Haïm Korsia : Que pensez- vous de ce qui se passe à Sciences Po ?
Michel Houellebecq : C’est navrant, mais en même temps, est-ce si important que des étudiants de cette école soit pro-palestiniens ? Cela ne représente pas grand monde. Et puis, qui croit réellement que Sciences Po forme des élites ? Ça forme quelques journalistes, tout au plus… En revanche, ça serait plus grave, beaucoup plus grave, si les banlieues étaient pro-palestiniennes. Parce que là, il y a plus de monde. Ce n’est pas le cas, en fait. Si vous regardez les manifestations – j’en ai vu beaucoup à la télévision et me suis même rendu à l’une d’elles – il y avait peu de jeunes des banlieues. Il n’y avait que des gauchistes. Le genre zadiste.
Pierre Vivarès : Le jeune de banlieue ne manifeste pas, mais sur les réseaux sociaux, il est très, très énervé quand même.
Michel Houellebecq : Je n’y crois pas tant que ça. Que Mélenchon ait ce but électoral, c’est certain, mais qu’il y réussisse, je n’y crois pas le moins du monde.
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Haïm Korsia : Je sais que c’est ça son objectif mais je n’y crois pas non plus. Mais que ça pousse des gens, probablement des idiots utiles, à mettre ces mains rouges, par exemple, sur le mur des Justes, qui est la part lumineuse de ce qu’est la France, je trouve que cela va beaucoup trop loin.
Michel Houellebecq : Je comprends que ça ne vous plaise pas, et à moi non plus d’ailleurs.
Haïm Korsia : Non, ça ne me plaît pas, pas du tout même. Je comprends que vous minoriez ces incidents… Mais en même temps, cela dit quelque chose de l’incompréhension du monde.
Pierre Vivarès : De l’inculture surtout.
Haïm Korsia : Cela fait partie de la pulsion mortifère du monde d’aujourd’hui qui s’enferme dans la défense d’un combat qui n’en est pas un parce qu’il est indigne.
Michel Houellebecq : Je ne peux pas répondre pleinement parce que je ne comprends pas complètement. Vous savez, j’ai été lycéen, il y a longtemps, et j’ai connu des gauchistes. C’était même assez fréquent, les gauchistes, à l’époque. Mais ce n’était pas les mêmes personnes. Ils n’auraient pas soutenu le Hamas.
C’est une espèce de vilaine espèce mutante.
Michel Houellebecq
Haïm Korsia : À votre époque, ils envoyaient les bulldozers à Vitry-sur-Seine.
Michel Houellebecq : Là c’était Georges Marchais, on peut dire beaucoup de choses de lui, mais pas qu’il était gauchiste. La mutation du parti communiste sur l’immigration, je peux comprendre. Par contre, la mutation qui s’est produite dans l’extrême gauche, je ne la comprends pas. Je suis sans doute trop vieux. Quand j’étais jeune, les gauchistes étaient des marxistes. Ils avaient une coupe de cheveux impeccable, des cheveux courts, ils n’étaient pas débraillés, les prolétaires n’aiment pas qu’on soit débraillé. Et là, on a l’impression que ce sont des espèces de mecs un peu à côté de la plaque, vaguement écologistes, vaguement…
Haïm Korsia : … zadistes.
Michel Houellebecq : Oui, c’est une espèce de vilaine espèce mutante.
Pierre Vivarès : Oui, mais tous ces marxistes avaient fait leurs humanités, ils avaient une culture littéraire, des convictions et avaient étayé leurs réflexions. Aujourd’hui, il n’y a rien. Ce sont des zadistes échevelés qui fument leurs pétards en hurlant contre des bassines et en finançant les narco- trafics.
Michel Houellebecq : C’est vrai. Marx est un auteur un peu surfait, mais ce n’est pas inintéressant à lire, et c’est même parfois assez beau.
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Pierre Vivarès : C’est le génie du peuple juif que de combattre les idoles : Marx, Freud, Einstein et d’autres.
Haïm Korsia : Marx n’était pas le plus grand ami des juifs que je connaisse.
Pierre Vivarès : Il y a une mutation qui intervient à l’extrême gauche qui peut surprendre des gens qui n’ont pas suivi, et qui peut même les horrifier.
Haïm Korsia : Parce que les combats qui sont les leurs sont à l’opposé de ceux qu’avait la gauche il y a quarante ans. Regardez la gauche, elle qui combattait pour la laïcité est devenue son pire ennemi. On est à front renversé.
Michel Houellebecq : Imaginez le mélange qu’il y a dans la tête de quelqu’un qui est pour les islamistes mais contre la transphobie… On a peur. On a l’impression qu’il n’y a rien, ou bien des choses confuses qui s’entrechoquent.
Pierre Vivarès : C’est un château de cartes. Il n’y a pas de fondations.





