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Lithium vert : comment être enfin souverain

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Publié le

12 mai 2022

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Métal essentiel pour la composition des batteries électriques, le lithium suscite de nombreuses critiques devant les conséquences environnementales de son extraction. Mais au-delà de son utilisation, l’éternelle (et très actuelle) question de la souveraineté se pose pour ce métal convoité. La France saura-t-elle saisir l’opportunité de produire du lithium sur son sol? Et si oui, de quelle manière?
Lithium

Si le lithium est aujourd’hui extrait principalement en Australie et en Amérique du Sud, c’est la Chine qui contrôle le cycle de raffinage du lithium. Le dragon rouge a donc la main géopolitique sur ce métal convoité depuis longtemps sur la scène internationale. Depuis quelques années, l’explosion du nombre de véhicules électriques fait mécaniquement croître notre dépendance. On estime qu’à l’horizon 2040, la majorité du parc automobile occidental sera hybride, voire 100 % électrique. En plus de la question de souveraineté, s’ajoute la problématique de la quantité de lithium nécessaire pour satisfaire un marché en pleine croissance.

Alors, pourquoi se priver d’un lithium made in France?? L’on aurait potentiellement les moyens d’en produire en grande quantité. D’abord par l’extraction minière, mais pour une quantité limitée qui ne comblerait pas sur le long terme les besoins du pays. Le BRGM (Bureau de recherches géologiques et minières) a répertorié des territoires, notamment en Bretagne et en Auvergne, qui pourraient voir ouvrir ces mines. Bien que la profondeur à atteindre soit relativement faible pour extraire le lithium (entre 10 et 100 mètres), se pose la question des coûts pharaoniques nécessaires à son extraction. S’ajoutent à cela la question écologique et l’acceptabilité de ces projets, pour les populations locales et pour l’opinion publique. L’ouverture d’une mine touche directement un territoire de manière visible et nécessite des quantités d’eau importantes.

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L’une des pistes crédibles envisagées par les industriels serait le lithium géothermique. Ce procédé consiste à dissoudre le métal dans de l’eau à haute température dans les sous-sols géologiques. L’idée est d’aller chercher cette eau chaude entre 2 000 et 2 500 mètres de profondeur, d’en extraire les calories (énergie) pour en faire de la « géothermie chaleur », on extrait ensuite de ces eaux chaudes du lithium sous forme liquide pour le transformer en lithium « qualité batterie ». Ce procédé pourrait être réalisé dans le nord de l’Alsace qui possède une géologie favorable avec des températures souterraines très élevées. Les avantages seraient nombreux : la géothermie est une énergie verte et non intermittente qui émet peu de CO2 , contrairement à l’extraction minière classique.

Les quantités extraites seraient beaucoup plus importantes – on parle de plusieurs millions de tonnes de lithium – et pourraient subvenir aux besoins du marché français pour les années à venir. Enfin, le coût serait moins élevé que l’extraction minière classique. La méthode géothermique assurerait, selon les industriels, notre souveraineté en matière de lithium et nous permettrait d’exporter ce métal avec un avantage concurrentiel sur les principaux pays producteurs.

Reste un problème de taille concernant le lithium: le caractère non-recyclable des batteries.

Un rapport de l’INERIS (Institut national de l’environnement industriel et des risques) datant de novembre 2017, sur les nouvelles formes d’exploitation du sous-sol confirme la neutralité carbone de la géothermie minière. Le rapport pointe cependant le risque sismique que peut engendrer ou accroître cette technique : « Le milieu géologique compense la force de cisaillement qui s’applique à une faille. La faille est ainsi à l’équilibre: lorsque cet équilibre est à l’état “limite” et perturbé, par exemple en modifiant le régime des contraintes qui pèse normalement sur la faille, les activités humaines peuvent déclencher la force de cisaillement qui conduira à l’occurrence d’un séisme ». L’exploration géothermique a été pointée du doigt pour cette raison, et arrêtée à plusieurs reprises en Alsace.

Le rapport se veut en revanche rassurant quant aux risques de contamination de l’écosystème, liés à la technique de la fracturation hydraulique. La population, ayant en tête les dangers du gaz de schiste, s’inquiète de l’impact pour l’environnement des substances biocides et des acides non recyclables utilisés pour maintenir la roche fracturée.

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La géothermie procède d’une technique dite de stimulation, qui selon le rapport, n’engendre pas de risque de contamination: « Les fluides chauds sont captés dans un milieu géologique déjà poreux et perméable; la stimulation a pour objet d’agrandir cette porosité et d’améliorer cette perméabilité. Les substances employées dans ce cadre sont similaires à celles des opérations dites de “développement” des forages d’eau potable, notamment en ce qui concerne l’utilisation d’acides. Enfin, la réinjection du fluide géothermal refroidi s’effectue dans le même aquifère que celui exploité?: il s’agit généralement d’aquifères profonds qui ne sont pas utilisables pour l’eau potable ».

Reste un problème de taille concernant le lithium: le caractère non-recyclable des batteries. De grands groupes comme Véolia s’attaquent depuis quelques années à cette problématique du recyclage, sans grand résultat à ce jour.

Si le lithium ne constitue pas une solution d’avenir – transiter d’un moteur thermique à un moteur électrique ne revient qu’à déplacer le problème – il offre toutefois une solution souveraine à la France pour les 30 années à venir. Si nous dépendons actuellement des pays du Golfe et de la Russie pour les énergies fossiles, demain nous dépendrons de la Chine si nous passons à côté de notre lithium national.

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