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Houellebecq, conservateur pessimiste

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Publié le

21 avril 2022

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Dans Houellebecq politique, Christian Authier nous offre le portrait politique pénétrant de l’auteur des Particules élémentaires. Une nouvelle pièce, majeure, à apporter à notre dossier de janvier sur ce contemporain capital.
Houellebecq

Fin connaisseur de l’œuvre de Michel Houellebecq, Christian Authier a pour avantage d’être extérieur à son entourage immédiat. Il évite donc les pièges de la révérence dans le pertinent essai qu’il vient de lui consacrer. Comme nous, il a eu le bonheur de découvrir Houellebecq avec Extension du domaine de la lutte, paru en 1994 quand la célébrité du Prix Goncourt 2010 n’était pas encore de mise. Un livre qui se relit toujours avec le même plaisir. En explorant l’ensemble des écrits de son sujet jusqu’au récent Anéantir, qui met en scène un sosie de Bruno Le Maire, Christian Authier entend démontrer dans son ouvrage la possibilité d’une politique de Michel Houellebecq, comme il existe une économie houellebecquienne décryptée en son temps par le regretté Bernard Maris assassiné lors de la tuerie de Charlie Hebdo.

Un anar de droite…

Christian Authier a raison de définir le conservateur qui sommeille chez Michel Houellebecq comme « un individu convaincu que ce qui est perdu l’est à jamais et que toute tentative de retour en arrière est vouée à l’échec ». De fait, face au constat d’une décadence de l’Occident, l’auteur de Soumission choisit d’épouser la position romantique de François-René de Chateaubriand plutôt que celle classique de Charles Maurras. La littérature se vit chez lui comme témoignage plutôt que comme arme de combat. Les saillies sur l’islam ne sont pas centrales dans l’œuvre de Michel Houellebecq mais témoignent en définitif d’une mentalité « anarchiste de droite » qui place au-dessus de tout la liberté d’expression: un esprit libertaire dont on aurait expurgé les scories du progressisme.

Lire aussi : Éditorial culture d’avril : La littérature en 2022

Malgré sa tentation récurrente de se cantonner à la sociologie romanesque, il subsiste néanmoins chez Michel Houellebecq cet esprit bretteur et « hussard », jamais complètement dégagé de la politique malgré les apparences: « Houellebecq prend des positions éminemment politiques, voire électorales comme lors de son soutien au candidat Chevènement, mais refuse d’y croire tout à fait ». La prise de parole dans l’arène politique serait alors avant tout un devoir civique dont la nécessité ressurgirait, de loin en loin, au gré de l’actualité.

… hanté par la chute

En vérité, nous fait comprendre Christian Authier au fil de son analyse, si l’auteur des Particules élémentaires s’approche si près du christianisme, c’est qu’il a intégré dans son univers la question du péché originel: « Selon Houellebecq, le mal est inhérent à la condition humaine ». C’est parce qu’il accepte l’existence de cette chute originelle qu’il choisit comme ultime lutte politique la défense des plus faibles et particulièrement de ceux à qui l’on ne propose que l’euthanasie comme solution médicale à leur détresse terminale. Il existe donc chez Michel Houellebecq une morale civique qui imposerait une décence commune à nos sociétés occidentales, faute de quoi elles perdraient définitivement ce qui leur reste d’âme. C’est peut-être le plus dérangeant pour ses contradicteurs et ses adversaires, ceux forts prompts à le cataloguer dans la veine des « nouveaux réactionnaires », une catégorie aux contours flous.


Houellebecq politique, Christian Authier, Flammarion, 192 p., 18€

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