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Génération Zexe

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Publié le

26 janvier 2022

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Dans cette génération, il y a un mot d’ordre, lancé par les mouvements féministes et queers, puis repris par la sphère médiatique dans son ensemble : casser les codes, déconstruire la binarité de genre et des « codes hétéronormés ».
Gzexe

Au plus fort de sa popularité, Only Fans pouvait revendiquer la présence de 25 millions d’internautes à travers le monde et de 350 000 créateurs à suivre. Les premiers confinements provoqués par la pandémie de Covid ont aussi entraîné un bond de 75 % des inscriptions sur la plateforme. Tristement symbolique de la marchandisation du désir, Only Fans est exemplaire d’une génération extrêmement narcissique, dont les réseaux sociaux sont devenus des vitrines numériques façon Quartier rouge. Michel Houellebecq ne se trompait pas en annonçant dans Extension du domaine de la lutte, à la suite de Michel Clouscard, que le libéralisme avait finalement étendu la lutte des classes au domaine de la sexualité. 

Nous le constatons quotidiennement dans une société où l’exhibition est désormais la norme. Il faut se montrer pour démontrer, se jauger à l’aune des autres monstres de narcissisme qu’a engendrés le monde post-68 et qui trouve son aboutissement à l’ère numérique avec la Génération Z. Les phénomènes morbides et crépusculaires se multiplient donc : transactivisme, banalisation de la prostitution, gains rapides d’argent grâce aux « nudes », « moneyslaves », ad- dictions destructrices à la pornographie. Comment développer une sexualité saine dans pareil contexte délétère? Comment avoir une vie d’adulte épanouissante ?

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La Génération Z est prise au piège entre deux enjeux anthropologiques majeurs ; la diabolisation de la sexualité masculine, et, son envers, sa démonstration paroxystique dans le cadre pornographique. L’absence fait face à la performance, dans une sorte de jeu pervers où les garçons sont à la fois sommés d’être des bêtes de sexe immorales et des êtres humains à l’écoute de leur part féminine, qu’il conviendrait de ne plus nier mais de valoriser. À l’industrie du spectacle sexuel répondent les vasectomies de ceux qui veulent pouvoir jouir sans prendre le risque de produire la vie, cette vie naissante qui est un affront fait à Pachamama souillée par l’infernale présence humaine. 

Le préservatif des années Sida est maintenant l’emblème d’une préservation générale de la planète surchauffée. Ne faites plus d’enfants, ils risqueraient de consommer de la viande et de prendre l’avion, se dit une partie substantielle de l’Occident déchristianisé. Pour les enfants et les adolescents en chemin vers l’âge adulte, il est probablement difficile d’admettre ne pas avoir été pleinement désirés. Ce mépris du désir viscéral de procréer nous a collectivement rendus pervers, puisque nous nous sommes détournés de nos instincts les plus naturels, les plus simples. 

Ne faites plus d’enfants, ils risqueraient de consommer de la viande et de prendre l’avion 

Par une curieuse construction collective, nous avons dans un même mouvement réduit notre énergie sexuelle tout en survalorisant cette part essentielle de l’expérience humaine, accessoire uniquement dévolu au plaisir et à la marchandisation. On observera d’ailleurs, dans cette Génération Z, un rebond important de la prostitution adolescente. Les histoires sont de deux sortes. Soit elles concernent des jeunes femmes exerçant seules à l’aide de leurs réseaux sociaux (Instagram, Only Fans), soit, c’est encore pire, d’encore plus jeunes femmes exploitées dans des systèmes de « groomings » de cités: violées, martyrisées, battues. Ces dérives spectaculaires ne sont peut-être que l’arbre qui cache la forêt d’une génération qui, sur la question de la sexualité, se trouve fort décontenancée par un Zeitgeist militant remettant en question l’altérité sur laquelle notre civilisation avait jusqu’alors fondé sa norme sociale.

L’enquête Heyme sur la vie sexuelle des 18-24 ans, publiée en juillet, montre ainsi des jeunes troublés. La sexologue Tiphaine Besnard-Santini le constate dans son exercice professionnel : « Les plus jeunes patients que je suis ont autour de 25 ans, ce qui est tôt pour entamer une sexothérapie. Ma génération ne consultait pas à cet âge-là. Cette génération a une véritable volonté de remettre en question les choses, d’interroger son identité sexuelle, son désir, et ce beau- coup plus tôt que les générations précédentes. Il y a une forme d’ouverture d’esprit et de volonté de déconstruire les normes. Beaucoup plus de jeunes se définissent non-binaires ou pan- sexuels, ce qui n’était pas le cas il y a encore dix ou vingt ans ». 

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On compte 9,6 % des jeunes de 18-24 ans se déclarant bi- sexuels et près de 3,1 % se disant « pansexuels », terme politique et militant signifiant que le répondant veut se définir comme une personne pouvant alternativement désirer des hommes et des femmes, mais encore des per- sonnes dites «genderfluid», non-binaires ou « agenrées ». Il y a un mot d’ordre, lancé par les mouvements féministes et queers, puis repris par la sphère médiatique dans son ensemble : casser les codes, déconstruire la binarité de genre et des « codes hétéronormés ». Jusqu’à l’excès, jusqu’à l’outrance absolue. 

Quelle série télé n’a pas son personnage transsexuel ? Quel magazine féminin n’a pas son influenceuse «sexo» testant des jouets sexuels ou narrant ses exploits sur les sites de rencontre, rarement charmants et le plus souvent pathétiques? C’est l’érotisme qui a disparu, remplacé par l’exhibitionnisme. Notre époque n’est pas licencieuse, elle a substitué une morale à une autre tout en entretenant la confusion, non seulement des genres, mais aussi des sentiments. 

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