La droite actuelle semble vouée à l’obsolescence programmée. Il suffirait pourtant de faire du neuf avec du vieux. Recyclons la droite !
Si le plus souvent l’homme de gauche est intolérant et hypocrite, celui de droite est borné et schizophrène. L’homme de droite évolue très peu, ce qui n’est pas sans désavantage : on lui prête une vertu conservatrice. Mais sa paresse l’entraîne vers la facilité ; ce qui lui rapporte facilement, surtout. Une expression a fait florès depuis l’après-guerre : « la droite la plus bête du monde ». Elle fut reprise régulièrement (puis appliquée à la gauche), mais toujours pour des questions électoralistes et non à propos des idées. On n’a d’ailleurs pas rencontré d’idées en politique depuis des lustres; le terme d’ « idée » lui-même, d’ailleurs, est inusité. Le dernier à l’avoir employé avait une « certaine idée de la France », aussi certaine que ce « je-ne-sais-quoi » qui dit tout de la France. On se doute que M. Macron ait lui aussi une certaine idée de la France, mais il est difficile d’avoir une idée haute, noble et dégagée quand on marche en regardant son smartphone.
Revenons à l’homme de droite aujourd’hui, son côté enfantin qui le rend sympathique quand il ne donne pas envie de le gifler. Le côté bourrin, aussi, du « droitard »: « Je mange de la viande tous les jours si je veux », « je roule en 4 x 4 en ville si je veux ». En somme, « je fais ce que je veux et je vous emmerde et ceux qui ne sont pas d’accord sont des communistes ». Car la seule idée de l’homme de droite au XXe siècle a été et demeure chez certains retardataires d’éradiquer le communisme, et par-là tout ce qui concerne la responsabilité collective. Les « écolos » qui se soucient du bien commun sont en train chez lui de remplacer l’ennemi « communiste ». Je parle ici non pas des grandes exceptions comme Hélie Denoix de Saint-Marc, mais d’une tendance lourde, de l’immense majorité des « droitards », ceux qui siègent pesamment à l’Assemblée nationale et au Sénat, même ceux qui ont une certaine idée de la France, qui est la plus souvent réduite à une entrecôte même pas Label rouge. Avec la frustration, aussi, que la grande majorité des jeunes gens de droite ont été capables de manifester en masse contre la destruction de la famille mais pas contre la tyrannie de la finance ou le désastre écologique. Deux questions qui vont pourtant de pair et devraient leur rappeler Mammon ou les encycliques de Jean-Paul II, Benoît XVI ou François sur la « Maison commune ». L’homme de droite, hélas, ne voit ou ne veut voir dans l’écologie que la parodie qu’en ont fait les « écolos » et autres « Verts ».
Il n’y a pas plus conservateur que celui qui se soucie des ravages occasionnés par l’idéologie productiviste moderne (capitaliste et communiste), par l’idéologie libérale-libertaire moderne, par le matérialisme technoscientifique moderne dans les corps, les esprits et notre terre
C’est ce que montre la droite libérale-conservatrice aujourd’hui: cette droite schizophrène voire oxymorique, qui vote aussi bien Macron, est la droite à papa, la droite ringarde qui fait un peu pitié parce qu’elle en est restée au modèle des Écoles de commerce des années 90 et du stage de tennis « aux USA ». Derrière elle, la droite vaguement populiste, provinciale, celle dont le « bon sens en action » a été volé par le Crédit Agricole, celle qui a vu sans broncher passer le train de la modernité et n’a pas craché sur les zones commerciales qui dévoraient les terres fertiles. Celle à qui l’on ment, dont on se moque, et qui n’a plus la force de protester.
Hé, oh la droite !
