Votre titre Raisonnablement sexiste pourrait laisser penser qu’il s’agit exclusivement d’une charge contre les néo féministes et pourtant, vous déclarez aussi l’homme coupable. Mais de quoi ?
Lui aussi renonce souvent à être, à se comprendre, à s’assumer, à endosser ses responsabilités. On ne peut pas exclusivement s’en prendre aux femmes, comme le Français râleur ne s’en prendra qu’à son président ou à ses pairs. Il faut commencer par être à la hauteur soi-même. Réhabiliter la virilité mentale, une certaine indocilité, le courage de soutenir des opinions dangereuses, plutôt que suivre le troupeau et tenter de bêler le plus fort. Il est admirable de voir tant de messieurs se plaindre de notre situation, et de n’absolument rien faire – ou si peu – quand il existe mille opportunités d’aller au charbon, de sortir de la passivité, de tenter de renverser la vapeur.
Vous écrivez que l’émancipation des femmes par le travail était une fausse libération. Par quoi passe donc cette libération et pourquoi l’émancipation est un « piège à con »?
Parce qu’on a fait du travail et de l’autonomie financière la seule forme acceptable d’accomplissement – en s’alignant sur le modèle masculin de la compétition sociale. C’est évidemment une tentative désespérée d’oublier que les femmes ont cette propriété de faire des enfants, et que, contrairement
aux hommes archi-compétiteurs, leur pouvoir s’affirme bien plus souvent sur la famille, les relations et le clan que sur l’abstraction extérieure. Les femmes préfèrent un travail flexible qui garde un sens, et privilégient les relations sociales.
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Et accordent évidemment beaucoup d’importance à la maternité. Or on leur fait bien comprendre que pour être une femme moderne, il faut s’abstenir ou flanquer le colis qui pleure à la crèche, mais c’est encore une fois hiérarchiser le monde autour d’injonctions idéologiques, bien éloignées de notre réalité. Beaucoup de femmes s’imposent des choix en vertu de cette pression sociale dite « féministe ». L’émancipation sexuelle, c’est encore pire. On a voulu faire de la femme un homme comme un autre, en imaginant la libérer, ça n’a fait que l’aliéner superbement à des comportements attentant à sa valeur.
Pourquoi la séduction est-elle une manipulation et en quoi est-elle bien la preuve que l’homme n’est pas une femme comme les autres ?
Nos choix de partenaire relèvent bien davantage de l’inconscient que du conscient. Chacun doit se vendre, quitte à en faire un peu trop. Même si nos instincts sont passablement dérégulés, les femmes vont se décider d’abord en fonction du statut et des ressources de monsieur, quand les hommes seront avant tout obnubilés par la beauté et le charme de madame. Les hommes, dont les gamètes sont abondants et peu coûteux, doivent faire la cour pour arriver à leurs fins. Les femmes, qui privilégient l’amour et l’engagement, ont ce pouvoir crucial de choisir et faire mariner, puisque les conséquences d’un rapport sexuel sont potentiellement beaucoup plus grandes pour elles. La séduction consiste à se parer de ses plus beaux atours, à charmer, à s’assurer d’un engagement réciproque. Plus nous choisissons avec soin, plus nos enfants auront des chances de bénéficier de bons parents, plus ils auront donc des chances de se perpétuer à leur tour dans de bonnes conditions.
Vous affirmez que la différence entre les anciens couples et les jeunes couples est que ces derniers ne se forment que très rarement pour fonder une famille, pourquoi ?
Oui, notre époque et en particulier les jeunes manquent cruellement de recul sur eux-mêmes. Ils sont plutôt « éco- anxieux » et le concept de donner la vie – de famille même – est peu présent sur les offres culturelles du moment. Tout concourt à faire comprendre aux jeunes Français qu’il est un peu déplacé d’avoir des enfants. Ce n’est pas féministe, pas écologiste et presque un peu raciste de se perpétuer. Mieux vaut jouir et ne pas s’encombrer de responsabilités. On vivra comme des roitelets entourés de serveurs à bas coût, en flambant tant que possible (mais de manière éco-responsable et dans le respect des droits de l’homme). Et quand on se rendra compte qu’on a peut-être manqué quelque chose, il sera souvent trop tard.
