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Israël : encore des élections pour rien ?

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Publié le

7 septembre 2019

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Depuis la dernière dissolution de la Knesset, Israël semble en campagne permanente. Le pays peine à tourner la page Netanyahu.

 

Lors de la soirée d’élection d’avril, l’ambiance était survoltée au quartier général du Likoud. Benyamin Netanyahou est arrivé sur scène accompagné de son épouse Sarah, dont tout le monde sait qu’elle incarne sa principale terreur au quotidien. Sous les applaudissements de la foule et les feux d’artifice, le « roi d’Israël » a embrassé son épouse sur la bouche et promis à son peuple de le porter au sommet du monde. Bibi fêtait sa victoire à la fonction suprême pour la cinquième fois, sans se douter que moins de deux mois plus tard, l’élection serait annulée. Le responsable de la manœuvre, Avigdor Liberman, gravite comme lui dans l’univers politique depuis plus de trente ans. Avant de créer son parti, Israel Beiteinou, ce politique d’origine russe fut ministre des Transports, des Affaires Étrangères et de la Défense. Avec son accent à couper au couteau, ses saillies assassines, ses positions de droite dure et antireligieuses, il porte la voix de la communauté russophone, bien implantée en Israël depuis son arrivée massive à la fin de l’URSS, dans les années 90.

Hostile à l’idée d’une « théocratie », Liberman milite pour que les barbus à chapeaux suent trois ans, à la dure et à la levée du drapeau, comme le reste de la jeunesse israélienne.

Durant les tractations de Netanyahou, Liberman fort de ses voix, a imposé une condition et pas des moindres pour rejoindre la coalition gouvernementale : que le futur gouvernement s’engage à défendre la loi de la « conscription », cette législation qui impose aux religieux de faire le service militaire, plutôt que d’étudier dans les écoles talmudiques. Hostile à l’idée d’une « théocratie », Liberman milite pour que les barbus à chapeaux suent trois ans, à la dure et à la levée du drapeau, comme le reste de la jeunesse israélienne. Actuellement, 72 % des jeunes effectuent leur service militaire, contre 15 % chez les ultraorthodoxes. Il affronte ainsi tous les partis religieux, petits mais nombreux, qui constituent l’autre aile de Netanyahu et qui défendent ce privilège bec et ongles. Si cette question peut paraître superflue vue de l’étranger, elle s’avère fondamentale au sein de ce pays où la société civile est constamment déchirée entre laïques et religieux. Jusqu’à la date butoir, tout le monde pense que ce bras de fer n’est qu’un énorme coup de bluff. Dans les salles de rédaction en Israël, les plus fins analystes parient sur l’inclinaison finale de Liberman. Mais lorsque le 29 mai, l’horloge sonne les douze coups de minuit, il règne à la Knesset une atmosphère d’échec collectif. Les négociations n’ont pas abouti, aucune coalition n’a réussi à être formée dans les temps impartis. Pour la première fois de l’histoire de la vie politique, le Parlement israélien vote sa propre dissolution et le pays entier est renvoyé aux urnes. Un caprice estimé à 75 millions de shekels, soit environ 117 millions d’euros, aux frais du contribuable.

 

Les partis se réajustent

 

C’est ainsi qu’il faut recommencer la partie, rebattre les cartes. Les jeux d’alliance reprennent de plus belle. Dans ce système à la proportionnelle, l’union fait la force. Les partis réorganisent des primaires, changent de têtes de liste, se coalisent entre eux pour davantage peser sur l’échiquier politique et rejoindre ensuite un « bloc de gauche » ou un « bloc de droite ». Trentedeux partis ont été enregistrés devant la Commission centrale électorale et s’apprêtent à se présenter aux élections de septembre. Notons la constitution d’un parti pour la polygamie, « Kama », dirigé par quatre femmes d’un chef de secte orthodoxe. Cette nouvelle faction veut combattre l’intervention du gouvernement dans la vie familiale des Israéliens, afin de pouvoir vivre comme « au temps de la Bible ». Mais les autres partis sont quand même plus classiques. Le principal parti d’opposition aux dernières élections, qui a obtenu 35 mandats contre 36 pour le Likoud, Kahol Lavan (Bleu Blanc), subsiste à l’identique, sous la direction de l’ex-chef d’état-major hypersexy Benny Gantz et de l’ancien journaliste au sourire hollywoodien, Yaïr Lapid. Les petits partis de gauche, eux, créent une liste commune dans l’espoir de faire tomber Benyamin Netanyahou. Lors des élections d’avril, ces derniers ont vécu la pire défaite de leur histoire avec l’obtention d’une dizaine de sièges seulement, sur les 120 que compte la Knesset.

L’ancien Premier ministre, Ehoud Barak est  prêt à tout pour faire barrage au patron du Likoud. « Le gouvernement Nétanyahou, avec ses fanatiques messianiques et son régime corrompu, doit être abattu et non sauvé », a-t-il déclaré d’emblée.

Cette fois, ils ont choisi une nouvelle tête de liste, Nitzan Horowitz, président du parti d’extrême gauche Meretz et ont recruté un membre de taille : l’ancien Premier ministre, Ehoud Barak, prêt à tout pour faire barrage au patron du Likoud. « Le gouvernement Nétanyahou, avec ses fanatiques messianiques et son régime corrompu, doit être abattu et non sauvé », a-t-il déclaré d’emblée. Mais à peine a-t-il annoncé son retour qu’il s’est retrouvé éclaboussé par le scandale Jeffrey Epstein, du nom du financier américain accusé de trafic sexuel qu’il a fréquenté par le passé. De leur côté, l’ex-ministre de la Justice Ayelet Shaked et l’ex-ministre de l’Éducation, Naftali Benett, maintiennent leur formation, la Nouvelle droite, en changeant de leader : c’est aujourd’hui elle, plus populaire auprès du public, qui prend les commandes du parti.

 

Lire aussi : Israël, élections législatives : Bibi or not Bibi ?

 

Mais les enjeux sont minces et l’issue imprédictible. Selon les sondages, l’impasse politique devrait se reproduire à l’identique. Le Likoud devrait encore arriver en tête des votes, et, de nouveau, se retrouver dans l’incapacité de former une coalition. Comme le veut la tradition, le 17 septembre prochain, jour des élections, sera déclaré férié dans tout le pays. De nouveau, des parfums de barbecues s’échapperont des parcs nationaux et les plages seront noires de monde. Entre deux bains dans la Méditerranée, des citoyens consciencieux retourneront glisser un bulletin dans l’urne, tout en sachant que l’avenir politique demeure incertain. Car, quand bien même Netanyahou parviendrait à former une coalition, une audition avec la justice lui pend au nez en octobre, une entrevue au cours de laquelle il est fortement possible qu’il soit inculpé pour des affaires de corruption.

Noémie Serfati

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