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Jean Lassalle : Le berger contre les robots

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Publié le

13 octobre 2017

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Jean-Lassalle-L'Incorrect
Jean-Lassalle-L'Incorrect

 

[qodef_dropcaps type= »normal » color= »red » background_color= » »]c[/qodef_dropcaps]andidat malheureux aux dernières élections présidentielles, le député des Pyrénées-Atlantiques a imposé sa figure pastorale dans le jeu citadin de la politique.

 

Les petites départementales du Béarn défilent sous les roues et l’asphalte lui-même ne peut rompre le charme du creux de la vallée menant à Lourdios-Ischères. Le maire est à l’image de son village. L’homme est grand, les pieds enracinés et la voix rocailleuse. Il nous reçoit simplement, dans la cuisine de sa mère, là où il a grandi. Un panonceau le précise d’ailleurs à quelques centaines de mètres :« Fromagerie Lassalle ». La maison historique du clan surplombe le village à flanc de montagne. Pendant que les Parisiens célébraient leur président, Jean Lassalle a changé d’air. Loin de ceux qui espéraient un énième changement d’ère, près de ceux qui ne sont rien.

Le berger béarnais trône, la main leste et le verbe haut, sa mère à sa gauche et l’un de ses fils à sa droite. Il pose sa voix, calmement, et puis soudainement il s’emporte. Le nom d’Emmanuel Macron semble réveiller en lui une défiance dépassant de très haut le champ politique. D’ailleurs il ne le juge pas là-dessus : « Emmanuel Macron incarne cette dérive libérale et mondialiste qui fracasse toujours davantage notre civilisation… Il est de ceux qui roulent pour la spéculation, qui ont la mondialisation heureuse et la fin des nations à la bouche. » Jean Lassalle ne juge ni l’homme ni sa politique, il a parfaitement compris que l’enjeu est ailleurs, qu’il se situe à mi-chemin entre l’âme et la conscience.

Nous avons tous la même conscience de ce qu’est la France. Sauf que certains se bandent les yeux, se bouchent les oreilles et s’obstruent le trou du cul

L’âme contre l’argent. Le spirituel contre le matériel. Tout oppose les deux hommes, au point d’oublier que le froid échiquier politique les placerait côte-à-côte au centre du jeu. Ou plutôt au cœur de la mêlée. Car cet ancien rugbyman devenu député nourrit le rêve d’affronter le petit banquier. « Je suis Jean Lassalle qui fait du Jean Lassalle et à qui il a manqué 21% des voix et 30 millions d’euros pour parvenir au second tour… Je suis Jean Lassalle qui s’est fait “lassalliser”. »

 

 

 

 

Las, le député qui marche sait parfaitement quel combat est en train de se jouer aujourd’hui. Tel un général rassemblant ses dernières troupes, il demeure serein envers les éléments et devant les événements : « Je suis la France qui perd ses batailles mais gagne immanquablement la guerre », martèle-t-il.

La victoire de Macron est une défaite française. Mais de quelle France ? Un territoire, un patrimoine, une culture ? Tout cela ensemble. « Nous avons tous la même conscience de ce qu’est la France. Sauf que certains se bandent les yeux, se bouchent les oreilles et s’obstruent le trou du cul… Ils font tout pour que rien ne puisse attenter à la tranquillité de leur passage bienheureux dans un monde qui, pourtant, souffre mille morts. »

Une conscience commune. De son tour de France, il a tiré des leçons qui ne s’apprennent pas dans les couloirs lambrissés du Palais-Bourbon : « Le matérialisme nous étouffe, il nous brise, il coupe le père de son fils, la mère de sa fille, il ne permet plus à trois générations de vivre ensemble sous le même toit. » Loin de ceux qui parlent des périphéries du haut d’un promontoire, l’ancien berger a pris son bâton pour rencontrer ceux qu’il n’a, au fond, jamais quittés. C’est sans doute pour cela que les élites moquent son discours et son accent « incompréhensibles ». Celui qui comprend le peuple ne peut parler la langue de ceux qui le méprisent.

De ces présidentielles, il ne garde aucune amertume, ces élections ont permis à l’élu local d’embrasser d’un regard « la corruption et le mensonge de masse » qui sévissent dans les hautes sphères. L’expérience a été rude, néanmoins il se dit prêt à retenter l’aventure.

Le berger à l’assaut de l’Élysée. Ce pourrait être une comédie française ou un « feel-good movie ». Pourtant, on se demande, en quittant Lourdios-Ischères, si l’échec de Jean Lassalle n’est pas imputable, plutôt qu’à ses capacités, au fait qu’il ne soit décidément pas assez médiocre pour faire un bon politicien !

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