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Guerre civile à gauche

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Publié le

23 mai 2022

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Dans son ouvrage « Le piège identitaire », le journaliste espagnol Daniel Bernabé, exprime son mécontentement envers la perte des idées marxistes ; le travail et la lutte des classes abandonnés et remplacés par les identités et les minorités.
BLM

Voici une pièce à verser au dossier de la division à gauche entre anciens et modernes, marxistes d’un côté et foucaldo-derrido-butlériens de l’autre. Le journaliste espagnol Daniel Bernabé, qui fait partie des premiers, se désole de voir disparaître l’ancien logiciel issu du marxisme, qui parlait de travail et de lutte des classes, remplacé par un nouveau qui ne parle qu’identités et minorités.

Le problème, dit-il, c’est que défendre en bloc « les droits des femmes », par exemple, revient à mettre Angela Merkel et les ouvrières allemandes souspayées dans le même sac, ce qui, d’un point de vue marxiste, est tout de même aberrant. Obnubilée par les identités – sexuelles, raciales, etc. – la gauche a laissé tomber la question matérielle.

« Les postmodernes ont brisé le socle sur lequel pouvaient s’appuyer les projets de lutte collective : la conscience d’appartenir à une seule et même classe sociale ».

« En voulant parvenir à une description plus fine de la réalité » (ne plus regarder les travailleurs simplement comme travailleurs mais comme femmes, gays, noirs, etc., avec une « granulométrie » toujours plus précise), « les postmodernes ont brisé le socle sur lequel pouvaient s’appuyer les projets de lutte collective : la conscience d’appartenir à une seule et même classe sociale ». Ce qui, déplore-t-il, fait le jeu de l’individualisme néolibéral, et les bonnes affaires de la bourgeoisie…

Cet essai au ton journalistique assumé, qui a eu un certain succès en Espagne, a les défauts de ses qualités : il est brouillon, impressionniste, maladroit et plein de raccourcis, mais en même temps plein d’intuitions, de rapprochements stimulants et d’ambition, avec sa tentative de replacer le phénomène dans le temps long. En bon marxiste, Bernabé voit des complots partout (« le lecteur pourrait croire que j’ai une vision conspirationniste de l’histoire », admet-il) et, en nostalgique du communisme, il trouve que l’URSS et la RDA, ce n’était pas si mal («  La RDA n’était pas un paradis socialiste, c’est sûr, mais ce n’était pas non plus cet enfer peuplé de gens en uniformes gris qu’on nous dépeint si souvent » – à part la Stasi, c’est vrai que c’était très riant). Bien qu’affaibli par ces embardées, le livre offre un contrepoint rafraîchissant à la doxa sociologisante et « intersectionnelle » du discours progressiste actuelle, tout en documentant de l’intérieur la fracture des deux gauches.

Lire aussi : Wokes, indigénistes : pourquoi sont-ils racistes ?


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