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Mathieu Bock-Côté : Zemmour boycotté ?

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Publié le

6 novembre 2019

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Mathieu Bock-Côté revient sur la controverse autour de Zemmour : que ce dernier soit allé trop loin dans ses propos ou non, la question de la liberté d’expression reste. Et le lynchage médiatique à sens unique également.

 

 

 

« L’affaire Zemmour » est-elle un exemple de plus de cet empire du politiquement correct que vous analysez dans votre dernier livre ou sommes-nous montés d’un cran ?

Assurément. Il ne s’agit pas ici de se prononcer sur la valeur en soi de son discours mais sur sa réception par le système médiatique. Il suffit apparemment aujourd’hui que Zemmour prenne la parole pour que le régime diversitaire se mette en état d’alerte et mobilise les références les plus odieuses pour le disqualifier. Le Monde a même trouvé le moyen de voir dans son discours une première étape vers une politique génocidaire. En fait, la simple existence médiatique de Zemmour est de moins en moins acceptée, comme on l’a vu dans la controverse entourant son arrivée à CNews. Des quasi-anonymes dont on entend parler pour la première fois espèrent se faire un nom en annonçant qu’ils boycotteront la chaîne !

L’appel à la censure est désormais explicite. Il prend toujours la même forme. On commence par dire qu’on est ouvert à la liberté d’opinion mais que les idées de Zemmour sont absolument irrecevables dans la conversation démocratique. Elles relèvent de la délinquance intellectuelle. Le périmètre de la liberté d’expression ne cesse de se resserrer. On tolère le débat dans la mesure où il respecte les fondements idéologiques du vivre-ensemble diversitaire. Qui les critique ouvertement risque de devenir un paria. Contre Zemmour, on dressera un cordon sanitaire. On se référera souvent aux condamnations de justice pour justifier cette mise à l’écart sans se demander si les lois liberticides sont légitimes et si elles ne pénalisent pas tout simplement le désaccord intellectuel.

On devrait pouvoir critiquer sévèrement le discours de Zemmour et marquer son désaccord avec lui sans le diaboliser.

Venant de ses adversaires politiques, la gauche et les progressistes, ennemis politiques désignés à La Convention de la droite, on ne peut être surpris par leurs réactions, en revanche les attaques venant plutôt de ceux de son camp en usant de qualificatifs comme « lamentations anxiogènes » et « croque-morts » ou « la convention de l’extrême droite ». Comment expliquer cela ?

Il y a peut-être un effet de sauve-qui-peut. Zemmour semble devenir radioactif alors on s’en éloigne en reprenant les mots du système pour le fustiger. On espère peut-être ainsi avoir droit à ses bonnes grâces. La tentation est forte d’aller aux abris et de se positionner médiatiquement loin de lui. On peut croire toutefois que certaines de ces critiques soient sincères, je n’en doute pas – normalement, dans la vie intellectuelle, personne ne devrait avoir à choisir son camp. Cela dit, on devrait pouvoir critiquer sévèrement le discours de Zemmour et marquer son désaccord avec lui sans le diaboliser.

 

Lire aussi : La déchirure

 

De votre point de vue, après avoir écouté son discours, des passages ou des mots vous ont-ils choqué ? Avez-vous entendu des appels à la haine ?

En fait, son discours m’a surtout semblé désespéré, presque apocalyptique. Il serait temps de questionner ce concept de haine, terriblement unidirectionnel. Il en est venu à désigner ceux qui s’opposent frontalement, sans faire de concessions, au progressisme. Qui refuse de suivre le sens décrété de l’Histoire sera tôt ou tard extrême-droitisé. Inversement, on peut vomir sans cesse sur les conservateurs ou les populistes, on ne sera jamais inquiété. La haine contre la « droite » passe pour une saine forme de combativité démocratique. Quant au racisme antiblanc, on nous a appris qu’il s’agissait d’une impossibilité logique ! Une fois cela dit, il devrait être possible de critiquer raisonnablement ce discours. Prenons l’exemple de la comparaison entre l’islam et le nazisme. Je la considère irrecevable. Nous devrions décréter un moratoire sur les références à la Seconde guerre mondiale dans le débat public. Quand Zemmour cède à cette facilité, il faut le dire.

Chaque fois, on commence par nous expliquer qu’il ne se passe rien et qu’il n’y a rien à voir. Puis la réalité déchire les discours rassurants. Puis on doit convenir que le péril est bien réel, ce qui n’empêche pas de maudire ceux qui ont été les premiers à l’annoncer, à le nommer.

L’attentat à la Préfecture de police quelques jours après puis la polémique du voile un peu plus tard lors d’un conseil régional, ne lui ont-ils pas donné raison ?

Le traitement médiatique pour dissoudre l’événement, le dépolitiser radicalement, en dit beaucoup sur les efforts immenses du régime diversitaire pour s’aveugler devant la décomposition de notre civilisation. Chaque fois, on commence par nous expliquer qu’il ne se passe rien et qu’il n’y a rien à voir. Puis la réalité déchire les discours rassurants. Puis on doit convenir que le péril est bien réel, ce qui n’empêche pas de maudire ceux qui ont été les premiers à l’annoncer, à le nommer. Le récit médiatique dominant cherche à étouffer les mille signes qui témoignent de la décomposition de nos sociétés soumises au multiculturalisme et à l’immigration massive. Le régime ne tolère tout simplement pas un contre-récit médiatique critique à son sujet.

 

Lire aussi : Interdire le voile ou interdire l’Islam ?

 

Vue du Québec, à la suite de cette affaire et des déclarations d’Emmanuel Macron qui a appelé de ses vœux une « société de la vigilance », la France est-elle dans ce « face-à-face » que prédisait Gérard Collomb lors de son départ du ministère de l’Intérieur ?

Comment ne pas voir que la France est entrée dans une spirale régressive ? Ils sont de plus en plus nombreux à évoquer l’hypothèse de la guerre civile alors qu’hier encore, ils célébraient le vivre-ensemble. La décence élémentaire voudrait au moins qu’ils s’excusent publiquement. Ils continuent plutôt de faire la leçon. Sans gêne.

Le voile institutionnalise un communautarisme. On l’oublie souvent mais la tolérance libérale présuppose une société culturellement intégrée. Il fallait une société suffisamment cohérente sur le plan identitaire pour mettre en scène le choc des idéologies. Quand la nation se défait, s’impose le règne des tribus.

Quel jugement portez-vous sur la question du voile ?

Sa présence de plus en plus massive et l’inconfort qu’il suscite doivent être bien compris. Le voile, dans nos sociétés, relève bien moins de la piété que de l’exhibitionnisme identitaire. C’est un symbole politico-culturel qui a pour vocation d’assurer une visibilité maximale à l’Islam dans la cité. Et je ne parle même pas du voile intégral, le niqab, qui relève de la provocation directe. Je ne doute pas qu’elles sont nombreuses à le porter de bonne foi, mais elles sont instrumentalisées par l’Islam politique qui veut plier notre société à son modèle identitaire. Le voile institutionnalise un communautarisme. On l’oublie souvent mais la tolérance libérale présuppose une société culturellement intégrée. Il fallait une société suffisamment cohérente sur le plan identitaire pour mettre en scène le choc des idéologies. Quand la nation se défait, s’impose le règne des tribus. Et on maquille cette fragmentation intime du corps politique et social en parlant de « diversité ».

 

 

Propos recueillis par Arthur de Watrigant

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