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Georges Dorignac a commencé comme un impressionniste doué (on aimera les touches qui constituent les robes de La Famille, 1908), et est mort au moment où il s’essayait à son troisième style, un art décoratif monumental où se mêlaient art roman, orientalisme et art déco.
C’est sa deuxième manière qui est la plus fascinante : pendant dix ans, à la pierre noire, au lavis, au fusain, à l’encre d’imprimerie, et parfois à la sanguine, il a fait surgir de grandes figures noires, têtes seules ou corps ramassés, qui luisent comme des bronzes ou sont mates et précises comme un morceau de charbon.
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Les visages féminins aux expressions neutres évoquent des statues, monumentales et prosaïques banales et précisément mystérieuses à proportion qu’elles sont banales, ni laides ni ravissantes: vraies et révélées par ce noir qui surprend et pousse à s’attacher à comprendre – et comprendre que Dorignac cherche « simplement » la vérité propre à chaque humain. Cette vérité-là est évidente dans ses danseuses, ses haleurs, ses paysannes, tendus par l’effort, écrasés par la perspective, ramassés par la composition qui excède presque les bords de la feuille : l’énergie, la vie sont palpables. L’exposition, parfaitement mise en scène et éclairée, permet de (re)découvrir un peintre rare trop tôt disparu, tombé dans l’oubli et heureusement ressurgi des limbes.
Richard de Seze

Corps et Ames
Georges Dorignac
Exposition au Musée de Montmartre, Jardin Renoir
Du 15 mars au 08 septembre 2019
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