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Hommages à Pierre-Guillaume de Roux

Alors que sont aujourd’hui célébrées les funérailles de l’éditeur Pierre-Guillaume de Roux, nous avons souhaité lui rendre hommage en rassemblant ici ces quelques témoignages d’amis, de compagnons, d’écrivains. Nous présentons également nos sincères condoléances à sa famille.

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© Benjamin de Diesbach pour L'Incorrect - droits réservés

À TOUT DE SUITE PIERRE-GUILLAUME

Quand on raccrochait d’une conversation avec Pierre-Guillaume, il concluait par un curieux : « À tout de suite ». La première fois, j’ai cru qu’il allait me rejoindre quelque part, que j’avais mal compris… En y repensant, cet « À tout de suite » fait écho à l’ « Immédiatement » de ce père qu’il aimait tant, Dominique de Roux. Ce père dont il avait la photo dans son fameux bureau rue de Richelieu, où il ne pouvait même plus s’installer tant il y avait de livres et de manuscrits… Pierre-Guillaume, comme son père, un preux de l’édition, sans peur et sans reproche, mettait la littérature au-dessus des idéologies. Ce pourquoi le portrait que lui avait consacré Le Monde l’avait tant peiné : il était prêt à débattre avec n’importe qui, mais pas avec les valets de pieds de la propagande. Pierre-Guillaume vivait sans interruption, parmi les écrivains qu’il admirait, morts ou vifs, dans ce temps jamais perdu des livres. Il était toujours avec nous ; il est toujours avec nous. Son regard malicieux perché tout en haut de son corps de paladin ne nous quitte pas. À tout de suite Pierre-Guillaume ! Bertrand Lacarelle

EN SOUVENIR DE PIERRE-GUILLAUME DE ROUX

J’ai connu Pierre-Guillaume comme camarade d’édition au Rocher du temps du regretté Jean-Paul Bertrand, au début des années 2000, quand nous venions de publier dans la collection Anatolia le scandaleux Nicolas Gomez Davila, qu’il défendit aussitôt avec passion. Notre ami commun, l’éditeur Vladimir Dimitrijevic, sur son lit d’hôpital après un accident de la route, m’avait mis en garde : « Attention, ça ne va par leur plaire. » À qui donc se rapporte ce « leur » ? lui avais-je demandé. « À personne, me répondit-il. C’est bien ça le pire ». Aussi publiai-je le catholique colombien avec un plaisir redoublé. Le seul article enthousiaste sur le livre – dont je regrette aujourd’hui le titre un peu facile – Les Horreurs de la démocratie (Misère de la démocratie eût été plus juste), parut dans l’imprévisible Libération. Je revis Pierre-Guillaume à l’enterrement du cher Dimitri, qui était son parrain dans la foi orthodoxe, il y a dix ans, et il avait avec lui quelques exemplaires du livre que nous avions publié en hommage aux 40 ans des éditions de L’Âge d’homme, Les Caves du Métropole, qu’il distribuait aux amis venus aux funérailles de Gazda – « le patron » –, qu’un deuxième accident de la route n’épargna pas, cette fois. On a pu dire que Pierre-Guillaume s’était fourvoyé dans les dernières années de sa vie. Se raccrocher à la politique n’avait aucun sens quand on aimait profondément la littérature comme il le faisait. Les paroles du père Simon, prêtre-aumonier à l’Université de Vienne, ont valeur d’homélie : « Nous devons accepter humblement d’être athées en politique et garder toute notre foi pour le Très-Haut ». Pierre-Guillaume était un être discret et doux, un lecteur raffiné, amoureux des belles choses et trop pur pour s’embringuer dans la foire politique. Ses bravades, ses compromis, qui n’obéissaient qu’au souci de la survie éditoriale, appartiennent au monde terrestre. Sa foi au monde céleste. Requiescat in pace. Samuel Brussell

