L’édition française croule sous les égo-trips de fabulistes féminolâtres et sous les égo-fictions pseudo capiteuses où des demi-mondaines se pâment sur leurs facéties vaguement érotiques. On aurait tendance à oublier qu’avant l’autofiction, il y avait le récit de confession. C’est ça la foi de Frédéric Hermel, sous son titre gentiment publicitaire, peut se lire comme une autobiographie spirituelle, avec toutes les aimables imperfections imposées par le style, mais aussi les raccourcis et les ellipses qui donnent à voir une véritable pensée en mouvement – permettant de lire en sous-texte une authentique expérience du christianisme. Pas de celle qu’on élabore à base de théologie contemplative – même si celle-ci n’est jamais proscrite, bien au contraire, puisqu’Hermel maîtrise parfaitement le commentaire des Évangiles ou les principes rayonnants du thomisme – mais plutôt dans les jupons d’une foi charbonnière qui sent bon la France d’où l’on vient tous : une science rurale d’avant la sécession communiste, où c’était encore le bon sens chrétien, communiqué par l’expérience de la terre, des liens du sang, qui permet de retranscrire l’expérience du Christ. Comme il le rappelle, la lecture de livres de théologie, de philosophie chrétienne, est une voie « secondaire » qu’il ne faut jamais négliger mais qu’il convient de taire parfois, le silence étant le socle nécessaire de la foi véritable.
Lire aussi : La foi sauvera l’art : conversation avec Augustin Frison-Roche, Emmanuel Godo et Sébastien Lapaque
La prière, nous dit Hermel, c’est tout simplement le présent pur de la pensée de Dieu : « À chaque moment, la prière et le petit salut solitaire de la main que j’adresse au crucifix qui trône dans le couloir d’entrée de mon appartement parisien ne sont pas moins respectueux, moins sincères ou moins expressifs qu’un rosaire effectué à Lourdes devant la grotte de Massabielle au milieu des pèlerins à genoux. » Cet éloge de la prière, comme une complexion liminaire de l’âme qui doit s’harmoniser au monde, c’est sans doute la qualité première et essentielle de ce petit texte à la fois humble et ambitieux, comme doit l’être toute exégèse, et qui rappellerait presque, par sa radicalité discrète et parfois monacale, une bonne vieille Imitation de Jésus-Christ. Plus surprenant, Frédéric Hermel entame un geste œcuménique au nom de son amitié avec un prince saoudien, vibrant d’un désir de tradition et d’une urgence à reconnaître « que l’oubli de soi, le renoncement et la soumission sont aujourd’hui nos pires ennemis ». Cette amitié entrevue comme une volonté pacificatrice n’est pas la moindre des curiosités de cet opuscule, dans lequel Hermel fait également l’éloge des réseaux sociaux, à rebours des déclinistes qui les voient comme les instruments de Satan. Progressisme dévoyé ? Même pas. On sent chez Hermel comme chez Jacques Maritain une tension vers une « foi intégrale », qui verrait en tout le signe de la grâce – y compris dans les détails les plus triviaux, y compris même dans certains signes avant-coureurs de la fin du monde. Étrange petit recueil, aussi insolent qu’apaisé, qui prouve si besoin était la force de l’universalisme chrétien et l’ultra-modernité du catholicisme, cette complexion parfaite de la concordance divine sur le monde.






