Toute la Gaule est occupée par les Romains… Toute ? Non ! Un village peuplé d’irréductibles Gaulois résiste encore et toujours à l’envahisseur ». Astérix avait raison ! Du reste, la « pax romana » sera souvent troublée par la fougue celtique, de la fronde du légat Vindex contre Néron aux révoltes des bagaudes, en passant par les empereurs gaulois du IIIe siècle – Postume, Victorin et Tetricus…
Dès l’aube de l’ère chrétienne, un chef éduen, Julius Sacrovir – ou Sacroviros – va brandir l’enseigne de la révolte. Pourtant, il appartient à une noble famille de l’actuel Morvan, qui a reçu la citoyenneté romaine et a même été agrégée à la gens Iulia, la tribu de César. Il en est de même de son principal acolyte, le Trévire Julius Florus. Leurs motivations semblent d’ailleurs autant d’ordre financier que patriotique, comme l’explique Tacite : « Ils se rendent dans les assemblées, les réunions, et se répandent en discours séditieux au sujet de la permanence des impôts, du poids accablant des intérêts de leurs dettes, de l’orgueil et de la cruauté des gouverneurs ». Profitant d’une certaine discorde régnant au sein des légions cantonnées sur le Rhin, depuis la mort de Germanicus, en 19 ap. J-C, les deux complices considèrent « que l’occasion est belle pour ressaisir la liberté, eu égard à la prospérité des Gaules, à la pauvreté de l’Italie, à la veulerie de la populace de Rome, et à ces armées dont toute la puissance repose sur des auxiliaires étrangers ».
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Depuis la conquête, les cités gauloises ont connu de profondes mutations, en essayant de copier le modèle latin. Les élites traditionnelles mènent un train de vie somptueux. Elles ont dû financer sur leurs propres deniers la modernisation ou la création de centres urbains. C’est ainsi qu’Augusta Treverorum (Trèves) ou Augustodunum (Autun) ont été fondées à la gloire d’Auguste. En outre, les cités dites « alliées », exemptées de tributs, seront réduites au sort commun sous le règne de Tibère. « Un grand nombre de villes et de particuliers, explique Suétone, furent dépouillés de leurs anciennes franchises, comme du droit d’exploiter leurs mines ». À ces causes purement économiques s’ajoutent sans doute des griefs religieux, la persécution recrudescente du druidisme, en particulier la prohibition des sacrifices humains.
Dans un premier temps, la sédition embrase le Val de Loire, chez les Turons et les Andécaves. Vite matée, elle se rallume en Belgique, à l’initiative de Florus, suivant le plan convenu. La réaction des légats Visellius Varron et Caius Silius, qui commandent en Germanie supérieure, est d’abord mal coordonnée. Puis leurs troupes déferlent sur le territoire des Séquanes qu’elles ravagent. Battu dans les Ardennes, Julius Florus se suicide afin d’échapper à la captivité.
Sacrovir, désormais livré à ses seules forces, replié sur Autun, à la tête d’une troupe hétéroclite de quarante mille hommes, s’apprête à livrer le combat de la dernière chance. « Monté sur un superbe cheval, poursuit Tacite, il parcourt les rangs, exaltant les exploits passés des Gaulois, les désastres qu’ils avaient infligés aux Romains, et combien leur liberté serait accrue par leur succès, et leur servitude par la défaite ».
Velleius Paterculus : « Combien redoutable était la guerre qu’avaient allumée Julius Florus et Sacrovir, prince des Gaulois ! Avec quelle rapidité et quel courage Tibère l’étouffa »
L’affrontement final se produit quelque part dans la plaine d’Epinac ou sur le plateau de Thury. La supériorité tactique des légionnaires ne tarde guère à s’imposer : « S’armant les uns de haches et de cognées, les autres de crocs et de fourches coupées dans les forêts voisines, comme pour abattre un mur, ils enfoncent la ligne de leurs adversaires qui, une fois à terre, ne peuvent plus se relever ».
Réfugié dans une villa des environs – peut-être à Cordesse – Sacrovir se donne la mort avec quelques compagnons fidèles, après avoir mis le feu au bâtiment pour que leurs corps soient réduits en cendres. Une tragédie que l’historien contemporain Velleius Paterculus résumera en quelques lignes désinvoltes : « Combien redoutable était la guerre qu’avaient allumée Julius Florus et Sacrovir, prince des Gaulois ! Avec quelle rapidité et quel courage Tibère l’étouffa, puisque le peuple romain apprit qu’il était vainqueur avant même de savoir qu’il était en guerre et que la nouvelle de sa victoire devança celle du danger ! »