PARFOIS LES DIEUX SOURIENT

J’avais croisé Pierre-Guillaume de Roux au début du siècle, il m’impressionnait par sa stature, son élégance, son raffinement et sa réputation professionnelle. Je n’aurais jamais imaginé que vingt ans plus tard il deviendrait l’éditeur de mon premier roman, Moi, Philip Roth. Il y avait tout pour nous séparer : moi, juif new-yorkais, de taille moyenne, habillé sport, fidèle (aux US) du parti démocrate, spécialiste de Philip Roth et d’auteurs américains responsables en partie de l’éclipse de la littérature française ; et lui, le personnage qu’on connaît. Pourtant, parfois les dieux sourient : aucun autre éditeur n’aurait pu si bien accueillir un texte iconoclaste, irrévérencieux, expérimental et subversif, voire un livre fait à son image. De fait, j’ai découvert, à mon étonnement et à ma joie, que j’étais chez moi. Steven Sampson

LE GRAND LECTEUR

« Le Grand Lecteur était un homme de haute taille, doté de traits si remarquables qu’il était extrêmement difficile de faire la différence, au premier regard, entre son visage à la fois bienveillant et mystérieux, nimbé d’une roseur ineffable, et l’un de ces portraits princiers que l’on peut admirer en nombre au château de Bel-Œil, ce lieu caché au cœur du Brabant wallon qui résonne encore trois siècles plus tard de l’honneur, du bonheur insigne d’être né… et plus encore. Une couronne de cheveux grisonnants, qui, jadis, avaient longtemps doré au soleil d’un Âge secret et resplendissant, retombait sur son grand front bombé, pétri de mémoire. Quelle amie qui a eu le privilège d’accéder à son cœur un jour de cette brève existence, quelle femme devenue sa proche confidente ne se souvient pas de ses silences résignés ou de cette promenade rituelle qu’elle faisait à son bras, chaque crépuscule ? Était-ce vraiment dans cette vie, était-ce déjà dans le rêve qui vous transporte avec d’infinies précautions jusqu’à cet endroit où l’on se croit arrivé au Ciel, là où s’étend sous les pieds un puissant bruit de vagues allant et venant comme à l’abandon au chevet d’une mer, d’un océan insaisissable ? Quand son profil altier se dessine soudain dans le poignant contre-jour qui annonce à cette minute l’inexorable partage de l’ombre et de la lumière, son visage se fait plus indéchiffrable que jamais. Est-il sur le point de parler, d’ouvrir enfin son cœur ? Nous n’avons pas encore croisé son regard mais une fois que cela sera chose faite, pourrons-nous jamais en oublier l’expression de tendresse déchirante et de bonté magnanime, stoïquement bordée de souffrances dont il ne dira jamais rien ? »

Extrait d’En Rêve et contre tout (Pierre-Guillaume de Roux, 2018), premier roman d’Anastasie Liou, pseudonyme d’Anne-Sophie Yoo.

UN FLAMBOYANT INTERCESSEUR

La littérature a été la forgerie de notre amitié. Il y avait chez Pierre-Guillaume de Roux, en harmonie avec son port altier, une noblesse stylistique qui balayait tous les conforts idéologiques. Comment parler de lui sans parler de soi dès lors qu’il s’agit de la sphère de l’art ? J’avais en souffrance un récit sur ma judéité, intitulé Trou de mémoire. Qui aurait cru qu’il reviendrait à Pierre-Guillaume de Roux de le publier (en 1991), tandis qu’il me fallait subir maints refus dont la motivation se lisait dans la dénonciation de l’ayatollah que j’étais supposé incarner en tant que défenseur d’Israël ? Pour lui n’entraient en considération que le style et la valeur de l’expérience humaine. Sensible à la forme, il savait déchiffrer les intentions et les significations constitutives de l’existence esthétique. C’est ainsi qu’au fil des années, en toute indépendance, s’est affinée et fortifiée notre relation, faite de l’autorité et du respect de chacun des deux protagonistes. Je pleure aujourd’hui le flamboyant intercesseur des lettres qui a publié en 2019 Tournier parti, à coup sûr mon dernier ouvrage. On gravit l’étroit escalier de la rue de Richelieu, on s’enfonce dans la forêt des volumes d’où émerge peu à peu la silhouette magnifique de Pierre-Guillaume de Roux, et on apprend à le connaître. Et on l’aime. Serge Koster

