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Yves L’Hôtellier, l’homme qui voulait un roi

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Publié le

27 octobre 2020

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Les masses se montrent généralement dociles, et les moutons noirs sont l’exception : pourtant, on en trouve à toute époque, anticonformistes, contestataires, hétérodoxes, rebelles, résistants, dissidents, réactionnaires… comme on voudra les appeler. Pour l’historien curieux, ils représentent la pépite scintillant au fond du tamis, le diamant brut trouvé parmi la caillasse. En voici un, pêché au plus fort de la grande tempête révolutionnaire.
Yves L'Hotellier

En ce 9 août 1793, le rédacteur du Journal de la Montagne n’en croit pas ses oreilles de sans-culotte. À la tribune de la Convention, le député du Nord Eugène Gossuin vient d’annoncer l’avènement d’une « constitution républicaine, symbole de vertu et de bonheur ». Sur les 44 000 communes composant le territoire de la République, toutes ont marché d’un même pas, en approuvant le texte avec un bel enthousiasme. Toutes ? Non, une seule avait « eu la bassesse de voter pour le rétablissement de la royauté, et de demander que le fils de Capet montât sur le trône. Cette municipalité est celle de Saint-Thomas, district de Saint-Brieuc, département des Côtes-du-Nord, et c’est le maire, nommé Vetol-Terrier qui a déterminé les citoyens à émettre ce vœu infâme ». De son côté, le Journal de Paris parle de la commune de Saint-Tonnant et d’un certain Ivelot-Tellier, « chassé de l’assemblée électorale pour son incivisme ». Mieux informé, Le Républicain français donne l’orthographe exacte du courageux édile : Yves L’Hôtellier, maire de Saint-Donan.

Car il ne fallait pas manquer d’intrépidité, alors que la Terreur vient d’être mise à l’ordre du jour, pour défier ainsi la dictature parisienne ! Il est vrai que l’Ouest, de la Vendée à la Normandie, s’est insurgé, mais aussi Lyon, dans le Midi, la Picardie et l’Artois. Sur sept millions de « citoyens actifs », plus de cinq s’abstiendront de voter, malgré la censure, la répression et les massacres. La Bretagne, hostile par tradition au pouvoir central, n’a pas tardé à exprimer sa vive opposition aux excès du centralisme jacobin et aux mesures de déchristianisation.

Il ne fallait pas manquer d’intrépidité, alors que la Terreur vient d’être mise à l’ordre du jour, pour défier ainsi la dictature parisienne !

Dans un tel climat, la bravade d’Yves L’Hôtellier prend un caractère exemplaire. Ce laboureur – c’est-à-dire petit propriétaire agricole – n’a sans doute pas été d’emblée hostile aux réformes amorcées en 1789. Il le dira dans une lettre de justification, adressée le 18 août, au président de la Convention, où il proclame « son attachement à la république et sa soumission aux lois » : « Depuis quatre ans, nous consacrons nos soins et notre temps au service du public, et à faire exécuter vos décrets ». Tentative tardive d’échapper aux conséquences de sa témérité ? Peut-être, mais L’Hôtellier y précise également qu’il souhaite « une amnistie pour les prêtres, attendu la liberté des cultes autorisée par la constitution même ».

Aussitôt destitué, le premier magistrat de Saint-Donan ira croupir durant quatorze mois dans la prison de Saint-Brieuc. Échappant par miracle à la guillotine, il est libéré après Thermidor et ne tarde pas à reprendre ses activités publiques. Sous le Directoire, en l’an V (1797), on le retrouve président de l’administration du canton de Plouvara. En juin 1812, il redevient maire de Saint-Donan, jurant alors – sans doute du bout des lèvres – « obéissance aux constitutions de l’Empire et fidélité à l’empereur ».

Lire aussi : 150 ans de la IIIe République : le Second Empire victime du coup de force des Républicains

La Restauration comble les espérances secrètes de ce vieux royaliste. En 1814, le conseil municipal de Saint-Donan exprime ses félicitations à Louis XVIII, et « voue à [sa] personne sacrée et à [son] auguste famille, amour, obéissance et fidélité ». Au passage, il rappelle l’épisode révolutionnaire : « Notre digne maire, qui est encore à notre tête, après avoir échappé heureusement à la persécution, Yves L’Hôtellier, demanda hautement aux factieux étonnés notre religion et nos princes ».

Il devra attendre 1829 – quatre ans seulement avant sa mort – pour recevoir, avec la Légion d’honneur, le prix de sa loyauté. La Quotidienne relate l’évènement : « Le jour où le maire de Saint-Donan a prêté son serment comme légionnaire, il avait réuni chez lui, à sa table, un grand nombre d’amis. À la fin du repas, il a porté, d’une voix émue, la santé à Sa Majesté en ces termes : “Si j’ai subi autrefois une longue détention, si j’ai vu ma maison pillée pour avoir été fidèle à nos princes légitimes, j’en suis bien dédommagé par la noble récompense que le roi vient de m’accorder. Vive Charles X ! Vivent les Bourbons ! »

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