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Jean Sévillia : « Il faut craindre l’instrumentalisation et la mise en accusation du passé de la France »

Ce mercredi 20 janvier, l’historien Benjamin Stora a remis au président de la République Emmanuel Macron un rapport sur « les mémoires de la colonisation et de la guerre d’Algérie ». Si le rapport est moins biaisé qu'attendu - malgré certains éléments très contestables, l’historien Jean Sévillia en appelle à rester attentif à l’utilisation politique qui en sera faite. Entretien.

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© Folio histoire

Quel regard portez-vous sur le processus politique ayant mené à ce rapport, déclenché notamment par les propos d’Emmanuel Macron affirmant que « la colonisation est un crime contre l'humanité » ?

Cette histoire a commencé de manière biaisée parce que je considère qu’il y a un vrai travail à faire sur l’histoire authentique de la présence française en Algérie, de ce que nous Français nommons guerre d’Algérie et que les Algériens nomment guerre d’Indépendance. Dans la mesure où cette séquence a commencé, d’après les propos d’Emmanuel Macron, sous l’angle de la repentance, d’une condamnation de principe sous le terme diabolisant de « crime contre l’humanité » de l’œuvre coloniale française, ça partait mal car sous les auspices de présupposés idéologiques qui ne sont pas fondés historiquement, ou qui du moins sont le contraire d’une démarche historique et scientifique. D’emblée, la logique politique qui a poussé Emmanuel Macron à demander un rapport sur notre histoire était biaisée.

Pour ce rapport, que penser du choix de Benjamin Stora, historien marqué politiquement, et particulièrement sur la question algérienne ?

Benjamin Stora est extrêmement marqué : il a eu un engagement radical dans sa jeunesse, il était militant troskyste et même permanent de l’OCI (Organisation communiste internationaliste). Je ne crois pas du tout que Stora soit aujourd’hui un sous-marin trotskyste comme on peut le lire parfois : ce sont des propos délirants. Il a changé et ça se voit dans ses écrits. Cela étant, il reste un homme engagé à gauche et surtout il y a un parti-pris chez lui qui traverse son discours et son œuvre historique : premièrement, la condamnation de principe de la présence française outre-mer – ce qu’il appelle le colonialisme – et deuxièmement dans le cas algérien une empathie naturelle qu’il dissimule à peine envers le nationalisme algérien. Il est donc tout sauf un témoin objectif, bien que l’objectivité parfaite n’existe pas en histoire. Il est un témoin engagé, ce qui fait craindre chez lui des réflexes militants dans son travail historique. [...]

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