« Bibi or not Bibi, that is the question ». La formule résume la campagne pour les élections législatives du 9 avril, en Israël. Alors qu’il remet en jeu son mandat, Benyamin Netanyahou part à nouveau favori, même s’il délaisse les questions sociales pour les questions sécuritaires.
Ce n’est pas que la population roule sur l’or : en Israël, plus d’un quart des foyers vivent en dessous du seuil de pauvreté et la capitale économique, Tel Aviv, figure parmi les dix villes les plus chères du monde. Les Israéliens ont l’habitude de travailler dix heures par jour et de payer leurs courses à crédit au supermarché. Mais l’insécurité éclipse la misère. Le 14 mars dernier, le Hamas a envoyé depuis Gaza deux missiles en direction de Tel-Aviv. C’était la première fois depuis l’opération « Bordure protectrice », en 2014, qu’elles atteignaient le cœur du pays. Elles se sont écrasées sur des zones inhabitées et n’ont pas causé de dégâts, mais les sirènes ont hurlé dans la ville, dans les cafés branchés et les ascenseurs, comme pour remettre les pendules à l’heure. Netanyahou sait qu’il est au pouvoir depuis dix ans grâce à sa stratégie sécuritaire. Son discours musclé et ses actions radicales, tant vis-à-vis du Hamas que de l’Iran, ont poussé la population israélienne à lui faire confiance.
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Cependant, le parti « Kakhol Lavan » (« bleu-blanc ») le talonne dans les sondages. C’est une alliance entre Benny Gantz, un ancien chef d’état-major de l’armée, qui a passé trente-huit ans de sa vie sous les drapeaux et Yaïr Lapid, un ancien journaliste de centre-gauche aux faux airs de Georges Clooney. S’ils gagnent, Gantz assurera la direction du pays pendant la première partie du mandat, et Lapid la seconde. Deux autres anciens chefs d’état-major bien connus du pays ont rejoint la liste : Moshe Ya’alon et Gabi Ashkenazi, donnant à ce parti des allures de « boy’s club ». Dans son programme, il promet une conférence régionale des nations arabes pour rechercher une stabilité avec les Palestiniens, mais s’engage à ne jamais se retirer de quatre zones stratégiques : les blocs d’implantation en Cisjordanie, la vallée du Jourdain, Jérusalem et le Golan.
« L’État, c’est moi »
Voilà de quoi rassurer les électeurs tandis que Netanyahou accuse Kakhol Lavan d’être de gauche (c’est une insulte dans le pays). Bibi a d’ailleurs obtenu un soutien de Trump lors de sa visite à Washington concernant l’annexion du Golan et de Jérusalem-Est.
Bantz cible en retour la personnalité du candidat sortant avec un clin d’oeil à Louis XIV. « Il y a déjà eu un roi qui disait : « l’État, c’est moi ». Mais pas ici. Aucun leader d’Israël n’est un roi. L’État, c’est vous, c’est nous tous », a-t-il lancé. De son côté Netanyahou accuse Gantz d’être « le candidat de l’Iran ». Une chaîne israélienne a révélé que les Iraniens avaient réussi à pirater le contenu de son portable, sans préciser si le régime des Mollahs avait eu accès à des contenus sensibles, concernant la sécurité nationale.
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Outre le duo Gantz/Lapid, qui oscille entre centre-droit et centre-gauche, peu d’alternatives se dessinent. La gauche est très marginale sur la scène politique israélienne. Des partis existent bel et bien, des têtes d’affiche participent aux débats sur les plateaux télévisions et s’expriment dans les colonnes des journaux, mais l’électorat n’en veut pas. Le principal parti « Meretz », dirigé par Tamar Zandberg, espère tout juste dépasser le seuil d’éligibilité pour rester à la Knesset. La gauche est sans cesse accusée d’accointances avec les Arabes. « Or Bibi, Or Tibi », est une pique verbale bien connue en Israël selon laquelle celui qui ne soutient pas Netanyahou, soutient Ahmad Tibi, un député arabe antisioniste, qui se veut le porte-voix des 20 % d’Arabes israéliens.
Seulement, si Netanyahou est réélu, il ne pourra gouverner seul. Le système politique israélien, à la proportionnelle, favorise la naissance et la multiplication des partis, rendant impossible l’obtention d’une majorité absolue à la Knesset. Après les conflits de la campagne, doit se constituer un « bloc ».
Si Netanyahou est réélu, il ne pourra gouverner seul.
Récemment, le très habile Netanyahou a incité HaBayit HaYehudi (« La Maison des juifs ») et Otzma Yehudit (« puissance juive ») à fusionner. Ce sont deux petits partis réputés très durs sur la question du droit des Palestiniens. Sans alliance, ils pourraient manquer le seuil d’éligibilité et donc ne pas compter dans la coalition. Certains analystes ont dénoncé « l’infâme effort » du chef du Likoud pour « faire rentrer les racistes à la Knesset », et le plus gros lobby pro-israélien américain, l’AIPAC, s’est indigné dans un communiqué de cette possible alliance avec ceux qui prônent l’expulsion des Palestiniens des territoires contrôlés par Israël et un état quasi théocratique des juifs.
La nouvelle droite israélienne
Bibi n’a pas reculé et pourra sans doute compter sur certains de ses concurrents comme le parti HaYamin HaHadash (« La Nouvelle droite »), créé par l’ex-ministre de l’éducation, Naftali Bennett et l’actuelle ministre de la Justice, Ayelet Shaked. Ce parti qui se revendique plus à droite que Netanyahou, refuse la moindre concession territoriale ou création d’un quelconque « état palestinien ». La Nouvelle Droite reprend aussi le plan Benett d’extension de souveraineté israélienne sur toutes les zones de Cisjordanie contrôlés par l’Autorité Palestinienne. Au lancement de leur campagne, les chefs de ces partis ont dénoncé « les actions insuffisantes » après l’attaque au couteau à l’entrée des implantations d’Ariel et de Gitai Avishar. La femme d’affaires Alona Barkat, propriétaire du club de football Hapoel Beer-Sheva, s’est engagée à leurs côtés.
Netanyahu est sous le coup d’une triple inculpation pour corruption, fraude et abus de confiance
« Bibi » a en revanche exclu de se lier à Gantz. « Je formerai la coalition, et ce sera un gouvernement nationaliste du Likoud, un gouvernement de droite », a affirmé le premier ministre. Gantz et Lapid ont également refusé de se lier à lui.
Si Netanyahou a de fortes chances de former une nouvelle coalition, il n’est pas sûr de pouvoir y rester. Il est sous le coup d’une triple inculpation pour corruption, fraude et abus de confiance et a dénoncé « la chasse » de la gauche et des médias. Il en appelle donc au peuple…





