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Immigration : le vrai/faux de Joseph Thouvenel

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Publié le

13 avril 2023

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Notre époque regorge de lieux communs sur les effets, prétendument bénéfiques ou néfastes, de l’immigration sur l’économie française. On en a soumis quelques-uns à Joseph Thouvenel, syndicaliste chrétien et directeur de la rédaction du magazine Capital Social. Décryptage.
JT

« L’immigration de travail est nécessaire parce que les travailleurs français refusent de faire certains métiers difficiles. »

Faux. Si nous manquons de médecin, c’est parce que nous n’en formons pas assez, pas parce que les Français refusent de faire des études de médecine. Pour un certain nombre de métiers, comme la restauration ou le nettoyage, se pose la question des rémunérations et des conditions de travail. C’est à cela qu’il faut en priorité s’attaquer, avant de faire venir une main-d’œuvre corvéable à merci et dont une partie non- négligeable est en situation illégale, les fameux travailleurs sans-papiers. Se pose également la question de la valeur économique du travail et donc du salaire. Quand il y a des difficultés de recrutement, on augmente les rémunérations – et que l’on ne me parle pas de concurrence internationale dans la restauration ou le nettoyage.

« L’immigration de travail vide les pays émetteurs de leurs forces vives. »

Vrai. Quand on parle immigration, on pense souvent aux populations du Maghreb ou d’Afrique, mais savez-vous que plus du tiers de la population active de pays comme la Roumanie ou la Bulgarie travaille à l’étranger ? Quand un État forme des médecins, des ingénieurs, mais aussi des maçons et des carreleurs, qui ensuite vont travailler en France, en Allemagne ou en Italie, comment ce pays peut-il se développer ?

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Pire, ce sont des villages entiers qui se trouvent peuplés de vieillards et d’enfants parce que leurs deux parents travaillent à l’étranger. Quel avenir pour ces gamins quasiment livrés à eux-mêmes, me confiait une responsable syndicale roumaine ? Ce problème se retrouve dans les pays en voie de développement. Quand nous « absorbons » leur personnel de santé, est-ce à dire qu’en Afrique, la situation sanitaire est tellement bonne qu’ils n’ont pas besoin de personnel médical ? Nous assistons à un véritable colonialisme à rebours initié par les nouveaux bien-pensants.

« En France, le chômage est deux fois plus important chez les personnes immigrées. »

Vrai. C’est exact et cette proportion est malheureusement encore plus importante quand on s’intéresse aux populations issues de l’immigration. Au-delà des fraudes, comme l’utilisation de faux papiers ou la perception d’indemnités par des personnes résidantes à l’étranger, se pose clairement le problème de l’intégration. À l’évidence, celle-ci fonctionne mal, ne doit-on pas d’abord réaliser celle-ci avec les personnes vivant sur notre territoire avant d’ouvrir la porte à d’autres ? Ou alors voulons-nous rajouter des problèmes aux problèmes au détriment des populations les plus précaires ? Ce n’est qu’une affaire de bon sens et de pragmatisme.

« Répartir les immigrés sur le territoire national permettra de redynamiser économiquement la France périphérique. »

Faux. Les femmes et les hommes ne sont pas des variables d’ajustement de la politique territoriale. Ils ont des histoires, des envies, des liens, des cultures. Est-il sérieux d’affirmer qu’en saupoudrant administrativement des immigrés, on réglera le problème des transports en campagne ? Où que je sois sur le territoire, et qui que je sois, j’ai besoin d’un travail. Commençons d’abord par rebâtir notre industrie et nos services publics, afin que chacun puisse vivre de son travail, avant de décréter l’Aveyron nouveau territoire d’immigration. Il ne faut pas non plus sous-estimer les problèmes culturels qui peuvent se poser, comme nous le rappelle malheureusement de façon régulière la rubrique des faits divers.

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« Il nous faut des travailleurs immigrés pour sauver le système de retraite. »

Faux. Il faut surtout une politique familiale et de natalité dynamique et volontariste. Il y a un côté vampire à vouloir pomper du sang neuf à l’extérieur, quitte à déraciner des populations, pour soi-disant assurer l’équilibre de nos systèmes. Le premier droit des peuples est sans doute de vivre et travailler au pays, c’est tout l’enjeu de l’indispensable développement des pays pauvres qui n’ont pas à s’affaiblir en devenant les supplétifs de nos renoncements. Un peuple qui ne veut plus s’appuyer sur ses propres ressources et ses propres forces et qui préfère s’en remettre à l’extérieur pour assurer son avenir a-t-il encore une destinée ?

« Le grand patronat se sert de l’immigration pour faire pression sur les salaires. »

Vrai. Pression sur les conditions de travail et les salaires : l’industrie automobile française nous en a fait une belle démonstration pendant des décennies en faisant venir de la main- d’œuvre de l’étranger. Ces travailleurs étant notamment pour certains d’entre eux logés dans des conditions indécentes. L’une des conséquences fut l’important retard que nous prîmes dans l’automatisation et la montée en gamme. Démarche volontaire ou non, l’immigration de travail pour les métiers les moins bien rémunérés est un élément important de la stagnation salariale et du déclassement de ces métiers.

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