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Jean-Pierre Montal : Talents multiples

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Publié le

20 septembre 2024

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Avant l’été, le groupe Les Mercuriales sortait un premier mini-album, Les Choses m’échappent, salué autant dans les colonnes séniles et inclusives des Inrocks que dans celles de L’Incorrect, où le sémillant Emmanuel Domont écrivait : « Le rock français m’a toujours semblé un vilain truc, mais quand il est ainsi, on ne peut qu’en être fier. » Sur cette musique tendue et classieuse, des textes largement au-dessus du niveau de collégien acnéique qui norme la production nationale et une voix de crooner distingué pour les débiter : celle de Jean-Pierre Montal, un nom que vous connaissiez sans doute, mais associé à un autre contexte ; ou plutôt non : associé au même contexte mais sous de nouveaux éclairages. Le rock des années  60, enragé ou psychédélique, il en avait imbibé La Nuit du 5-7, un beau roman au sujet duquel nous l’avions interviewé. L’architecture contemporaine dont sont emblématiques les tours Mercuriales de Bagnolet qui donnent leur nom et leur bénédiction totémique au groupe, Montal en avait fait une passionnante apologie dans Leur Chamade, roman publié au printemps 2023, par la bouche de l’un de ses personnages marquants, architecte de vocation. Quelques obsessions tenaces, mais une grande diversité dans l’approche, voilà, a priori, ce qui pourrait caractériser notre homme.

Envers et contre-cool

Artiste brillant qui sait aussi jouer à l’ombre, Jean-Pierre Montal est encore connu dans les milieux autorisés pour avoir fondé en 2009 les excellentes éditions Rue Fromentin, lesquelles lancèrent le merveilleux Patrice Jean qui exalte cette rentrée 2024 et les pages de ce numéro avec sa Vie des spectres, éditée au Cherche-Midi, où officie désormais aux côtés de Jean Le Gall : Jean-Pierre Montal… C’est aussi chez Rue Fromentin que parut L’Esthétique contre-cool, de notre ancien collaborateur Pierre Robin, et dont Montal pourrait lui-même incarner une tendance exemplaire par son côté dandy, moderne à rebours, glamour froid. De chaque côté de la création, on trouve chez lui la même cohérence en termes de qualité et d’atmosphère.

Atteinte d’un sommet

Pour son cinquième roman, Montal nous offre une fugue sur l’amour impossible. Comme dans le précédent, Leur Chamade, il développe son intrigue à partir d’une obsession de cinéphile : le film Elle et lui, cette fois-ci, de Leo McCarey, où un couple séparé ne cesse de ne pas se retrouver, un thème qu’il décline dans sa logique vertigineuse et mélancolique. Un homme et une femme partageant la même passion pour ce film se rencontrent lors d’une séance dans le quartier latin, se recroisent à une projection de la version originale (McCarey en fit deux), s’attirent, tombent amoureux, se perdent (elle a 72 ans, lui la quarantaine, ça corse les choses), tentent de poursuivre toujours hantés l’un par l’autre… Si la démultiplication du thème fait songer à la musique, la construction du livre évoque aussi l’architecture brutaliste si chère à son auteur. Les angles narratifs, comme les époques, alternent sans cesse, chaque face témoignant d’une sobriété, d’une épure, d’une tension extrêmes, mais l’ensemble déployant une structure virtuose. Ce roman, sans doute le plus mûr de Montal, repose sur une économie impeccable, concis, intense, à la fois fétichiste et détaché, il est comme toujours baigné d’une envoûtante nostalgie, moins pour un passé mythique que pour les modernités d’hier ; et doué d’une élégance folle. On écrit la plupart du temps sur l’amour raté, mais il est rare qu’on réussisse aussi bien à le faire. Avec La Face Nord, l’homme aux talents multiples atteint un premier grand sommet.

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