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Laurence Trochu : « Aucune politique sérieuse ne peut se faire sans une réflexion philosophique complète »

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Publié le

13 janvier 2026

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À travers la Fondation New Direction, l’eurodéputée Laurence Trochu organise du 15 au 17 janvier, à Toulouse, un colloque consacré à l’œuvre de saint Thomas d’Aquin, à l’occasion des 800 ans de sa naissance. Elle nous présente les raisons d’une telle initiative, et le programme des trois journées.
© Laurence Trochu

Pour quelles raisons avez-vous décidé d’organiser ce colloque ?

Il y a d’abord le calendrier : nous avons fêté en 2025 les 800 ans de la naissance de saint Thomas d’Aquin, et il me paraissait intéressant de clore cet anniversaire par une remise à l’honneur de l’œuvre magistrale de ce géant qu’a produit notre civilisation, à son apogée intellectuelle. Par ailleurs, toute politique sérieuse se fait sur la base d’une définition que nous avons de l’homme, et celle de saint Thomas d’Aquin doit nourrir notre réflexion. Ce colloque est aussi là pour promouvoir une définition de la politique qui retrouve l’Être, qu’elle avait délaissé pour l’Avoir, selon une formule très juste de Patrick Buisson. La première responsabilité d’un responsable politique, c’est de connaître la nature humaine, puisqu’il a l’ambition d’être aux commandes de la destinée d’un peuple. C’est le premier message que je veux faire passer : le politique ne peut se contenter d’être un simple administrateur des rapports humains. Il doit mettre en œuvre les conditions nécessaires à la recherche du Bien Commun.

En quoi l’œuvre de saint Thomas d’Aquin vous semble-t-elle précieuse pour notre temps ?

Elle l’est d’abord dans cette optique que je viens de décrire. Elle est aussi précieuse en tant qu’héritage reçu de notre civilisation, et un lien avec nos racines gréco-latines, saint Thomas d’Aquin ayant basé une grande partie de son œuvre sur les travaux de Platon et d’Aristote. Je crois surtout que les réponses que saint Thomas d’Aquin cherche à apporter sur des questions personnelles et politiques s’appuient sur une nature humaine qui n’a pas changé, depuis Aristote jusqu’à aujourd’hui. Les principes qui régissent donc la vie de la cité ne changent pas, seuls les moyens sont modifiés. Restent donc pertinentes les notions de subsidiarité, de propriété privée ou d’équité pour ne parler que d’elles. Par ailleurs, la recherche du Bien Commun, sa définition, les moyens de le mettre en œuvre, toutes ces considérations demeurent en tout temps.

Lire aussi : Éditorial d’Arthur de Watrigant : Boussole

Mieux encore, saint Thomas d’Aquin laisse évidemment toute sa place à la part spirituelle de notre humanité, dont l’existence est aujourd’hui niée par nos dirigeants. Ce vide dans le pain de la modernité qui ne comble pas l’homme est aujourd’hui sidéral, criant, et conduit à des catastrophes dans des domaines aussi apparemment prosaïques que la politique architecturale ou du logement. Cette tendance naturelle que nous avons à nous orienter vers le beau, qui se révèle par exemple autour de la polémique sur les vitraux de Notre-Dame de Paris, est depuis longtemps insatisfaite. Cette part spirituelle n’a pas disparu, quoi qu’on ait tenté pour cela, et doit être prise en compte par le politique.

Qu’est-ce que New Direction, l’organisateur de ce colloque ?

La Fondation New Direction pour le conservatisme européen est la fondation officielle du Groupe politique des Conservateurs et Réformistes européens au niveau du Parlement européen. Fondée en 2009, New Direction se veut le foyer intellectuel du mouvement conservateur européen en pleine expansion, donnant une voix aux mouvements nationaux qui promeuvent l’héritage, les valeurs traditionnelles et le respect du principe de protection de la souveraineté nationale.

Grâce à des recherches, des rapports, des conférences et des groupes de travail, New Direction contribue à informer le travail des législateurs conservateurs aux niveaux européen, national et régional. Parallèlement, l’université d’été et la série d’académies de New Direction contribuent à transmettre les principes conservateurs à une nouvelle génération plus jeune. C’est donc un think-tank lié au parti et bénéficiant de fonds de l’Union européenne ; tous les groupes politiques du Parlement européen ont une fondation qui leur est adossée.

Plus concrètement, quel est le programme de ces trois journées ?

À tout Seigneur tout honneur, la première après-midi sera consacrée à une messe sur les reliques de saint Thomas d’Aquin, au Couvent des Jacobins. La journée du vendredi, ouverte gratuitement au public, verra se succéder trois conférences, et deux tables rondes sur différents aspects de l’enseignement thomiste. Nous conclurons notre séjour par une visite de l’abbaye Notre-Dame de Lagarde le samedi, avec une conférence sur l’héritage du monachisme dans la construction européenne.

Qui sont les intervenants, et quels seront les angles abordés ?

Nous aurons l’honneur d’accueillir Rémi Brague qui donnera une conférence sur la nature humaine chez Saint Thomas d’Aquin, thème central de notre journée. Le cycle de conférences commencera par une rapide évocation de la vie du saint par le frère Ghislain-Marie des Dominicains de Toulouse. Celle-ci sera suivie par une intervention de François-Marie Portes, qui parlera de l’influence du thomisme dans l’engagement politique européen. Au sein des tables rondes, les professeurs Denis Sureau et Bernard Callebat parleront des concepts d’État et de Patrie chez Saint Thomas d’Aquin. Il y aura aussi d’autres intervenants de différents pays européens tels que le professeur Fulvio di Blasi, directeur du Centre Thomiste International pour les études philosophiques.

Une publication des actes du colloque est-elle prévue à ce jour ?

Oui, nous publierons un document reprenant et prolongeant tous ces travaux, le temps de réunir les participations de chacun.

Pouvez-vous donner les informations pratiques pour qui voudrait s’y rendre : lieu, date, inscription ?

La journée ouverte au public se tiendra donc le vendredi 16 janvier à partir de 9h30 à la Salle Sénéchal, 17 rue Charles de Rémusat à Toulouse. L’entrée est possible toute la journée. L’inscription n’est pas obligatoire mais elle est fortement recommandée, via ce lien : https://forms.gle/eNKsrpBuwmaZFVYd8

D’autres évènements de ce genre sont-ils prévus ?

J’espère que nous pourrons effectivement organiser d’autres évènements de ce genre, sur des figures comme saint Augustin par exemple ou des penseurs dans d’autres domaines. Je réitère ce que je vous disais en préambule de cet entretien : aucune politique sérieuse ne peut se faire sans une réflexion philosophique complète.


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