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Grooming gangs : à nous les p’tites Anglaises

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Publié le

13 février 2025

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Au Royaume-Uni, des dizaines de milliers de mineures ont été violées et exploitées par des gangs anglo-pakistanais. Le scandale des grooming gangs est le fruit d’un anti-racisme devenu fou. Entre corruption, lâcheté et compromission.
© Grooming Gangs : Britain’s Shame

Au Royaume-Uni, l’année a démarré fort. Pleins feux sur les grooming gangs, en majorité anglo-pakistanais, qui violent en groupe des mineures blanches des classes populaires. En France, on concluait 2024 avec les viols de Mazan, une victime, cinquante agresseurs, dix ans de calvaire. Les grooming gangs sont d’un autre acabit. Ces réseaux pédophiles ont violé, séquestré, humilié, torturé, terrorisé, prostitué, drogué des dizaines de milliers de filles entre 11 et 16 ans, dans tout le pays, du Nord au Sud, de Glasgow à Oxford. L’affaire dure depuis plus d’un quart de siècle. C’est colossal.

Victoria Agoglia, 15 ans, est morte en 2003 après qu’un de ses violeurs, Mohammed Yaqoob, 50 ans, lui a injecté une dose létale d’héroïne (Rochdale, au nord de Manchester). Lucy Lowe, 16 ans, a été brûlée vive en 2000 par un de ses violeurs Azhar Ali Mehmood, 26 ans, dont elle était enceinte pour la deuxième fois. Sa sœur handicapée et sa mère ont péri avec elle dans l’incendie de leur maison (Telford, dans le centre du pays). Le destin de Lucy Lowe a ensuite servi d’avertissement. Son martyr sera rappelé aux futures violées au cas où elles s’aviseraient de s’évader.

L’enfer, partout

Carlisle, Newcastle, Blackpool, Rotherham, Rochdale, Bradford, Telford, Coventry, Oxford, Bristol… Peters et Dampier, qui ont examiné enquêtes et procès, estiment que cinquante villes britanniques sont gangrenées par le phénomène des grooming gangs. 1 510 mineures violées à Rotherham (250 000 habitants), 1 000 à Telford (150 000 habitants). L’enfer a commencé dans les années 1990 et dure toujours. Des dizaines de milliers de victimes attendent encore de voir leurs agresseurs poursuivis.

On les appelle les grooming gangs, du verbe to groom – choyer. La brute repère une gamine dans la rue ou à la sortie de l’école, la courtise, l’invite au restaurant, lui offre des cigarettes, de l’alcool, un tour en voiture. Les cibles ? Des âmes fragiles, en manque d’affection, parfois placées en foyer, ou des ados candides un brin aventurières. Les agresseurs ? Chauffeurs de taxi, patrons de kebabs ou voyous notoires impliqués dans le trafic de drogue. Les plus jeunes attirent les mignonnes et partagent leurs prises avec leurs aînés.

Le scandale a réveillé la fureur des réseaux sociaux fin décembre, à la faveur de la publication d’un article empreint d’optimisme. Pour sa dernière tribune dans le Telegraph (quotidien conservateur), un journaliste choisit de chanter « le miracle de l’intégration à l’anglaise ». La réponse ne se fait pas attendre, qui paraît trois jours plus tard dans The Critic (autre média conservateur). Ah oui ? Et que dire du professeur menacé de mort qui vit caché avec sa famille depuis 2021 pour avoir montré en cours les caricatures de Mahomet ? Et que dire des grooming gangs ? Encore un modèle d’intégration ?

Les deux articles sont postés sur X. La conversation s’emballe. Et chacun d’apporter son info à propos des viols, jusqu’à la publication d’extraits des minutes du procès de cinq violeurs devant la Cour criminelle d’Oxford en 2013 (voir encadré page 33). Le jugement détaille les supplices endurés par une fillette de 12 ans. Lecture insoutenable. Elon Musk entre dans la boucle avec ses 211 millions de suiveurs. Il retweete. L’Amérique est sous le choc. L’indignation devient internationale.

