Grand entretien avec Frédéric Rouvillois, conservateur en chef

© Benjamin de Diesbach pour L’Incorrect

Le monumental Dictionnaire du conservatisme dirigé notamment par nos collaborateurs Frédéric Rouvillois et Christophe Boutin (avec Olivier Dard) tombe à point nommé. Ce mot indéniablement de droite, et étrangement boudé par la France depuis des siècles, connaît une vogue sans pareille depuis quelques années. Exploration d’un continent aussi inconnu que salutaire, en compagnie de l’un de ses théoriciens.  Conservatisme : de ce mot qui commence mal, comme disait l’autre, a-t-on une définition ? Ce qui est certain, c’est que, pour reprendre les termes de la question, on n’a pas une définition, unique, stable et unanimement reconnue, du conservatisme, comme le constateront du reste les lecteurs de notre dictionnaire. D’abord, parce que le terme, même si l’on se limite à son acception politique, est utilisé avec des sens différents dans de nombreux pays  : le conservatisme britannique, héritier des tories, est ainsi clairement différent du, ou plutôt des divers conservatismes américains, des conservatismes catholiques allemand ou autrichien, du conservatisme indien du Bharatiya Jana Party, etc., sans même parler, bien sûr, de ce que les médias qualifient parfois de conservatisme, comme celui des généraux marxistes léninistes à l’origine du coup d’État de Moscou en août 1991, qui prétendaient «  conserver  » dans sa structure l’Union soviétique menacée par la Perestroïka… À quoi s’ajoute le fait que, même si on se limite à un seul pays, en l’occurrence à la France, on constate que le mot conservatisme a eu, depuis sa naissance, une histoire complexe et mouvementée : d’abord employé par des partisans de Robespierre, il est ensuite récupéré par Chateaubriand, qui en fait le titre de l’une des revues les plus influentes de la Restauration, et par le tout jeune Victor Hugo, qui fonde avec ses frères «  Le Conservateur littéraire » pour y publier ses premiers poèmes ultra-royalistes ; adopté par les penseurs de la contre-révolution, il sera repris par les partisans du juste milieu sous la Monarchie de juillet, par le centre-gauche d’Adolphe Thiers dans les premiers jours de la IIIe République, par la gauche de Gambetta, puis par les partisans du comte de Paris…À certains égards, le conservatisme paraît encore beaucoup moins(...)
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Rédacteur en chef

jdeguillebon@lincorrect.org

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