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Le blanc des accusés

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Publié le

7 novembre 2019

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Il y a eu beaucoup de films sur la banlieue, rarement par des gens qui y ont réellement vécu », explique Kery James rappeur et dorénavant, scénariste, acteur et réalisateur du film Banlieusards tout juste sorti sur la plateforme de streaming ricaine Netflix. Une déclaration symptomatique de la nouvelle vague « banlieue » qui, lassée de son monopole du rap (qu’on lui laisse bien volontiers), ambitionne d’élargir son spectre et se tape l’incruste dans le one man show, téloch et cinoche.

 

 

 

De l’ancêtre Jamel Comedy Club au nouveau Barbes Comedy Club promu sur la quotidienne communautariste progressiste Clique qui grand remplace Le Grand Journal sur Canal +, en passant par le Festival de Cannes qui récompense du prix du jury 2019 Les Misérables, chronique d’une journée à Montfermeil, « le gramsciste caillera » squatte les écrans. « Nous, on s’intéresse au monde actuel, et pas à l’actualité, parce qu’aujourd’hui, le monde actuel est totalement absent des médias traditionnels », explique Mouloud Achour présentateur guignol de Clique, un monde actuel qui culmine à 126 000 téléspectateurs…

 

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Banlieusards raconte l’histoire de Souleymann, Demba et Noumouké, trois frères de la banlieue de Champigny. Le premier est élève avocat, le second trafiquant de drogue et le troisième hésite encore. « Le cinéma français aime bien que d’autres personnes parlent à notre place, à la place des gens que je prétends représenter et défendre », explique le réalisateur Kery James. Comme s’il fallait être une rombière pour écrire Madame Bovary ou GI pour réaliser Apocalypse now. La différence justement entre l’art et la propagande, l’universalisme et l’égocentrisme.

Construit autour d’un concours d’éloquence entre Souleymann et Lisa, jeune bourgeoise blonde du Ve arrondissement, autour du sujet central : « L’État est-il le seul responsable de la situation des banlieues en France », le premier devant répondre par la négative.

Le camarade James se plaint de ne pas avoir eu de soutien – « on n’a pas eu l’aide du CNC, aucune chaîne de TV n’a voulu le programmer », comme quoi même gauchiste, le cinéma français pense encore entrées. « Il s’est fait finalement par le biais des Américains. Ce qui est paradoxal pour moi qui suis un gros critique des Etats-Unis », affirme Kery James né Alix Mathurin – on a connu critique plus affirmé.

 

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Si Banlieusards n’eut pas le soutien escompté par son auteur, c’est pour des raisons esthétiques. Écrit à la truelle, le film enfile les clichetons aussi grossiers qu’un collier de perles Tati et greffe une bande-son guimauve que même André Rieu aurait reniée. Tout est surécrit, surfilmé, découpé à la scie rouillée avec pour seule ambition de marteler sa propagande à destination d’un seul public, la banlieue. Construit autour d’un concours d’éloquence entre Souleymann et Lisa, jeune bourgeoise blonde du Ve arrondissement, autour du sujet central : « L’État est-il le seul responsable de la situation des banlieues en France », le premier devant répondre par la négative. Évidemment les histoires parallèles l’aideront à affiner sa défense et même les affreux flics racistes ne réussiront pas à le faire plier. La partie adverse tentera la victimisation que le grand Souleymann réfutera ; non, la victimisation est une impasse explique-t-il, une impasse parce qu’elle est l’arme des blancs : « Vous ne souhaitez pas que ces gens se prennent en main, vous n’entrevoyez leur avenir qu’à travers le RSA et les allocations familiales, une façon pour vous de limiter leurs aspirations et plafonner leurs réussites. Au fond il est nécessaire pour vous de les maintenir dans un sentiment de détresse et de victimisation permanentes car ce dont vous avez besoin c’est qu’ils aient besoin de vous. Ce dont vous avez besoin c’est de vous sentir moins coupable, moins coupable du petit confort dont vous avez joui depuis votre plus tendre enfance. Non coupable d’être blanche ». Accusé blanc, levez-vous !

 

Arthur de Watrigant

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