Le Parti travailliste préfère plancher sur une définition de lislamophobie, cest plus payant

Le monde découvre la cruauté de ces trafics d’enfants. Mais aussi l’indifférence des autorités britanniques, services sociaux, police, classe politique. Le 1er janvier, le scandale s’intensifie encore quand Charlie Peters, journaliste à GB News et auteur d’un documentaire sur la question (voir interview page 35), livre un scoop. Les édiles d’Oldham, au nord-est de Manchester, ville meurtrie par les viols collectifs, ont demandé à Jess Phillips, l’actuelle ministre de la Lutte contre les violences faites aux filles et aux femmes, de diligenter une enquête sur l’exploitation sexuelle des enfants de leur ville. La ministre, célèbre porte-drapeau féministe, n’a pas seulement mis les courriers en bas de la pile et répondu trois mois plus tard, mais ce fut niet. Problème local, le gouvernement ne souhaite pas s’en mêler.

Sur X, Elon Musk suggère alors de mettre Jess Phillips en prison. Comment ose-t-il ? L’indignation change de nature. On oublie les violeurs ; le problème, c’est Musk. Le chef du gouvernement anglais, le travailliste Keir Starmer vole au secours de sa ministre et déclare, comme souvent lorsqu’un problème surgit, qu’une ligne rouge a été franchie et qu’il sera intraitable face à l’extrême droite. Jess Phillips, qui n’est pas du genre timide, déclare à son tour, à propos du patron d’X : « qu’il s’occupe plutôt d’aller faire un tour sur Mars. » Une victime de viols d’Oldham recentre la joute : « Je dirais qu’il serait temps pour Jess Phillips d’aller faire un tour à Oldham. Elle a refusé la demande d’enquête sans même prendre la peine de venir parler aux victimes. »

Pourquoi le gouvernement rechigne-t-il à faire la lumière sur les grooming gangs ? Jess Phillips, députée Labour d’une circonscription de Birmingham depuis dix ans (la ville compte 30 % de musulmans), a bien failli perdre son siège aux dernières élections. Ça s’est joué à 700 voix près. Ailleurs, les « Gaza Five », cinq députés de gauche anti-sionistes ont emporté le vote musulman. Les islamistes mordent les mollets des Travaillistes. Dans ces conditions, politiquement, est-ce bien avisé d’aller chercher des noises à une clientèle qui a déjà tendance aux infidélités ? Le Parti travailliste préfère plancher sur une définition de l’islamophobie, c’est plus payant.

Lire aussi : Silence on viole : la rançon du vivre ensemble

Il y a plus embêtant encore. Oldham est une de ces villes travaillistes des Midlands post-industriels. Jim McMahon, aujourd’hui ministre de Starmer, siégeait au Conseil municipal d’Oldham entre 2003 et 2017 et l’a dirigé de 2011 à 2016. Or l’un des chefs des gangs de violeurs est un ancien employé municipal d’Oldham (voir encadré page 32) ; il n’a jamais été inquiété par sa hiérarchie. Négligence ? Corruption ? Qui va aller remuer les eaux boueuses de ces fiefs travaillistes ?

En vérité, il y a eu des enquêtes. En 2014, le rapport Jay portant sur l’exploitation sexuelle des enfants de Rotherham de 1997 à 2013 identifie 1 400 victimes (ce chiffre sera réévalué à 1 510) et expose la faillite des services publics. Dans deux cas, des pères de famille, dont la fille a disparu, retrouvent la maison où elle est violée, et essaient de les en extraire. La police, appelée sur les lieux, arrête les pères de famille. Une autre fois, une enfant est mise en garde à vue pour état d’ébriété et atteinte à l’ordre public. Les forces de l’ordre, appelées par le voisinage lui-même alerté par des cris, ont trouvé la petite une bouteille de vodka à la main, entourée de sept hommes. Ils ont arrêté la fillette et laissé les brutes. Ce rapport déclenchera une enquête, d’autres rapports, d’autres enquêtes, et des rapports d’enquête. Depuis vingt ans, quasi tous les deux ans, des documents officiels de plusieurs centaines de pages, tous consultables en ligne, se penchent sur le problème. Et chaque fois, c’est pareil : une enquête, une poignée d’arrestations, et puis plus rien. L’amertume des victimes grandit. Leurs douloureux témoignages n’ont guère eu raison de la pègre pakistanaise.

