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C’est dans un atelier d’artiste du quartier de Montparnasse revisité avec goût que nous avons conversé avec Laurent Maréchaux, entre deux de ses séjours sur l’île grecque de Patmos, lieu de repli qu’il a choisi par affinité avec les Pages grecques de Michel Déon. C’est par Christian Authier, auteur d’un brillant essai sur l’auteur des Poneys sauvages que nous nous connaissons. Au menu de nos discussions en cet après-midi d’octobre : son quatrième roman, L’Appel (chez Pierre-Guillaume de Roux), qui nous entraîne dans le petit monde des membres des cabinets ministériels. L’homme est pudique et c’est en plongeant dans les tréfonds de ses livres que l’on peut reconstituer son aventureux parcours.
Le narrateur de L’Appel, brillant énarque, travaille à l’Élysée pour un de ses précédents locataires qui ressemble beaucoup à celui qui vient de rejoindre son Créateur. Une nuit, la quiétude de la permanence du conseiller est troublée par un appel inattendu : celui d’une jeune femme âgée de 25 ans, amie du Président de la République, qui lui fait part de sa volonté de se suicider.
« Mitterrand, Chirac, Hollande avaient à travers leur rapport aux femmes une part d’humanité, un jardin secret. Quelle que soit la médiocrité de leur action, ces hommes avaient encore un certain intérêt. Je n’ai jamais rencontré Jacques Chirac, mais d’aucuns soulignent ses grandes qualités d’écoute. »
Cinquante ans d’engagement et de désabusement politique conduisent Laurent Maréchaux à focaliser son œil acéré de romancier sur deux sujets : le rapport aux femmes de nos dirigeants et le suicide en politique. « Mitterrand, Chirac, Hollande avaient à travers leur rapport aux femmes une part d’humanité, un jardin secret. Quelle que soit la médiocrité de leur action, ces hommes avaient encore un certain intérêt. Je n’ai jamais rencontré Jacques Chirac, mais d’aucuns soulignent ses grandes qualités d’écoute. D’autre part, ces personnages de premier plan savaient préserver une part importante de leur emploi du temps pour leur vie privée, à commencer par leurs maîtresses ». Mais dans L’Appel, l’héroïne n’entretient aucune relation intime avec le Président. Condamnée pour trafic de drogue en Indonésie, elle a été ramenée en France par le Président après qu’il l’a visitée dans sa prison. Quand il a écrit ce livre, Laurent Maréchaux ignorait la trajectoire de Béatrice Saubin, condamnée à mort à 22 ans en 1982, dans des circonstances analogues, mais en Malaisie cette fois. Une jeune femme morte, en 2007 des conséquences de sa détention, à l’issue de laquelle elle avait, coïncidence, noué une amitié avec Jacques Chirac.
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Ce roman est l’occasion pour Laurent Maréchaux de revenir sur le désespoir qui a pu gagner les militants de sa génération. Il a en effet appartenu dans les années 1970 à ce solidarisme qui renvoyait dos à dos Moscou et Washington, les trusts et les soviets. Une mouvance inclassable qui rejetait à la fois le libéralisme débridé qui pointait son nez et le collectivisme totalitaire de la gauche marxiste. Une mouvance à laquelle ont appartenu aussi bien l’ancien ministre Frédéric de Saint-Sernin que l’écrivain Baudouin de Bodinat. Dans L’Appel, pour convaincre l’héroïne de ne pas faire le grand saut, le conseiller présidentiel évoque deux amis qui ont mis fin à leurs jours. Derrière la figure du premier, Louis, on retrouve un personnage des Sept peurs (Le Dilettante, 2005), premier roman largement autobiographique de Laurent Maréchaux. Louis y apparaissait sous son véritable nom, Geoffroy Linÿer, figure mythique de la promo 1986 de SciencesPo Paris, jadis revisitée dans un livre par la journaliste Ariane Chemin. Il s’est suicidé à 33 ans, en 1997, faute de perspectives, après avoir apporté son aide aux combattants de la liberté en Afghanistan et en Birmanie. « Il est représentatif de ces jeunes que j’ai bien connus et qui se sont retrouvés désabusés et sans emploi après avoir couru l’aventure au Liban dans les Phalanges chrétiennes, en Afghanistan avec Massoud et en Birmanie chez les Karens », explique notre romancier. Pour Laurent Maréchaux, « ils se sont alors perdus dans ce qu’Henry de Monfreid appelait “la platitude des champs de betteraves” ». L’autre suicidé, Jean, évoque pour sa part la figure de Christophe de Ponfilly, cinéaste ami du commandant Massoud qui s’est donné la mort à 55 ans dans la forêt de Rambouillet, « tant la laideur du monde l’avait chez lui emporté sur la soif de vivre », explique, avec beaucoup d’émotion dans sa voix si particulière, Maréchaux.
Reste aussi la phrase de Cioran qu’il affectionne : « Pourquoi nous retirer et abandonner la partie quand il nous reste tant d’êtres à décevoir »
Hanté par la décadence de notre civilisation, notre hôte est très inquiet de l’évolution politique et sociétale de la France : « L’extension de la PMA c’est dramatique car c’est une dénaturation de l’homme ». Reste la beauté radicale des rencontres et les vieilles amitiés forgées dans les combats d’hier. Reste aussi la phrase de Cioran qu’il affectionne : « Pourquoi nous retirer et abandonner la partie quand il nous reste tant d’êtres à décevoir ».
Jérôme Besnard
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