La droite française pourrait pourtant être la plus belle du monde. Parce que la France, malgré les efforts de Pécresse et d’Hidalgo, d’Ayrault ou de Juppé, n’est pas encore couverte de mégalopoles et possède encore un terroir et des gens qui le font vivre, et surtout, des gens qui ont le sens de l’histoire et un petit peu de fierté. Un terroir et une tradition, soit un corps et une âme. Ce terroir est le terreau de la droite qui pourrait naître (on le sait depuis longtemps certes, mais on l’a oublié), si elle se souciait de défendre vraiment la qualité de vie des Français et non la quantité de steacks-hachés dans son frigidaire ou la vitesse de ses bagnoles sur la départementale. Ce discours paraîtra sans doute bassement poujadiste, mais je préfère encore Poujade à Pujadas. Ce discours écologiste nécessairement anticapitaliste, on commence à l’entendre à droite, chez des jeunes gens adeptes de « l’écologie intégrale » sagement rangés derrière le nouveau Pape ; onl’entend aussi depuis un moment du côté de la droite dite « païenne » flottant dans le « cosmos », on l’entendait déjà, surtout, chez des non-conformistes des années Trente, Jacques Ellul et Bernard Charbonneau. Les années Trente, années où la droite a sans doute perdu la dernière bataille conservatrice.
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Il est une évidence, que devrait comprendre ceux qui se disent conservateurs aujourd’hui: l’écologie c’est le conservatisme + la révolution. La « conservolution », si vous voulez. Conserver la tradition, renverser la modernité. Il n’y a pas plus conservateur que celui qui se soucie des ravages occasionnés par l’idéologie productiviste moderne (capitaliste et communiste), par l’idéologie libérale-libertaire moderne, par le matérialisme technoscientifique moderne dans les corps, les esprits et notre terre. Dans la réédition de son essai Décroissance ou toujours plus? (éditions Pierre-Guillaume de Roux), l’encyclopédiste Alain de Benoist rappelle les mille et un chiffres et les mille et une raisons que même vu de droite on serait susceptible de comprendre : la première étant que les ressources sur terre sont limitées et que la sainte croissance ne peut être illimitée. Le « droitard » pense que décroissance signifie retour à la caverne. Fameuse Reductio ad cavernum. Il pense aussi que le nucléaire est l’énergie la moins dangereuse et polluante, mais ne souhaite pas investir dans l’immobilier à Bures. Il pense encore que la haute-technologie pourra résoudre tous les problèmes (alors que les minerais nécessaires à celle-ci sont rares et en voie d’épuisement). Il pense aussi et surtout qu’on a le temps de voir venir.
Procrastiner pour mieux sombrer.
Rends la terre ! Gens de droite, qui aimez votre pays, votre paysage, qui aimez votre chère, vos paysans, qui aimez vos traditions, vos artisans et votre fabrique de France ; gens de droite qui aimez votre indépendance, qui rêvez de gloire, qui tenez à vos racines et à votre histoire, voulez-vous vraiment: détruire vos bocages à coup d’aéroports et vos forêts et haies à force de monoculture extensive ; manger les ersatz fabriqués à l’étranger et livrer la santé de vos paysans au surmenage et aux produits chimiques; abandonner les savoir-faire et délocaliser pour acheter moins bien et moins cher; vous en remettre à la loterie des marchés financiers globalisés et décidés par algorithmes; jouer dans la bulle des starteupes et avec la sorcellerie transhumaniste plutôt que créer un nouveau modèle, une nouvelle voie qui préserve notre liberté, notre avenir et le pays de nos enfants? Ne voulez-vous pas plutôt que la France se distingue radicalement en sautant le pas de la véritable modernité : celle qui remet la personne au centre et l’argent à la périphérie, celle qui remet notre relation à la nature au centre et non à la périphérie ? La France ne sera pas seule, mais ouvrira la voie, comme elle a déjà su le faire.
Aussi, la droite de France pourrait être la plus belle du monde si elle s’emparait de cette écologie intégrale qui lui revient naturellement: conserver et transmettre un monde vivable et vivant. En attendant, elle remplit les poubelles, et risque de tomber dans celles de l’Histoire.