Le scandale a éclaté pour la première fois en 2011 grâce au travail d’investigation du journaliste du Times Andrew Norfolk. Son premier article évoque une conspiration du silence. Il cite l’inspecteur-chef Alan Edwards : « Ces filles sont trafiquées et exploitées comme de la viande. Pour que cela cesse, il faut commencer à en parler, seulement tout le monde est terrifié par l’aspect ethnique. Personne ne veut se risquer à dire haut et fort que des Pakistanais, dans certaines zones du pays, recrutent des jeunes filles blanches et les font circuler dans leur famille comme des objets sexuels, mais il va falloir cesser de prendre des pincettes à cause de la dimension raciale. »

Suppliciées

Extraits du jugement rendu devant la Cour criminelle d’Oxford, le 27 juin 2013. Inculpés : Akhtar Dogar, Anjum Dogar, Kamar Jamil, Mohammed Karrar et Basam Karrar. Le juge Peter Rook évoque les sévices infligés aux mineures. Il se réfère à six témoignages. Les témoins sont mentionnés par des initiales pour préserver leur anonymat.
Voici ce qui est dit à propos de ce qu’a enduré la fillette apparaissant sous le pseudo GH.
Au point 51 : « Avant même ses 13 ans, Mohammed et Bassam Karrar, vous avez amené des étrangers pour la violer. […] Elle a supporté les pires perversions et l’insertion d’objets dans son vagin. […] Vous, Mohammed Karrar, l’avez emmenée dans plusieurs endroits pour la prostituer. […] »
Au point 52 : « GH entendait Mohammed et Bassam parler à des clients au téléphone avant d’aller à Nanford House pour la prostituer. Elle a été emmenée à Nanford House plus de 50 fois. Les prix variaient en fonction des actes sexuels que vous l’obligiez à pratiquer. […] »
Au point 53 : « Vous, Mohammed Karrar, la prépariez pour des viols anaux à plusieurs en utilisant une pompe anale pour élargir son anus. Vous la soumettiez à des viols collectifs par 5 ou 6 hommes. Il est arrivé qu’elle ait 4 hommes en elle. Une balle rouge était placée dans sa bouche pour la faire taire. Vous ne l’avez pas seulement prostituée mais également utilisée pour votre plaisir personnel. Vous l’avez tous les deux violée quand elle n’avait pas 13 ans, vous l’avez violée ensemble (oral et vaginal/anal). C’est arrivé plus d’une fois. »
Au point 54 : « Mohammed Karrar, une fois, alors que GH avait 12 ans, après l’avoir violée, elle vous a menacé avec votre cran d’arrêt. Votre réaction a consisté à attraper une batte de baseball, la frapper à la tête puis enfoncer la batte de baseball dans son vagin. […] Pour la piéger, vous lui procuriez du crack, de la cocaïne et vous lui avez injecté de l’héroïne à plusieurs reprises. »

Deux députées travaillistes ont lancé l’alerte : Ann Cryer en 2003, Sarah Champion en 2017. Elles n’ont obtenu que des procès en islamophobie et des menaces de mort. Sarah Champion, députée de Rotherham, a été priée de démissionner de son poste de ministre des Égalités du gouvernement fantôme de Jeremy Corbyn. Fautive d’avoir déclaré dans la presse : « Nous avons un problème avec les Anglo-Pakistanais qui violent et exploitent des filles blanches. »

Problème pakistanais ? Que non. « Masculinité toxique ! Patriarcat ! », rectifient les bien-pensants, oubliant au passage qu’il n’y a pas plus patriarcal et sexiste que la culture pakistanaise… Les apôtres du multiculturalisme se chargent de faire taire les hérétiques. L’ONG anti-raciste Just Yorkshire qualifie Sarah Champion d’« assassin néo-fasciste » et l’accuse de « racisme industriel ». Les universitaires sont à la tâche. En 2020, les professeurs Ella Cockbain et Waqas Tufail concoctent un article savant intitulé « Trahir les victimes, attiser la haine : comment contrecarrer les dégâts du discours sur les “grooming gangs musulmans” ». Mai 2023, rebelote. La mise en place par la ministre de l’Intérieur tory Suella Braverman d’une task force contre les grooming gangs suscite une lettre ouverte de cinquante chercheurs. Ils protestent : se polariser sur certaines catégories de viols est clivant, raciste et relève de la « mésinformation ». Assez parlé des grooming gangs. Prière de fermer les yeux. Du reste, Rotherham vient d’être nommée « Capitale culturelle de l’enfance » ! Le magnifique label est décerné à la capitale anglaise du viol d’enfant.

