Henri d’Orléans, comte de Paris, une vie à servir la France

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L’aîné des Bourbon-Orléans est mort à 85 ans le 21 janvier. Il aura consacré sa vie à une certaine idée de la France, la France capétienne.

 

L’actualité a rattrapé l’histoire. Alors que s’achevait doucement la messe organisée en mémoire du roi Louis XVI, à Saint-Germain l’Auxerrois, une rumeur s’est vite propagée parmi les 500 personnes présentes sur le parvis de l’église. Un communiqué est bientôt venu confirmer la nouvelle : le comte de Paris, Henri d’Orléans, venait de rendre l’âme à l’âge de 85 ans.

 

Prétendant au trône de France, son nom incarnait autant l’histoire de France qu’une famille que le destin avait fait monter sur le trône avec Louis-Philippe, entre 1830 et 1848. Issu d’une fratrie qui comptera pas moins de 11 enfants, né au manoir d’Anjou le 14 juin 1933, à Woulwe-Saint-Pierre, en Belgique, Henri est le premier fils du prince Henri d’Orléans, lui-même titré comte de Paris, et d’Isabelle d’Orléans-Bragance, née princesse impériale du Brésil. Fierté de ses parents mais aussi des royalistes qui, pour l’anecdote, n’avaient pas hésité à se glisser en haut du clocher de Notre-Dame afin de sonner le carillon pour annoncer à tous la naissance du dauphin.

 

 

Contrainte à l’exil par la loi du même nom votée par la IIIe République en 1886, la maison royale de France entendait cependant continuer le combat pour la restauration de la monarchie. Facétieux, le jeune prince grandit dans les antichambres de la politique française, suivant du regard son père qui n’aura eu de cesse, tout au long de sa vie, de le préparer à sa future charge.

 

Il connaît les affres de la Seconde guerre mondiale. Fuyant l’invasion nazie, sa famille se réfugie au Brésil avant de gagner le domaine de Larache, au Maroc espagnol. Nouveau terrain de jeu pour le prince qui apprendra l’arabe et développera une passion qui ne devait plus le quitter pour le dessin et la peinture. Son père complote, lui étudie. Le bruit des bombes s’éloignant vient le temps des douceurs espagnoles, des senteurs basques auxquelles il demeurera attaché.

 

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C’est aux prix d’efforts importants et grâce au talent diplomatique de l’émissaire de son père que le dauphin est enfin autorisé à marcher sur le sol français. À Bordeaux, par un décret signé de la main du président Vincent Auriol, le prince va continuer ses études au Lycée Montesquieu et obtenir son baccalauréat en 1953. Son père lui donne du « Monseigneur » pour l’occasion.

 

La loi d’exil ayant été finalement abrogée, la famille de France est enfin de retour et ne va pas tarder à faire la Une des journaux. Sous les liens étroits entretenus par son père avec le général de Gaulle, l’avenir s’annonçait radieux pour le jeune Henri qui avait intégré Sciences Po à Paris. Le héros de la Libération songea-t-il alors à restaurer la monarchie ? Si le sujet divise encore, tout indique que ce fut le cas. Il fallait préparer le prince à ses responsabilités. Et le marier.

 

Deux mondes se regardant sans animosité, un contrat social, ce combat au cœur de ses préoccupations,  le prince se définissant bien avant d’être un prétendant, comme un humaniste.

 

Mariage avec la princesse Marie-Thérèse de Wurtemberg en juillet 1957, titrée duchesse de Montpensier, dont naîtront 5 enfants. Mais le service militaire rattrape le prince. Ce sera un engagement en Algérie française où il s’illustre. Avant lui, un de ses ancêtres, le duc d’Aumale, avait fièrement tenu tête à la smala d’Abd-El-Kader. Son frère François, lui, y perdra la vie (1960). Il entend faire carrière dans l’armée et devient chargé de mission du Secrétariat général de la défense nationale, sur demande du général de Gaulle.

 

La restauration est sur toutes les lèvres, son père tout comme lui sont reçus à l’Élysée, et le tout-Paris courtise les prétendants avant la fin des illusions. Envoyé en 1962 au 4e régiment de Hussards en Allemagne, on le retrouve officier à la Légion étrangère jusqu’en 1968. Banquier par la suite, il aura pour collègue une certaine Arlette Laguiller. Deux mondes se regardant sans animosité, un contrat social, ce combat au cœur de ses préoccupations,  le prince se définissant bien avant d’être un prétendant, comme un humaniste.

 

Il considérait que le retour d’une monarchie constitutionnelle permettrait à la France de retrouver ses vraies racines chrétiennes et renouer avec les traditions, socle fondateur de la nation.

 

Et si quelques nuages gris viendront obscurcir le ciel radieux du prince (son divorce en février 1984 qui engendre une relation houleuse avec son père, notamment après son mariage avec Micaela Cousiño y Quiñones de León, doublé d’une réconciliation officielle en 1990), le comte de Paris n’en oubliera pas ses devoirs lorsqu’il « accède au trône de France » en 1999. Il s’était payé le luxe de s’adresser au chef de l’État en 1994 dans un livre éponyme, considérant que le retour d’une monarchie constitutionnelle permettrait à la France de retrouver ses vraies racines chrétiennes et renouer avec les traditions, socle fondateur de la nation, citant cette royauté capable de redonner espoir, « car seule apte à  réintégrer la dimension humaine au cœur du pouvoir ». 

 

 

Sa passion ? « Servir la France ».  Il crée l’Institut de la Maison Royale de France (IMRF) chargé de véhiculer son message politique et, régulièrement interviewé à la télévision française y compris dans des émissions où on ne l’attend pas, le prince surprend ou déçoit, rassemble ou divise avec ses différentes prises de position. Il voit son rôle « comme une exigence, un sacerdoce », écrivait-il dans son dernier ouvrage, La royauté de l’homme (éditions du Châtelet, 2016).

 

Toute sa vie, il aura voulu incarner une « royauté vivante », sans folklore, une alternative à cette « France qui désespère ». Avec la disparition du comte de Paris, c’est une nouvelle page qui s’ouvre. L’héritage capétien est désormais dans les mains de Jean d’Orléans, duc de Vendôme.

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frederic.natal@lincorrect.fr

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