La question est excellente. Elle a surgi en considérant les maquettes grandeur nature des vitraux conçus par Claire Tabouret pour agrémenter – augmenter ! – Notre-Dame de Paris avec cette Macron’s touch que le monde nous envie, qui est d’apposer partout sa patte bruyante et brillante en expliquant qu’elle est « la marque du siècle ». Claire Tabouret a donc imaginé des vitraux, sur le thème de la Pentecôte, et elle les propose à l’admiration de tous, au Grand Palais, pour « permettre au public d’en débattre, de s’approprier cette création et lui donner envie de la découvrir en vitrail » (La Croix) : on voit à quel point la dame est macronique puisque l’issue du débat est forcément l’adhésion.
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Et les remplages, alors ? Le mot désigne le réseau de pierre à l’intérieur des embrasures des fenêtres et rosaces gothiques : les meneaux qui délimitent les ajours. Quand le vitrail représente une scène continue, les remplages viennent évidemment interrompre la continuité du dessin, ils fonctionnent comme des troncs d’arbre interposés entre le spectateur et le spectacle, ils cachent une partie du dessin. Les artistes tiennent compte des remplages et évitent bien sûr que la tête d’un personnage soit cachée par la pierre, par exemple. Choisie sur concours en partie parce qu’elle ne connaît rien à l’art du vitrail (mais ne lui dénions pas tout talent : Dior lui confia en 2020 son sac fétiche, Lady Dior, qu’elle transforma en tête de vampire, exposé dans le chic quartier de Msheireb Downtown Doha au Qatar), Claire Tabouret, elle, a décidé d’un parti pris original et qui fait débat, pour le coup : faire comme si les remplages n’existaient pas. Les figures sont donc souvent coupées, la tête d’un personnage apparaissant des deux côtés d’un meneau, comme si elle était un monstrueux pain de sucre, ou les bras de la Vierge s’allongeant démesurément de part et d’autre des barres de pierre, etc. C’est faux et c’est laid.
C’est faux et c’est laid parce que l’artiste a décidé d’ignorer le réel, qui est qu’une fenêtre gothique a besoin des remplages, soit pour affermir la structure, soit pour la beauté des entrelacs et de ces ajours aux noms charmants, comme mouchette et soufflet. L’artiste macronique a décidé que ses dessins se déployaient dans l’espace virtuel du projet d’Emmanuel Macron qui est d’apposer sa marque sur Notre-Dame, moyen le plus sûr, en effet, de passer à la postérité quand on voit le sort de ses grandes réformes. Claire Tabouret a décidé de poser sa marque sur Notre-Dame avec des projets mal conçus car s’affranchissant de l’esprit du lieu et même de la réalité du lieu. Les remplages, pourtant, sont irréfutables. Ils s’imposent avec la force de l’évidence. Ils jaillissent du bas des embrasures pour s’épanouir en ajours trilobés avec cette grâce si gothique d’une pierre qui se recourbe comme une vrille végétale. Structurels, gracieux, séculaires, aussi nécessaires que n’importe quelles limites sans lesquelles rien de grand ne peut exister, les remplages sont de droite, et d’une telle force qu’ils s’imposeront à Claire – ou alors la marque du siècle sera la difformité des personnages voulus par Macron.





