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Interpol: Intègres et intacts

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Publié le

25 juin 2019

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Après la sortie de leur sixième album Marauder en 2018 et avant de s’embarquer pour une tournée mondiale, avec quatre dates en France en début d’été, Interpol offre aux fans A Fine mess, un EP cinq titres percutant aux sonorités familières. L’occasion de revenir sur vingt ans d’une carrière à la fois mainstream et à contre-courant.

 

Début 2000, alors que le rock s’adonne au garage, après les années grunge et l’atrocité fusionnelle de l’alternatif, la mode de l’électro infecte tout. Placebo continue de fédérer le grand public, et Muse, à qui l’on reproche de pomper Radiohead, semble le seul groupe apte à apporter quelque chose de frais dans sa grandiloquence virtuose. Hasard du calendrier, Turn on the bright lights sort dans les cendres encore fumantes du 11 septembre – tension post-punk, son brut, basse tueuse, lignes nerveuses et mélancoliques, guitares froides et batterie cinglante…

Le premier album d’Interpol ramène au réel. L’engouement quasi immédiat rappelle que nous avons changé de siècle. Une certaine noirceur s’impose, jusque dans la série Friends qui clôt son avant-dernière saison avec le morceau Untitled. Nous sommes en 2002 et les quatre NewYorkais encravatés tranchent dans le paysage d’alors.

 

DÉPRESSION APRÈS LE COUP DE FOUDRE

On parle hâtivement d’un retour de Joy Division. Effectivement, dans le sillage d’Interpol et à la faveur de deux films, la bande de Ian Curtis ne tardera pas à revenir en grâce – avant de finir en icône bobo, au grand dam des fans obstinés. Mais les influences d’Interpol sont vastes et, techniquement parlant, il faudrait être de mauvaise foi pour parler de calque. De plus, les Américains ne vont pas aussi loin que les Anglais dans l’expression du tædium vitae et leur univers reste assez éloigné des prolos mancuniens.

 

 

Par contre, et de manière épidémique, nombre de formations vont étrangement se metre à sonner comme Interpol à partir de ces années-là. En 2004, le groupe assoit sa réputation avec Antics – album plus accessible, mais tout aussi efficace que son prédécesseur. Pourtant, victime de son succès fulgurant, Interpol commence à subir des critiques amères à chaque nouvelle production, comme si l’émotion du premier album, jugée indépassable, condamnait le groupe à toujours décevoir depuis.

 

Lire aussi: Morrissey, John Cleese et les autres : British invasion part two

 

Le diktat de modes de plus en plus éphémères, se contentant la plupart du temps de taper dans l’effet « revival », ne pardonne pas. Il n’y a qu’à voir aujourd’hui l’admiration béate pour la synthwave et le déluge Minimal, qui recyclent les sons des années 80 et du début des années 90. La simple pression sur une touche de clavier-MIDI semble suffire à déclencher une extase chez ceux qui ne savent plus trier entre les clonages successifs.

 

CARTE ANNIVERSAIRE

Si Our Love to admire (2007) se fait plus enveloppé ou que Maurauder renoue avec une certaine fièvre, on ne pourra qu’admirer la constance d’Interpol et cette envie de tenir leur ligne, malgré la perte de leur bassiste emblématique en 2010, malgré les passages à vide, malgré les prophètes fossoyeurs à chaque sortie et, concédons-le, malgré quelques titres un peu plats parfois.

On sent surtout une jubilation intacte et communicative chez Interpol.

Pourtant, Interpol est plus que jamais présent, se permettant même récemment une tournée anniversaire de Turn on the bright lights pour réunir ses deux générations de fans. Selon les New-Yorkais, ce nouvel EP serait comme une carte postale vivante envoyée aux fidèles. Le résultat est bon et si l’on reste dans la lignée de Marauder, la basse revient fièrement sur le devant.

À vrai dire, le morceau « Fine mess » fait terriblement penser aux débuts du groupe, à l’instar de « The Weekend ». On sent surtout une jubilation intacte et communicative chez Interpol. En tout cas, au-delà de la carte postale, ce disque esquisse en moins de vingt minutes les grandes lignes de vingt années d’existence menées avec une belle intégrité.

 

 Alain Leroy

 

@DR

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