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Le bourdon de Notre-Dame

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Le bourdon de Notre-Dame a accompagné tous les grands évènements de notre histoire précise Marie-Hélène Verdier qui montre le pouvoir de rassemblement des cloches, tel que le décrit Chateaubriand dans Le génie du christianisme.

 

Il est né en 1686. Il a pour parrain Louis XIV. Il pèse 13 tonnes. Il est la plus grosse cloche après celle du Sacré-Coeur. Il est en fa dièse. Il a la plus belle sonnerie qui soit au monde. Pour préserver sa pérennité, il faut ménager ses sonneries à la volée. Il résonne donc pour les grandes fêtes religieuses et les grands événements nationaux. Pour Pâques (Ah ! quand, dans la nuit, on l’entend, avant le Gloria, et que la lumière se fait pour annoncer la Résurrection !) et pour la Pentecôte. Il sonne pour les Te Deum, pour la visite d’un Pape ; pour la fin des conflits de la Grande guerre, et pour la Libération. Il a résonné pour la chute du mur de Berlin et l’enterrement du gendarme Beltrame. Pour l’enterrement de Jacques Chirac (sa première sonnerie après l’incendie). Il se trouve dans la tour Sud de Notre-Dame, sauvée, comme la tour Nord. Le nom « bourdon » veut dire, en musique : « grosse cloche au son grave et plein ».

 

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Dans le Génie du Christianisme, Chateaubriand consacre un chapitre aux cloches, à leur pouvoir merveilleux de rassembler le peuple en « forçant les vents et les nuages à se charger des pensées des hommes ». Et l’écrivain de distinguer les cloches des villes et les cloches des champs, le glas de la mort qui fait frémir et peut ébranler l’athée. Il y a les cloches des hameaux qui réveillent les « fantômes dans la vieille chapelle de la forêt » ou qui, comme l’alouette – « l’ange des moissons » – réveillent le laboureur. Il y a les carillons des fêtes et les cloches des calamités. Il y a le tocsin qui résonne dans la pièce tandis que le son de l’horloge frappe tranquillement l’heure écoulée. On n’entend plus guère, dans nos villes, le son des cloches unissant terre et ciel.

Dans le Génie du Christianisme, Chateaubriand consacre un chapitre aux cloches, à leur pouvoir merveilleux de rassembler le peuple en « forçant les vents et les nuages à se charger des pensées des hommes ».

Le Génie du Christianisme — génie signifie, esprit, âme— a eu un immense succès car il a eu une portée politique. En écrivant les Pensées, Pascal avait fait œuvre apologétique pour montrer que la religion chrétienne est celle « qui avait le mieux connu l’homme. » Revenu à la foi de son enfance après la mort de sa mère, François-René de Chateaubriand, en écrivant son apologie du christianisme, entre 1795 et 1799, entendait montrer, après les Lumières et la Révolution, que « seul le christianisme explique le progrès dans les lettres et les arts. » En glorifiant l’art gothique, la beauté des ruines, la poésie des fêtes religieuses, le livre donnera un souffle nouveau à la pensée catholique. Il influencera, en particulier, Lamennais.

 

En 1802, Bonaparte vient de proclamer le Concordat qui redéfinit les relations entre le Saint Siège et la France. Il entend ramener la concorde civile. Les deux géants vont alors croiser leurs destins. Bonaparte voit tout de suite le génie de Chateaubriand dont le livre sert sa cause. Approuvé le 3 avril 1802, le Concordat est proclamé le 18 avril 1802. Le Génie a été publié le 14 avril : Bonaparte l’a eu entre les mains, apprécié à sa juste valeur. Tout est au mieux. Le 22 avril 1802, Bonaparte s’approche de Chateaubriand, lors d’une cérémonie, à l’Hôtel de Brienne. Chateaubriand rapporte, dans les Mémoires : « Je n’avais pas ouvert la bouche, cela voulait dire que Bonaparte était content de lui. » Suit une histoire, faite d’admiration et de haine, entre ces deux monstres sacrés de la littérature et de la politique.

 

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Chateaubriand dédie la seconde partie du Génie à Bonaparte, espérant un rôle politique reconnu. Las, il est nommé secrétaire d’ambassade à Rome ce qui ne le satisfait pas. Ainsi s’arrête la relation entre ces deux grands hommes qui se ressemblent pourtant, avec des points communs : nés tous deux dans des régions jalouses de leur autonomie — la Bretagne et la Corse—, ils ont le même orgueil, un désir croisé de gloire politique et de lettres, pour ne rien dire d’une maîtresse commune, une jolie Créole, Fortunée Hamelin. De ces deux personnages légendaires, l’historien Alexandre Duval-Stalla a fait une biographie croisée, aux éditions Gallimard.

Chateaubriand dédie la seconde partie du Génie à Bonaparte, espérant un rôle politique reconnu. Las, il est nommé secrétaire d’ambassade à Rome ce qui ne le satisfait pas.

Ce soir du 15 avril, lumineux, baudelairien, on fêtait le jour anniversaire de l’incendie de Notre- Dame qui sidéra le monde entier. J’étais sur le Petit pont Lustiger à écouter le bourdon Emmanuel. Ses grands coups lents, profonds, solennels résonnaient comme un cœur plein de bonté. Les applaudissements lui faisaient écho. Et ce bourdon faisait battre de nouveau le cœur de la France. Il résonnait en hommage aux soldats du feu ; aux architectes ; aux Compagnons dont la télévision avait rendu présents les visages, hier, vraies pierres vivantes.

Bientôt le chantier reprendra. Bientôt, nous vaincrons le Coronavirus. Bientôt, la vie reprendra, forcément. En faisant résonner le bourdon Emmanuel, dans des heures graves pour la France, le président Macron a mis ses pas dans ceux de ses prédécesseurs et de la tradition. Ce bourdon ne sonne pas la nostalgie mais l’espoir. Le bourdon Emmanuel, ce sont toutes les cloches qui n’ont pu sonner, en France, le jour de Pâques.

Tous les Présidents français ont mesuré l’importance de la religion catholique en terre de France. Que l’on croie au Ciel ou que l’on n’y croie pas, c’est une réalité : l’émotion suscitée par l’incendie de Notre-Dame l’a montré.

Tous les Présidents français ont mesuré l’importance de la religion catholique en terre de France. Que l’on croie au Ciel ou que l’on n’y croie pas, c’est une réalité : l’émotion suscitée par l’incendie de Notre-Dame l’a montré. Or, c’est bien ce « génie » français qu’il faut retrouver, loin de tout calcul idéologique et mercantile. Certes, il ne faut être ni naïf ni passif. Pour que le Ciel vous aide, il faut y mettre du sien. Et comment ! Mais, comme le dit la prière de Péguy, récitée il y a quelques jours, devant la Couronne d’épines : « Il faut avoir confiance en Dieu, mon enfant /Il faut avoir espérance en Dieu/ Il faut faire confiance…. Il faut faire crédit à Dieu. »

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