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[Idées] Notre France noire : y a bon la France

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Publié le

24 janvier 2024

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« Las, le projet de Blanchard choisit un autre biais : celui d’une « célébration » forcément « enjouée » de l’identité noire, un cortège de clichés propres à consolider un récit national africaniste extrêmement balisé – et toujours encadré par quelques figures tutélaires ultra-ressassées, au hasard Yannick Noah et Léopold Sédar Senghor. » Notre critique.
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Célébrer la «France Noire», loin des «polémiques oiseuses ou des jugements anachroniques » : c’est l’intention de l’historien Pascal Blanchard et de ses deux comparses Alain Mabanckou et Abdourahman Waberi. Une intention louable sur le papier : après tout, la France partage suffisamment d’histoire(s) avec le continent africain pour qu’on puisse, en effet, évoquer sans sourciller l’existence d’une France noire qui irait, grosso modo, d’Alexandre Dumas à Kemi Seba (lol) – en passant par l’implication de la France mitterrandienne dans le génocide rwandais. Las, le projet de Blanchard choisit un autre biais : celui d’une « célébration » forcément « enjouée » de l’identité noire, un cortège de clichés propres à consolider un récit national africaniste extrêmement balisé – et toujours encadré par quelques figures tutélaires ultra-ressassées, au hasard Yannick Noah et Léopold Sédar Senghor.

Lire aussi : [Idées] Le dévoreur de mondes

Si certaines entrées ont le mérite de nous rafraîchir la mémoire sur quelques pans oubliés de l’histoire post-coloniale (Afrique 50, film anticolonial de René Vautier interdit par la censure au même titre que Les Statues meurent aussi d’Alain Resnais et Chris Marker), l’abécédaire est probablement la forme qui permet le mieux de distiller une idéologie en se passant de toute articulation dialectique : outre les très dispensables entrées Kylian Mbappé, Christiane Taubira et Aya Nakamura, les trois complices veulent bâtir une sorte de mythologie à peu de frais, en activant les stimuli habituels et en convoquant une identité franco-africaine davantage fomentée dans les universités américaines que sur le terrain. À ce titre, Mabanckou et Waberi, tous les deux professeurs aux États- Unis, sont très proches de la pensée indigéniste d’un Pap Ndiaye, une pensée dont Pascal Blanchard est le pourvoyeur roué : pour ce Breton d’origine connu pour avoir fondé plusieurs sociétés comme Bâtisseurs de mémoires, la « première agence de communication historique en France », l’histoire relève d’une matière première informe qu’il se charge bien vite de faire rentrer dans des cases, au mépris de toute nuance et toute pensée profonde.


NOTRE FRANCE NOIRE, ABDOURAHMAN WABERI, ALAIN MABANCKOU et PASCAL BLANCHARD, Fayard, 608 p., 25 €

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