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Fabien Bouglé : « Macron souhaite sauver le nucléaire après l’avoir détruit »

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Publié le

14 février 2022

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En déplacement le jeudi 10 février à Belfort, le président Emmanuel Macron a annoncé le lancement d’un programme nucléaire important. Fabien Bouglé y voit des annonces électoralistes qui cachent surtout un plan significatif pour le renouvelable. Entretien.
Centrale_nucléaire - L'Incorrect
Centrale_nucléaire - L'Incorrect

Emmanuel Macron a annoncé la « renaissance » du nucléaire français, après avoir fortement critiqué et endommagé la filière. Quel regard portez-vous sur cette volte-face du président ?

Effectivement, il a fait trois annonces sur le nucléaire. La première concerne le maintien des centrales nucléaires actuelles, et c’est là où nous pouvons parler d’une « volte-face » de la part d’Emmanuel Macron. Il ne souhaite pas arrêter quatorze réacteurs comme c’était prévu dans la loi sur la transition énergétique, dans laquelle il était question de baisser la part du nucléaire. Par ailleurs, il a annoncé la création de six réacteurs, plus huit réacteurs supplémentaires en option. Je considère que c’est de la poudre aux yeux. Le président n’a eu de cesse de détruire le nucléaire français en ayant fermé Astride, le réacteur de recherche sur les neutrons rapides, ou encore Fessenheim. Il se veut à présent le héros du nucléaire. En clair, il souhaite sauver le nucléaire après l’avoir détruit.

Est-ce parce qu’il voit la tendance pro-nucléaire des Français ?

Je pense effectivement qu’il souhaite plaire aux pro-nucléaire. Le président de la République a noté un changement radical d’état d’esprit de la population française qui réside dans ce « choc glacier » que nous connaissons actuellement. Emmanuel Macron a conscience du patrimoine nucléaire français et de l’importance de nos centrales pour produire une électricité pas chère. Il y a clairement un changement de discours de la part du président.

Lire aussi : Pécresse, Alstom et les éoliennes : délit de favoritisme ?

Il a annoncé la prolongation de la durée de vie des centrales nucléaires existantes, et la construction d’au moins six EPR 2. Cela vous paraît-il suffisant ?

Non. Un véritable plan massif pour le nucléaire représenterait vingt-cinq ou trente-cinq EPR. Il faudrait établir un plan volontariste de renouvellement et de maintien de nos centrales pendant vingt voire trente ans. En réalité, Emmanuel Macron souhaite dissimuler son plan massif renouvelable.

Emmanuel Macron a annoncé vouloir développer l’éolien en mer et prévoit une cinquantaine de parcs. Est-ce pertinent ?

C’est un massacre du littoral français ! Il était vendredi à Brest pour parler de la protection des océans, alors qu’il annonçait la veille cinquante parcs éoliens sur le littoral français, ce qui sera un véritable saccage. Je peux vous confirmer la colère du monde du littoral, de la pêche et plus généralement des anti-éolien. Et ce n’est pas tout : le président a également annoncé un plan pour les panneaux photovoltaïques, le développement des éoliennes sur terre, l’augmentation des ressources fiscales des communes d’implantation des éoliennes et enfin l’accélération des procédures d’installation d’éoliennes.

« Il y a clairement un changement de discours de la part du président. »

Fabien Bouglé

Quel est l’intérêt des petits réacteurs modulaires ?

Ils sont une miniaturisation du procédé nucléaire. Nous allons fabriquer des petits réacteurs alors que d’habitude ce sont des grands. Ces petits réacteurs font environ 300 mégawatts – alors qu’un EPR fait 1600 mégawatts. Cela peut servir d’appoint dans des centrales déjà existantes. Les petits réacteurs modulaires servent aussi pour nos exportations notamment pour le projet Nuward d’EDF et Framatome. Ces petits réacteurs modulaires sont intéressants pour l’exportation.

Pouvez-vous nous en dire davantage sur les turbines Arabelle que nous avons rachetées à General Electric, après les avoir vendues.

La France avait vendu Alstom à General Electric, dont une filiale qui fabriquait les turbines Arabelle. C’est une turbine qui transforme la vapeur d’eau en électricité, une sorte de cocotte-minute raccordée à une dynamo de vélo. Ces turbines étaient fabriquées en France, et elles reviennent avec ce rachat dans le giron français. C’est très important dans le cadre de nouvelles installations en France, mais aussi pour l’exportation de notre savoir-faire car on ne peut pas vendre de centrale nucléaire sans vendre de turbines Arabelle. C’est un élément essentiel.

Lire aussi : Fabien Bouglé : « Emmanuel Macron ne place pas le nucléaire français dans une logique ambitieuse »

À deux mois de l’élection présidentielle, cette stratégie d’Emmanuel Macron est-elle purement électorale ?

En réalité, le président Emmanuel Macron a voulu faire croire qu’il annonçait un plan nucléaire ambitieux, mais il a annoncé un plan significatif pour le renouvelable. Son objectif est purement électoraliste : il veut plaire à deux électorats, les pros et antinucléaire.

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