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Le calamar abyssal est-il de droite ?

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Publié le

2 mars 2026

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L’actualité récente nous a montré que le sapin de Noël est aussi politique qu’une constitution et le foie gras un marqueur de civilisation aussi manifeste que le droit de vote. Mais comment décider à coup sûr ce qui est de droite ou de gauche ? Notre chroniqueur Richard de Seze répond.
© DR

Cette rubrique s’efforce d’être honnête et exacte. Les lecteurs de L’Incorrect savent que je n’ai jamais reculé quand il s’agissait de dévoiler le centrisme du poulpe ou la dextérité des moules mous. Dieu sait si en écrivant « le moule mou est de droite » je savais que j’allais m’exposer aux critiques les plus vives – qui n’ont pas manqué.

C’est donc avec une certaine gravité que je m’apprête aujourd’hui à vous parler du calamar-à-l’envers. Il a été découvert récemment dans les abysses, la fosse marine de Clarion-Clipperton, pour être précis, riche en geysers marins qui crachent des eaux très chaudes et sombres. La vie grouille autour des trous fumants et on y trouve de pâles anémones aux blancs tentacules et des crevettes pâles qui se pressent autour des cratères. On a l’impression d’une ville nouvelle, construite en bordure d’une vieille métropole, où de lentes cohortes d’assujettis sociaux vivent une existence au ralenti en attendant que pleuve sur eux la morne manne redistribuée qui leur assure de chétifs plaisirs.

Lire aussi : Les remplages sont-ils de droite ?

Le calamar-à-l’envers se nourrit de crevettes. Enfoui dans la vase, la tête au fond de sa tanière comme un centre des impôts dans la diagonale du vide, il ne laisse sortir que son siphon et deux grands tentacules blancs, qu’on appelle fouets, aux extrémités appelées massues, garnies de ventouses. La métaphore fiscale me paraît amplement justifiée. On aura compris que le calamar-à-l’envers des abysses pacifiques a délibérément choisi de ne rien voir de son environnement et de n’imaginer de relation que sous la forme d’une prédation statique, de l’exploitation monomaniaque d’une rente de situation.

Pourquoi ne laisser flotter que deux tentacules dans les eaux attiédies par les geysers ? Parce que les crevettes prennent les tentacules pour des anémones, des éponges (qui vivent 17 000 ans, comme les vraies traditions), avec qui les crevettes entretiennent des relations suivies, se raccrochant aux organismes millénaires pour tenter de se réconforter : elles nettoient les éponges comme on entretient encore quelques restes de catholicisme festif, un musée de la carte à jouer et des espaces verts où des statues de pierre rongée ou de bronze verdi témoignent d’un passé oublié mais glorieux. Les crevettes s’approchent, le calamar-à-l’envers les capture et les dévore, maigre et quasi unique chair de ces territoires dévastés où l’administration ne produit plus que des règlements pour expliquer comment se passer des services publics et reprend d’une main ce qu’elle donne de l’autre.

Résumons-nous. Bête maligne tapie dans la vase, le calamar-à-l’envers exploite la faiblesse de populations exténuées dépendantes d’une énergie rare. Mimant de placides organismes millénaires qui offrent une vraie nourriture, ils trompent le peuple des crevettes, qui viennent mourir dans son bec après avoir été capturées par ses fourbes tentacules. Le calamar-à-l’envers est de gauche. Je soutiendrai cette opinion quoi qu’il m’en coûte.

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