer contre ceux qui sont à cette heure menacés. Être Charlie ne me contraint pas à acheter Charlie, être Mila ne m’oblige pas à teindre mes cheveux en bleu, être horrifié par le sort que les islamistes réservent aux homosexuels n’implique aucunement que je quitte ma femme pour me marier avec un homme ; être tout cela, en revanche, c’est rappeler aux séides du Dâr Al-Harb que nous les prenons au sérieux, que pour cela nous ne pouvons absolument pas les comprendre – cest-à-dire les prendre avec nous – et que surtout nous savons faire la différence entre ce qui relève de la guerre et ce qui relève de la politique, que si je veux bien m’opposer aux relativistes de toute espèce, parce que je ne crois pas que le monde qu’ils veulent bâtir soit un monde possible pour nous tous, je sais reconnaître dans tous ceux qui veulent les anéantir, y compris chez les anti-Charlie et les non-Mila, le désir exclusif de la guerre totale auquel il faut répondre avec une équité redoutable.

 

Rémi Lélian

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