QUELQUE CHOSE D’UN PIERROT

Quelque chose d’un Pierrot, la grande taille mince, le costume de flanelle, un personnage de la Commedia dell’arte, qui vous fait passer devant et vous tient la porte de l’ascenseur. Pierre-Guillaume de Roux, c’était le charme, le sourire qui sort d’un rêve, le rire facile d’adolescent, l’enthousiasme. Puis l’intuition agile, le goût sûr, le talent, le sens du meilleur moment. Derrière cette féconde fantaisie, plus ajustée que provocatrice, il tenait à ses valeurs, fidèle à sa famille et à ses traditions, le gaullisme, la hauteur noble.

Il nous a donné les bijoux de la collection Motif, rééditions de Roland Cailleux, de William Gerhardie, de Massimo Bontempelli, puis les proses magnifiques de Louis Jeanne et de Frédéric Ayangma, Trois contes allemands de Luba Jurgenson, L’Homme qui marche de Jean Yvane, et bien d’autres beaux livres.  Ne cherchez pas à le remplacer, il est irremplaçable et il a emporté la littérature avec lui. Quentin Debray

GRATITUDE

Je me souviendrai toujours avec gratitude de Pierre-Guillaume. Il a sauvé L’Atelier du roman dans un moment crucial pour sa survie. Lakis Proguidis

UN GRAND FRÈRE INCONNU

Longtemps, Pierre-Guillaume fut pour moi quelque chose comme un grand frère inconnu. C’est Pierre Boutang qui m’en avait parlé le premier, un jour que j’étais venu le voir dans sa thurne philosophique de Saint-Germain-en-Laye, toute pleine de poussière et de génie. Après m’avoir demandé des nouvelles de la revue Réaction dont nous préparions le deuxième numéro, il me dit son affection pour ce jeune éditeur talentueux, le fils de son grand ami Dominique, et me donna son exemplaire de L’Étrangleur de perroquets, l’essai qu’un autre de ses disciples, Philippe Barthelet, venait de publier chez Criterion, autrement dit chez Pierre-Guillaume. Malgré cette entrée en matière, pendant des années, des décennies, celui-ci demeura pourtant une sorte de mystère : quelqu’un dont vous parlent sans cesse vos amis les plus proches, à l’époque Laurent Dandrieu ou Stéphane Giocanti, dont vous admirez l’œuvre éditoriale, la finesse, le goût et le courage, quelqu’un qu’à force vous pensez connaître par cœur, alors que vous ne l’avez jamais vu. Existait-il même vraiment, cet homme qui semblait sautiller d’une maison d’édition à l’autre, et qui publiait tant de mes auteurs favoris ? Ayant tout de même fini par le rencontrer – et m’étant alors réjoui qu’il fût tel que je l’avais imaginé –, la question de son existence véritable n’en subsista pas moins, tant sa discrétion presque maladive, sa capacité à marcher sur la pointe des pieds, son aptitude à apparaître et à disparaître sans bruit l’apparentaient aux fantômes les plus distingués de la littérature britannique.

Sans doute est-ce ainsi qu’il poursuivra ses pérégrinations sur les chemins de l’Au-delà, et qu’il continuera de visiter nos mémoires, en éclaireur élégant, amoureux du beau tombé par mégarde dans un monde de brutes. Frédéric Rouvillois

LE VRAI COMBATTANT

À une époque où les déclarations de résistance et de rébellion s’achètent par paquets de six, dire de Pierre-Guillaume de Roux qu’il était un résistant des lettres serait une image pauvre. Il était sans doute le Combattant, le Vrai, le Courageux.

Des images me reviennent, comme des photographies sorties d’un album – les bureaux encombrés de ses éditions, l’escalier étroit, la première fois où il m’a reçue, tellement habitué à recevoir des tombereaux de haine qu’il n’imaginait pas que l’on voulût prendre la défense de l’Éloge littéraire d’Anders Breivik, de son auteur et de son éditeur. S’il faut des combats pour identifier qui sont les grands soldats, Pierre-Guillaume y trouva son ordalie.

