La dissolution de Génération identitaire est actée. Quelle a été votre réaction à l’annonce de cette décision ?
C’est une décision qui ne nous surprend pas en l’espèce, nous nous y attendions. Nous avions jusqu’à présent mené la bataille de l’activisme. C’est maintenant la bataille juridique qui commence.
Quels vont être les recours possibles pour vous ?
Nous allons déposer un certain nombre de recours. Il y en aura un premier devant le Conseil d’État pour excès de pouvoir afin de faire annuler le décret de dissolution. Il y aura un référé suspension dans le but de suspendre le décret lui-même, temporairement au moins, pour que Génération identitaire puisse en attendant poursuivre ses activités. Puis, nous allons déposer deux Questions prioritaires de constitutionnalité (QPC). La première portera sur le fait de remettre en question de manière globale le dispositif de dissolution des associations, afin d’y introduire une hiérarchie des sanctions. C’est-à-dire qu’aujourd’hui en France, un groupe de supporters peut recevoir des avertissements ou voir ses activités suspendues pendant quelques mois, mais il n’existe rien de tel pour les associations. On est dans une logique assez inacceptable du « tout ou rien ».
Les motifs qui nous sont reprochés pour justifier la dissolution de Génération identitaire ne reposent sur aucun jugement sérieux
Ensuite, nous déposerons une deuxième QPC qui portera sur la question de l’incitation à la discrimination. C’est quelque chose qui est reprochée à GI mais qui est tout à fait arbitraire pour le pouvoir politique. On l’a bien vu, monsieur Gérald Darmanin peut décider de lui-même ce qui relève de l’incitation à la discrimination. Il peut décider que telle action ou tel propos d’un porte-parole de GI peut constituer des incitations à la discrimination, alors même que ces propos ou actions n’ont fait l’objet d’aucune condamnation devant les tribunaux. Nous, nous allons proposer que ces incitations à la discrimination ne puissent reposer que sur des condamnations devant les tribunaux. Auquel cas, il n’y aurait rien à reprocher à Génération identitaire, ni pour ses actions, ni pour les propos de ses porte-paroles.
D’un point de vue juridique, nous sommes extrêmement confiants. La question sera de savoir si le Conseil d’État va faire du droit ou de la politique. Si c’est la politique qui prend le pas, nous avons beaucoup de soucis à nous faire. Si c’est le droit qui est jugé, alors nous avons toutes nos chances de gagner.
Comment réagissez-vous à chacun des motifs mis en avant par le ministre de l’Intérieur ?
De la manière la plus claire qui soit, les motifs qui nous sont reprochés pour justifier la dissolution ne reposent sur aucun fondement sérieux. Par exemple sur cette fameuse « constitution de milice », le gouvernement s’appuie sur notre action organisée dans les Alpes, lorsque nous avions symboliquement et pacifiquement recréé une frontière. Nous avions été intégralement relaxés par la justice. Il est donc étonnant de s’appuyer là-dessus pour nous dissoudre alors même que la justice a reconnu que nous n’avions commis aucune infraction.
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Le gouvernement s’appuie aussi sur la plus récente opération dans les Pyrénées pour laquelle le préfet de Haute-Garonne a reconnu lui-même que nous n’avions rien commis d’illégal. Là encore, c’est extrêmement aventureux pour le gouvernement de s’appuyer là-dessus. Pour ce qui est de l’incitation à la haine, il s’appuie sur l’action que nous avions faite sur le toit du chantier de la mosquée de Poitiers. Action pour laquelle nous n’avions eu là encore aucune condamnation devant les tribunaux. On le voit bien, les fondements juridiques pour dissoudre Génération identitaire sont objectivement très faibles.
Ce matin, le journal Libération a fait rejaillir l’affaire des dons du criminel de Christchurch à votre mouvement. Cette affaire vous est dailleurs reprochée dans le décret de dissolution. Que pouvez-vous en dire ?
Ce n’est pas quelque chose de nouveau. Cette histoire était déjà sortie médiatiquement il y a deux ou trois ans. Nous nous étions exprimés à ce sujet. Nous n’avons évidemment rien à voir avec Brenton Tarrant. Nous condamnons la voie qu’il a choisie. Lui ne croyait pas à l’option politique, ce qui n’est pas notre cas.
Nous avons été dissouts sur des fondements juridiques extrêmement faibles et demain, le pouvoir pourra dissoudre s’il le souhaite n’importe quelle organisation de droite
Nous, nous sommes des activistes politiques et pacifistes. Pour autant, il avait fait un don il y a plusieurs années de cela, mais nous ne sommes pas responsables de l’agissement futur des personnes qui nous font des dons. D’autre part, quand nous avions reçu ce don et que nous avons découvert plus tard ce qu’il s’était passé, nous avions pris la décision de transférer ce don à une association d’enfants pupilles de la Nation.
Ce matin également, une action de Génération identitaire a été empêchée à Paris par un contrôle de police. Que s’est-il exactement passé ?
Nous voulions faire une action de déploiement d’une banderole avec le slogan « On ne dissout pas une génération » durant le Conseil des ministres qui procédait à notre dissolution. C’était pour envoyer un message clair : jusqu’au dernier moment, nous lutterons. Mais même cette action nous a été empêchée. Le gouvernement d’Emmanuel Macron cherche véritablement et par tous les moyens à nous faire taire. Cette répression de GI qui s’achève avec sa dissolution et l’interdiction de cette ultime action n’est finalement que la conséquence d’une longue chronologie de répressions de notre mouvement.
Dès l’accession au pouvoir d’Emmanuel Macron en 2017, nous avons vu nos différentes manifestations interdites et un certain nombre de nos locaux fermés administrativement. Nous avons été les premiers à subir la censure sur internet, Facebook, Instagram ou Twitter ; censure qui aujourd’hui concerne d’autres personnalités ou groupes de droite. Nous craignons qu’avec la dissolution de Génération identitaire, il se passe le même phénomène. Nous avons été dissous sur des fondements juridiques extrêmement faibles et demain, le pouvoir pourra dissoudre s’il le souhaite n’importe quelle organisation de droite. C’est quelque chose d’extrêmement inquiétant qui dépasse GI et qui relève du droit à la libre expression, du droit de libre association.





