En 2017, le monde ébahi découvrait en Junk head un véritable OFNI (objet filmique non identifié). Il avait fallu sept années à son unique concepteur, Takahide Hori, pour animer en stop motion les créatures de ce Brazil bizarre où des cyborgs combattaient des monstres mutants dans des souterrains indéterminés. Après le succès de niche mais mérité du premier opus, voici Junk world, un prequel censé se passer 1042 années avant le premier volet. L’équipe s’est étoffée jusqu’au trio, et le tournage n’aura pas excédé trois ans. L’histoire est encore plus folle, comme si l’idée première de Terminator était passée au mixeur des points de vue multiples du Rashomon de Kurosawa.
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Complètement dépaysante, cette suite développe l’humour en jachère de Junk head. Un passage hilarant inspiré du 2001 de Kubrick imagine la création d’une civilisation par un robot déglingué à partir de rebuts, véritables stupidités artificielles, qui vont dépasser leur pauvre état grâce à ce Dieu fou (pour citer le beau Mad God de Phil Tippett, autre film insulaire d’un animateur génial). L’apparition d’effets spéciaux en 3D donne une patine moderne à ce qui était précédemment dans la lignée du grand Ray Harryhausen (les plus âgés auront un frisson en se remémorant les séquences fantastiques du Jason et les Argonautes de 1963). L’esthétique de la récupération a rarement donné un film aussi libre et imprévisible. Au dernier tiers, la narration se prend un peu les pieds dans les paradoxes temporels, mais cette réserve ne saurait minorer le plaisir tourneboulant qu’on prend à ces aventures hors du commun.
JUNK WORLD (1h45), de Takahide Hori, en salles le 13 mai