Je me disais souvent qu’il avait un catalogue idéal — Richard Millet d’abord, la correspondance Jünger-Schmitt, Ezra Pound, des bios de Paul Gégauff et Maurice Ronet, des essais où l’on tresse des couronnes à Simone Weil et Bernanos, où l’on tape sur Foucault et Sartre : il était mon éditeur imaginaire comme il y aurait un musée imaginaire.

Il en fallait du courage pour continuer contre vents, marées et capitulations générales – « la littérature ne se vend plus, ma brave dame » – à faire vivre une maison d’édition exigeante et fière. Son œuvre est grande. Grâce à lui, « il demeure des pages comme des tours dans les nids haut perchés qu’une volée de cloches défend », disait C. Campo. Il a incarné l’exigence dans un monde applaudissant à la médiocrité, la passion de la littérature à une époque où elle est réduite à un contenu divertissant, la recherche de la Vérité et du Sens dans une société repue de sa bêtise petite-bourgeoise, où la dénonciation du politiquement correct n’est qu’une posture intellectuellement misérable. Il nous laisse une injonction à poursuivre son combat contre le Vide, le Spectacle, l’Imposture, les Ténèbres — au nom de la littérature, lumineuse, vraie — au nom de la grâce, de la force, du style. Tout lui. Muriel de Rengervé

UN AUTHENTIQUE ARISTOCRATE

« Le petit nombre doit l’emporter subversivement sur la subversion elle-même et sur tous ses dispositifs de misère, de honte et d’inutilité. », cette phrase de Dominique de Roux qui se trouve glissée dans ma principale cartouchière, symbolise, je crois, l’attitude et l’aventure de son fils Pierre-Guillaume. Je l’avais lue chez le père avant de connaître le fils qui m’en donna l’illustration. Contre le poids d’un milieu, d’un système, de la doxa et de ses gardiens, contre toutes les pressions du nombre et des nécessités communes, Pierre-Guillaume incarna ce petit nombre, agrégea, soutint, défendit quel qu’en fût le prix ce petit nombre, qui opposait l’esprit à la matière, l’honneur à la meute et la Littérature au Marché. Simple et altier, désinvolte et brave, profond et malicieux, il fut un authentique aristocrate, par le sang, par l’âme et par la forme. Son départ si hâtif nous désole, l’homme manquera cruellement, et nous fait craindre un dangereux refroidissement climatique dans l’ordre des lettres françaises. Romaric Sangars

« REPOSE-TOI MON AMI, TU AS BIEN TRAVAILLÉ »

Chez les de Roux, on meurt tôt, et c’est une fâcheuse habitude qui nous cause bien du chagrin, des peines inutiles, ainsi qu’un profond sentiment de gâchis. Malheureusement fidèle à cette tradition, Pierre-Guillaume de Roux nous a quittés prématurément vendredi 12 février, nous laissant orphelins et désemparés. Il allait avoir 58 ans. Avec son départ, nous perdons tous un ami chez qui l’élégance le disputait à la finesse ; mais aussi un très grand éditeur, au jugement aussi sûr que pérenne.

En littérature comme dans beaucoup d’autres domaines, Pierre-Guillaume n’était pas du genre à transiger, à se contenter de la médiocrité, à succomber à la facilité. Chez lui, tout n’était qu’exigence. Exigence dans le travail, bien sûr, mais aussi dans l’amitié, qu’il ne concevait que de façon « totalitaire », fustigeant les tièdes, et les girouettes, qui tournent casaque en fonction du vent, ou des modes littéraires qu’il exécrait. Ceux qui l’ont bien connu me comprendront.

Si l’on devait paraphraser Céline, des personnages comme Pierre-Guillaume, on n’en « croise pas des bottes » dans une vie. Dans ce monde éditorial de plus en plus aseptisé, où les livres sont désormais calibrés en fonction du marché et les auteurs ravalés au rang de simples « fournisseurs » de « marques » éditoriales, ses fidélités, son audace, ses choix littéraires, son indépendance d’esprit, sa persévérance, que dis-je, son entêtement, son originalité, relevaient d’un savoureux mais remarquable anachronisme.

