Skip to content

L’abondance est-elle de droite ?

Par

Publié le

28 mars 2025

Partage

L’actualité récente nous a montré que le sapin de Noël est aussi politique qu’une constitution et le foie gras un marqueur de civilisation aussi manifeste que le droit de vote. Mais comment décider à coup sûr ce qui est de droite ou de gauche ? Notre chroniqueur Richard de Seze répond. Sujet du jour : l’abondance.
© Alexander Schimmeck – Unsplash

Sortant de chez un fromager, dont les vitrines étaient bien garnies sans tomber dans l’amoncèlement cornucopiasque, je me pris à considérer le plaisir innocent que j’avais à contempler cette honnête abondance dont je n’avais prélevé qu’une petite portion, brèche bientôt comblée puisque les réserves regorgeaient sans doute de semblables fromages. Les étals bien composés évoquent un monde harmonieux, de même une table chargée des treize desserts de Noël et un buffet sur lequel on vient de ranger toutes les courses faites au marché.

Ce sont des objets familiers, et cela compte : on ne contemple pas un insolent trésor surabondant, coffre-fort où Picsou nage dans ses monnaies, salle où s’entasse le trésor des Incas dans de grandes jarres, non plus une pièce extraordinaire, dans sa vitrine, qui exhibe sa rareté et sa complication comme un culturiste fait saillir ses muscles huilés sur un podium.

Lire aussi : Le vintage est-il de droite ?

L’abondance honnête réjouit le cœur de l’homme car elle est une manifestation de richesse concevable, donc accessible : ces desserts nombreux ne sont pas non plus l’annonce d’un gâchis puisque les convives comptent bien en manger plus que d’habitude sans aller jusqu’à l’écœurement, ces courses n’attendent que d’être peu à peu transformées au fil de la semaine en repas – en les considérant, on voit à travers elles, se superposant aux viandes encore emballées et aux légumes encore crus, l’image des plats fumants bientôt déposés au milieu des assiettes –, ces étals restent mesurés, et s’ils excèdent nos appétits ils ne les désespèrent pas par une variété si grande qu’elle implique notre incapacité absolue à l’embrasser du regard et de la raison ; quelle horreur que ces restaurants qui imaginent des buffets pantagruéliques pour le triste plaisir d’être enivré à l’idée de pouvoir bâfrer !

On aura compris le prix que j’attache à honnête dans cette affaire. L’abondance doit rester un spectacle, une sensation, une possession, même, qui ne dépasse pas les bornes de l’honnêteté, comme on disait il n’y a pas trois cents ans, ce mélange assez allègre de rigueur, de bonne foi, d’aisance, de savoir-vivre et d’obligeance (l’honnêteté est de droite, n’est-ce pas) ; l’abondance honnête ne se veut pas quotidienne dans son exercice et sa jouissance mais rechigne à s’exprimer trop rarement, godillant toujours entre le ladre et le prodigue, sachant accueillir l’aubaine sans la thésauriser. Connaissant le prix de la contenance sans en exagérer la vertu, recommandant la tempérance tout en autorisant une gourmandise opportune, détestant l’ivrognerie mais admettant l’ivresse, l’honnête abondance ne propose pas la jouissance personnelle continue, sans cesse assouvie au point de ne plus pouvoir être rassasiée, mais la satisfaction commune qui ne se réalise qu’avec le prochain. Résumons-nous : l’honnête abondance est comme une boîte de calissons, elle est donc de droite.

EN KIOSQUE

Soutenez l’incorrect

faites un don et défiscalisez !

En passant par notre partenaire

Credofunding, vous pouvez obtenir une

réduction d’impôts de 66% du montant de

votre don.

Retrouvez l’incorrect sur les réseaux sociaux

Les autres articles recommandés pour vous​

Restez informé, inscrivez-vous à notre Newsletter

Pin It on Pinterest