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Jean-Marie Hervagault : le premier des faux Louis XVII

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Publié le

3 décembre 2021

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Jean-Marie Hervagault a été le premier des imposteurs à prétendre au trône de France en se revendiquant l’héritier de Louis XVI et Marie-Antoinette. S’il a été scientifiquement prouvé que Louis XVII n’a jamais quitté le Temple de son vivant, l’histoire de cet usurpateur est singulière.
usurpateur

Officiellement mort dans la tour du Temple, à Paris, le 8 juin 1795, le dauphin, fils de Louis XVI, a-t-il été placé « dans un lieu sûr et ignoré », en attendant que les événements permettent sa réapparition ? Octobre 1796 : un vagabond d’une quinzaine d’années est condamné à un mois de prison par le tribunal de Bayeux. Il se faisait passer pour « le descendant d’une famille très distinguée, devenue malheureuse par suite des événements de la Révolution ». L’année suivante, il récidive du côté d’Alençon, et se déguise en fille pour mieux assurer son anonymat. Enfin, le 25 mai 1798, le même personnage est arrêté à deux lieues de Châlons-sur-Marne et refuse de livrer son nom : « On le cherche assez, répond-il. On ne l’apprendra que trop tôt ! »

Les royalistes champenois chuchotent qu’il est peut-être l’enfant du Temple. Une petite cour se rassemble autour du prisonnier

En attendant, le mystérieux garçon est logé à la maison d’arrêt. Les gazettes locales relatent l’événement. Les royalistes champenois chuchotent qu’il est peut-être l’enfant du Temple. Une petite cour se rassemble autour du prisonnier. Il trouve même un « grand aumônier », en la personne de Mgr Lafont de Savines, ancien évêque jureur de Viviers. Soudain, coup de théâtre, un certain Hervagault, tailleur à Saint-Lô, réclame son fils Jean-Marie, dont le signalement correspond à celui de l’inconnu. C’est entre deux gendarmes que notre « dauphin » regagne le domicile familial. Une nouvelle fugue, aggravée d’escroquerie, le mène à séjourner deux ans dans la prison de Vire. Nullement assagi, Jean-Marie reprend le chemin de la Champagne, où l’attendent ses partisans… et les geôles châlonnaises. Libéré en 1801, il est recueilli par un riche propriétaire de Vitry-le-François. Désormais, Hervagault ne fait plus mystère de sa pseudo-identité royale. Trônant au milieu de ses fidèles, il joue les grands seigneurs, distribuant faveurs et disgrâces.

À l’en croire, le tailleur de Saint-Lô aurait vendu son propre fils, atteint de scrofule ! Échangé contre celui-ci, Louis XVII aurait été conduit vers l’Ouest par le comte de Frotté, chef de la chouannerie normande. Après la déroute de Quiberon, « Louis XVII » – alias Hervagault – trouve refuge en Angleterre. À Londres, le comte d’Artois tente de l’empoisonner au cours d’un repas ! George III met alors un navire à la disposition du malheureux enfant. Le voici maintenant à Rome, où le pape Pie VI, entouré d’un consistoire de vingt cardinaux, le sacre roi de France ! Et pour qu’aucun doute ne subsiste, le Saint-Père lui applique un fer rouge sur la cuisse. Hervagault exhibe volontiers ces curieux stigmates, en forme de trois fleurs de lys… un tatouage réalisé par l’un de ses compagnons de cellule, à la prison de Vire.

Hervagault-Louis XVII se serait rendu ensuite à Lisbonne. Là, les ambassadeurs de neuf souverains le saluent comme monarque authentique. Quant au roi du Portugal, il songe à le fiancer à sa belle-sœur Bénédicte. Puis le « fils » de Louis XVI fait un crochet par la Prusse. Le succès des royalistes aux élections de l’an V lui laisse espérer une restauration. Mais lorsqu’il arrive à Paris, le coup d’État de Fructidor – 4 septembre 1797 – a sauvé le Directoire. L’adolescent reprend sa vie d’errance…

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Un tel récit – truffé d’incohérences et d’anachronismes – ne convainc guère, mais indispose Bonaparte, le nouveau maître de la France. En 1802, Hervagault est condamné à quatre années de prison pour escroquerie et enfermé à la maison de force de Bicêtre, près de Paris. En 1806, Fouché, ministre de la Police, l’incorpore dans le bataillon colonial de Belle-Île en Mer. Il embarque à bord de La Cybèle, participe à un combat naval, déserte aux Sables-d’Olonne. Renfermé de nouveau à Bicêtre, avec les aliénés, il s’y éteint prématurément, le 8 mai 1812. À l’heure dernière, un prêtre l’exhorte à confesser son imposture. Mais Hervagault s’insurge une dernière fois : « Non, je suis vraiment le fils de Louis XVI et de Marie-Antoinette ! »

Une chose est certaine : Jean-Marie Hervagault n’était pas Louis XVII, puisque les analyses ADN pratiquées en 2000 sur le cœur de l’enfant du Temple ont démontré de manière formelle que le dauphin n’a jamais quitté vivant sa prison. Néanmoins, toutes les personnes qui ont approché le jeune aventurier s’accordent à souligner sa distinction naturelle. En fait, on sait aujourd’hui qu’Hervagault était le bâtard du duc de Valentinois, le futur Honoré IV, prince souverain de Monaco…

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