Au confluent de la Mer Rouge et de l’Océan indien, le micro-État djiboutien, indépendant depuis 1977, n’est plus le confetti d’empire qu’il fut autrefois. Même si la chaleur et la sécheresse y atteignent des records, des quantités d’eau ont coulé dans ses oueds depuis le temps où l’écrivain-voyageur Henri de Monfreid s’y livrait au commerce d’armes et de haschich. Encore plus lointaine l’époque où le poète aux semelles de vent séjournait au village de Tadjourah. Autrefois chasse gardée de la France, ce territoire aride et caillouteux d’une superficie inférieure à celle de la Bretagne ne possède quasiment aucune ressource naturelle excepté le sel du lac Assal – qui reste d’ailleurs insuffisamment exploité. En raison des conditions climatiques extrêmes, rien n’y pousse. Même le khat, plante psychotrope dont la consommation est très populaire, est importé d’Éthiopie ou du Yemen. Néanmoins, la position stratégique de Djibouti, au bord du détroit de Bab el-Mandeb, lui confère un certain nombre d’opportunités. C’est par le port de la capitale que transitent les marchandises destinées à l’Éthiopie, cette dernière ayant perdu tout accès à la mer après la sécession de l’Érythrée en 1993.
Si la France a conservé une part de son aura en maintenant la présence d’un contingent militaire de 1 500 hommes, elle a en revanche perdu la majeure partie de ses intérêts économiques
Très dépendant économiquement, le pays est désormais passé sous la tutelle presque exclusive de l’Empire du Milieu au point que les Émirats, en particulier Dubaï, ont vu leur influence dans cette zone s’amenuiser. Si la France a conservé une part de son aura en maintenant la présence d’un contingent militaire de 1 500 hommes, elle a en revanche perdu la majeure partie de ses intérêts économiques. En effet, la plupart des entreprises et des banques françaises ont quitté le pays. Seule exception, la BRED qui a racheté 51 % des parts de la Banque Centrale Indosuez-Mer Rouge (BCIMR).
Il faut dire que les relations diplomatiques entre la France et Djibouti se sont quelque peu refroidies après l’enquête sur la mort suspecte du juge français Bernard Borrel en 1995. Malgré la condamnation de l’État français à payer 140 000 euros de dommages et intérêts à la famille du magistrat l’an dernier, de nombreux doutes persistent dans cette affaire. En particulier, le rôle joué à l’époque par l’autocrate local Ismaël Omar Guelleh, surnommé « IOG » par son peuple, reste mystérieux. Briguant un cinquième mandat, ce dernier est aux manettes depuis 1999 et contrôle chaque pan de l’économie locale.
Alors qu’elle se contentait de financer des travaux publics jusqu’à l’orée des années 2000, la Chine a depuis considérablement resserré son emprise sur l’ancienne Côte française des Somalis
Profitant du désengagement progressif de la France, les Chinois ont avancé, eux, leurs pions avec succès. Alors qu’elle se contentait de financer des travaux publics jusqu’à l’orée des années 2000, la Chine a depuis considérablement resserré son emprise sur l’ancienne Côte française des Somalis, notamment en finançant à hauteur de 3,4 milliards d’euros la rénovation de l’ancienne ligne de chemin de fer construite par les Français au début du XXe siècle et reliant Djibouti-ville à Addis-Abeba.
C’est aussi grâce aux investissements chinois que la nation djiboutienne a pu inaugurer en juillet 2018 la « Djibouti Free Trade Zone » : aujourd’hui vaste de 240 hectares, elle devrait s’étendre sur 4 800 hectares et regrouper 21 entreprises, majoritairement chinoises, d’ici 2028, ce qui en fera la plus grande zone de libre-échange d’Afrique. Dorénavant, ce n’est plus l’argent hexagonal ni même celui de la péninsule arabique qui finance le développement de Djibouti mais les fonds prêtés de la banque chinoise Silk Road International Bank. Ces derniers sont considérables puisqu’on parle tout de même de 11 milliards d’euros investis en seulement cinq ans !
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Résultat : le gouvernement de Xi Jinping détient désormais 80 % de la dette djiboutienne, laquelle a bondi en 2019 jusqu’à atteindre 90 % du PIB, ce qui fait de Djibouti un pays surendetté. Enfin, la mainmise de la superpuissance asiatique sur cet État lilliputien de la corne de l’Afrique n’est plus seulement économique puisqu’elle y a installé en 2017 sa première base militaire outre-mer, qui compte déjà 2 000 hommes et pourrait en regrouper jusqu’à 10 000 d’ici 2026. Un bel exemple d’OPA réussie !