Quand d’autres prennent le vent pour avancer encore plus vite, Pierre-Guillaume dressait sa haute silhouette pour mieux y faire face, confiant dans ses choix et ses valeurs. Jamais Pierre-Guillaume ne s’est abaissé à la facilité, bien au contraire, il faisait tout pour que l’on se mette à son niveau. Il était comme ça, Pierre-Guillaume et l’on pourrait noircir des centaines de pages, tant le personnage était original et attachant. Tous ceux qui l’ont connu et aimé se rappelleront sa gentillesse, son humour acerbe, son ouverture d’esprit, ces innombrables discussions à bâtons rompus qui faisaient le sel de la vie.

Pendant quatre décennies, Pierre-Guillaume a consacré sa vie à la littérature. Il faudra faire un jour l’inventaire des auteurs qu’il a lancés, de ces ouvrages qu’il a tirés des limbes pour les porter sur les fonts baptismaux. Alors, un jour, on mesurera le colossal travail réalisé par cet infatigable défricheur. En 1890, aux obsèques d’Heinrich Schliemann, le découvreur de Troie et de Mycènes, le roi de Grèce termina l’éloge du défunt par cette phrase : « Repose-toi mon ami, tu as bien travaillé ». Alors oui, repose-toi mon ami, la littérature te rendra justice un jour. Nous attendons son verdict avec confiance. David Alliot

DES TRÉSORS DE COURAGE ET D’ABNÉGATION

Léon Daudet, qui défendit Voyage au bout de la nuit pour le prix Goncourt, répondit à ses amis qui lui reprochaient de soutenir un livre si peu amène avec l’Armée : « L’armée française, je lui dis merde quand il s’agit de littérature ». Pierre-Guillaume de Roux était ainsi (au « merde » près, car il restait invariablement courtois) : il fut toujours sensible, d’abord et avant tout, à la qualité d’un texte. S’il a publié beaucoup d’auteurs dits de droite, ce n’est pas parce qu’ils étaient de droite, mais parce qu’ils écrivaient de bons livres. Le prix à payer était élevé : les grands médias n’ont pas accordé à ses publications le centième de l’attention qu’elles méritaient.

Quiconque a rendu visite à Pierre-Guillaume de Roux dans son entresol de la rue de Richelieu, si encombré de livres qu’il était difficile de se frayer un chemin jusqu’à son minuscule bureau, sait les trésors de courage et d’abnégation qu’il dut déployer pour maintenir à flot sa maison une décennie durant. Dans ce local surchargé, il réussissait à mouvoir son long corps avec une élégance qui lui était consubstantielle. Je le faisais sourire, en lui disant que je lui trouvais une ressemblance avec Drieu la Rochelle (pour autant que je puisse en juger par les photographies). J’ai publié un livre chez lui, celui qui m’est le plus cher. Par l’entremise de ce roman, nous étions devenus indéfectiblement amis. Olivier Rey

SES LIVRES LUI ONT DONNE RAISON

Nous venions de fonder Réaction. Je vous parle du XXe siècle. Pierre-Guillaume de Roux venait de créer les éditions Critérion. Il en avait profité pour sortir L’Étrangleur de perroquet, de Philippe Barthelet, une biographie magistrale de Joseph Conrad, par Zdzislaw Najder, et Lettre aux savants qui se prennent pour Dieu, de Jacques Vauthier. La littérature, les maîtres, le combat. Nous nous étions enthousiasmés pour Barthelet (ça n’a pas changé), qui débutait à peine (PGDR a toujours aimé découvrir des auteurs), avions salué avec respect Conrad et bêtement prêté le livre de Vauthier à un abbé traditionaliste, qui en fit son miel au point qu’il l’égara. La méthode de l’éditeur était infaillible : publier ce qui lui plaisait parce que c’était beau, intelligent et nécessaire. Il va sans dire que les livres se vendaient mal. J’étais allé le voir dans son bureau. Il regardait devant lui et voyait les textes qu’il allait éditer, succès ou pas. Il avait l’air ennuyé et pugnace. Ses livres lui ont donné raison. Richard de Seze

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