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Intelligence artificielle : de la servitude volontaire

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Publié le

25 mai 2026

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Dans « La Vie machinale », l’essayiste Gaultier Bès documente les divers désastres causés par les « progrès » de l’IA et nous enjoint à utiliser la liberté qu’il nous reste pour nous libérer de cette servitude numérique.
© Growtika-–-Unsplash

« Pourquoi et comment résister à l’IA ? » Le sous-titre donne le ton et la thèse de ce nouveau livre de Gaultier Bès, essayiste et professeur de lettres, père de famille et membre d’un éco-hameau dans la Loire. L’essai est sans concession, pur de toute compromission : il faut résister à l’IA, absolument. D’une plume alerte, tantôt grave, tantôt ironique, nourrie de jeux de mots comme de références savantes, l’auteur nous interpelle sur le bouleversement multiforme que nous subissons depuis une poignée d’années, sous la pression des avancées technologiques liées à l’IA. D’où parle-t-il ? De sa vie d’homme, de père de famille, de citoyen, de professeur, lucide, inquiet, sans être désespéré. Il est un homme comme les autres, il ne donne pas de leçon, mais il tient son rôle d’éveilleur, d’interrogateur, de sceptique vis-à-vis de cette nouvelle religion qu’est la technolâtrie et de ses nouveaux dieux.

Le livre décline les divers désastres que causent les « progrès » de l’IA : désastres écologique, économique, intellectuel, politique et même existentiel. C’est que l’IA a une portée universelle, elle embrasse désormais tous les aspects de notre vie, de manière doucement totalitaire. Derrière ses apparences géniales et aisées d’usage, l’IA dévore une énergie colossale, menace le marché du travail, ruine la santé mentale et l’éveil de l’intelligence des enfants, des jeunes et même des adultes, avilit la discussion politique et, enfin, menace notre précaire humanité en nous emprisonnant dans les rets des paradis artificiels numériques.

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Le fond du problème est celui de notre liberté. L’IA, censée accroître nos moyens d’action et de connaissance, conduit à notre abêtissement et à notre affaiblissement. « Ma thèse est simple, écrit G. Bès : la généralisation de l’IA ne peut produire qu’une société machinale, pilotable et standardisée, humachinale. La vie artificielle perd en autonomie ce qu’elle gagne en automatisme. » Ce qui se présente comme un simple outil devient notre maître. Telle est l’aliénation qu’opère la nouvelle technologie : nous perdons le contrôle et sommes dominés par ce qui devait nous servir. Notre dépendance aux technologies ne cesse d’augmenter, nous ne savons plus rien faire nous-mêmes, c’est déjà un suicide assisté.

Telle est l’idée que Gaultier Bès martèle tout au long de son livre, comme un refrain, qui démystifie au fur et à mesure les discours « technoptimistes » rassurants autant que les fatalismes pour qui « il n’y a pas d’alternative ». Non, l’IA n’est pas une bonne chose, elle mécanise et automatise notre vie, mais elle n’est pas non plus inéluctable. À nous d’utiliser la liberté qu’il nous reste pour nous libérer de notre servitude numérique. Nous le devons à nous-mêmes, mais aussi aux autres, à nos enfants en particulier, « au nom de leur droit imprescriptible à vivre l’expérience la plus commune et la plus fondatrice de l’humanité : un esprit immergé dans l’épaisseur des choses ». Comme toujours, les plus faibles, les moins éduqués sont les premières victimes – hélas souvent consentantes – de cette déshumanisation de masse. Le professeur, le chef d’entreprise, le journaliste, l’homme politique, tous ceux qui ont une responsabilité sauront-ils résister aux séductions de l’IA et préférer le bien commun de l’humanité ? Nul ne peut se dispenser de faire un choix, de méditer sur cette nouvelle technologie et de déterminer l’usage qu’il veut (ne pas) en faire. Assurément, notre réflexion est éclairée et soutenue par ce livre de Gaultier Bès.


LA VIE MACHINALE, GAULTIER BÈS, DESCLÉE DE BROUWER, 224 P., 17,90 €

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