Vous déconstruisez les fausses inégalités et rappelant qu’il en existe des vrais, physiques évidemment mais également mentales. Expliquez-nous ?
Avec le sport en mondovision, il est devenu difficile de soutenir que les femmes ne sont que des hommes empêchés. Sous le jeu de nos hormones notamment, nos différences biologiques sont considérables. Il serait surprenant que notre cerveau, notre organe le plus complexe, le plus coûteux, impliquant le plus de gènes, en soit miraculeusement épargné. Et la science nous confirme que c’est loin d’être le cas : les hommes et les femmes se caractérisent par une activité cérébrale différente, des aspirations différentes, un rapport à l’empathie et à la systématisation différent. Ce sont des questions de moyennes, mais aux extrêmes elles ont leur importance.
Si un homme et une femme pris au hasard ont souvent la même intelligence, les hommes sont bien plus extrêmes, plus nombreux à être idiots comme géniaux. Ils sont plus souvent marginaux, en échec social et scolaire, mais aussi plus souvent les meilleurs, quelle que soit la discipline. Évidemment, ça se voit, puisqu’on parle souvent des meilleurs, et ça se traduit par un déséquilibre de revenus. Mais ce déséquilibre est justifié par ce que nous sommes. C’est pourquoi il est absurde et totalitaire d’imaginer une parité en tout et pour tout. C’est nier les individus et leurs spécificités.
Vous accusez l’État, le socialisme écrivez-vous, de spolier le contribuable pour sponsoriser l’improductif et créer des « amoureux immatures ». Comment cela se traduit-il ?
Par des aides sociales massives depuis 1945, qui favorisent la reproduction des individus les moins responsables, tout en annulant la conséquence de leurs actes. Le citoyen qui vit ainsi par procuration, sous la tutelle de l’État, se comporte comme un garnement capricieux, qui n’exige plus rien de lui-même, et tout de l’État, c’est-à-dire des autres.
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Vous faites l’apologie du mariage chrétien. Quelles sont les conséquences du mariage civil dénaturé et de l’idéologie libertaire ?
Le mariage chrétien prend en effet en compte de manière remarquable ce que nous sommes, nos aspirations fondamentales, aussi bien des femmes que des hommes. En plus de la transmission de la vie, il place la notion de responsabilité au cœur de son engagement. Depuis, le « jouissons sans conséquence » est passé par là, et cette idéologie sartrienne (l’être humain indéterminé peut faire ce que bon lui chante – et s’il ne fait pas ce qu’on veut, on l’y forcera) a voulu se persuader que le plaisir était l’unique objectif de la vie, faisant du sexe et de l’infidélité une toxicomanie parmi d’autres, une injonction sociale. Sauf que nos actes ont des conséquences, et que se nier revient vite à s’autodétruire.
Vous préconisez la suppression des aides et allocations familiales et donc de fait toute politique nataliste, réclamée par une grande partie de la jeunesse dite conservatrice – qui lorgne avec envie du côté de la Hongrie. Pourquoi ?
De telles incitations à se reproduire ne concernent pas les meilleurs, pour le dire poliment. Ça ne contribuera pas à enrayer notre déclin anthropologique. La seule politique nataliste valable serait plutôt fiscale, en allégeant ou supprimant les impôts des heureux parents. Je pense qu’il est plus utile de ramener nos compatriotes à notre biologie, à la compréhension de ce que nous sommes, aux meilleures façons de s’accomplir et de se respecter. Il est aussi nécessaire de reprendre à l’État – et à Netflix – l’éveil de nos enfants à ce qu’ils sont.

RAISONNABLEMENT SEXISTE, LAURENT OBERTONE, Magnus, 286 p., 21 €