Problème pakistanais ? Que non. « Masculinité toxique ! Patriarcat ! », rectifient les bien-pensants, oubliant au passage qu’il n’y a pas plus patriarcal et sexiste que la culture pakistanaise…

Mais le décor Potemkine se lézarde. Andrew Norfolk, le journaliste qui avait révélé le scandale, lassé d’être calomnié par les antiracistes de métier, s’était retiré du débat. Maintenant, il s’exprime à nouveau et recommande de s’intéresser à la jurisprudence islamique et son impact sur la condition des filles et des femmes, ainsi qu’aux spécificités de ces communautés comme les mariages arrangés entre cousins. « Pourquoi une minorité ethnique est-elle si disproportionnément sur-représentée dans ces crimes ? Ce type de recherches serait vital pour comprendre comment changer les choses, dit-il. On ne résoudra pas le problème tant qu’on n’en aura pas compris les causes premières. »

Les procès se multiplient. Le 17 janvier dernier, le tribunal de Bradford jugeait huit Anglo-Pakistanais condamnés à un total de cinquante-huit ans de prison. Les victimes des grooming gangs auront attendu vingt ans avant que justice leur soit rendue. Les peines sont minimes au regard des délits. Plusieurs violeurs bi-nationaux ont fait appel des décisions d’expulsion à leur encontre grâce aux 2,3 millions d’euros d’argent public reçus en aide juridique. L’inspectrice Maggie Oliver qui a démissionné de la police en 2012, pour protester contre l’interruption subite des enquêtes qu’elle avait pilotées, a depuis fondé une Fondation dédiée aux victimes. Invitée en janvier 2024 par le maire de Manchester à commenter l’un des plus récents rapports à propos de la faillite des services de police, elle a regretté que rien n’ait changé. « Ma fondation s’occupe actuellement de 371 victimes qui ont été délaissées par les services de police. » Le rapport lui-même constatait que « trop de prédateurs sexuels n’ont toujours pas été appréhendés ».

Le dos au mur, la ministre de l’Intérieur a annoncé des mesures cosmétiques, le financement de cinq enquêtes locales et d’un audit national. Ce ne sera pas suffisant. Selon un sondage de mi-janvier, l’opinion publique considère qu’on a étouffé l’affaire et souhaite une opération mains propres. C’est un séisme politique majeur.


Daddy Shabir Ahmed

Employé municipal. Membre du Parti travailliste de la ville d’Oldham (comté de Manchester). Chef du réseau de pédophilie de Rochdale.
Shamir Ahmed, celui qu’on appelait Daddy, est désigné « Agresseur A » dans un rapport de juin 2022 portant sur l’efficacité institutionnelle des réponses apportées à l’exploitation sexuelle des enfants dans le comté de Manchester. Shamir Ahmed était employé municipal de la ville d’Oldham de 1988 à 2006, responsable des aides sociales et affecté au centre communautaire pakistanais. Ce poste stratégique lui permettait de proposer à ses administrés des rendez-vous dans les maisons où étaient enfermées les jeunes filles.
2005 : il est signalé à la police du Grand Manchester, accusé d’abus sexuel sur enfant. Mais il n’est pas poursuivi bien qu’il soit en contact avec des enfants vulnérables du fait de son activité.
Février 2008 : il est arrêté pour abus sexuel sur un enfant. Puis relâché.
Juillet 2008 : il est arrêté, soupçonné d’avoir enlevé deux autres enfants. Puis relâché.
22 mars 2011 : il est inculpé pour le viol de la jeune femme qui l’avait signalé en 2005. Il est mis en détention provisoire.
Mai 2012 : il est reconnu coupable de deux viols, de complicité de viols, agressions sexuelles, et trafic d’enfants à des fins d’exploitation sexuelle et condamné à 19 ans de prison.
Juin 2012 : Il est accusé de trente viols supplémentaires, sa sentence est allongée de 22 ans. Total : 41 ans de prison.
Lors de son procès, Shabir Ahmed s’est montré particulièrement virulent et agressif. Il s’est plaint d’être soumis à la décision d’un jury entièrement blanc.

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