[vc_row][vc_column css= ».vc_custom_1569168998179{margin-right: 25px !important;margin-left: 25px !important;} »][vc_column_text]
Rudy Reichstadt, animateur du site « Conspiracy Watch », publie en cette rentrée un livre d’utilité publique pour la raison qu’il entend décrire le corps infâme de cette hydre aux têtes repoussant aussitôt qu’on les a décapitées : le complotisme. Évitant l’écueil de ranger la moindre critique ou suspicion légitime dans le complotisme, Reichstadt en donne une définition aussi subtile qu’implacable.
D’abord, le complotisme n’est jamais une disposition au doute, bien au contraire, il s’envisage sous la forme du savoir : le complotiste sait qu’il existe un complot ou, du moins, qu’on lui cache quelque chose et que ce quelque chose, il est en mesure de le découvrir… via Internet, la plupart du temps. C’est ensuite un état d’esprit largement partagé voire universel qui nous fait souvent préférer ce qui confirme notre vision du monde à ce qui la nie ou même seulement l’interroge ; en d’autres termes, c’est la mort de la pensée.
Il n’existe pas de Watergate ni d’enquête sur la mort d’un Jeffrey Epstein, par exemple, ailleurs qu’en Occident.
Dès lors, s’il existe en chacun de nous un complotiste qui sommeille, il n’est pas sûr qu’il existe des complots. Reichstadt rappelle que Machiavel, grand maître de la manipulation, ne croyait pas aux complots pour des raisons que résume l’adage : « À plus d’un, un secret n’est plus un secret ». Car c’est là que le livre s’avère essentiel, sur la remise en cause de l’idée même du complot qui s’avère assez peu opératoire, quand on l’examine sérieusement, autrement qu’à des fins purement idéologiques et de propagande.
Lire aussi : Essence du politique
Autre intérêt du livre, quoiqu’il en marque aussi les limites : rappeler la distinction chère à Karl Popper entre sociétés ouvertes et société fermées, à l’heure où l’on a vite fait de produire des équivalences fausses entres nos démocraties libérales, aussi détestables soient-elles, et des régimes proto-autoritaires, largement fantasmés, telle la Russie de Vladimir Poutine. Il n’existe pas de Watergate ni d’enquête sur la mort d’un Jeffrey Epstein, par exemple, ailleurs qu’en Occident. Cependant, on aurait aimé un chapitre consacré au complotisme tel qu’il s’impatronise à présent dans le discours des représentants de l’État, et que Reichstadt n’évoque que par allusion à la fin de son livre ; ainsi, l’exemple d’Emmanuel Macron arguant d’une manipulation par les Russes des Gilets jaunes nous montre que la société ouverte semble autant menacée par ses adversaires que par ceux qui disent la défendre. Autrement dit, le virus du complotisme n’épargne personne et ne s’est jamais aussi bien porté, partout. Un livre salutaire et à lire d’urgence pour se décrasser la cervelle.
Rémi Lélian
L’OPIUM DES IMBÉCILES, ESSAI SUR LA QUESTION COMPLOTISTE – Rudy Reichstadt – Grasset – 192 p. – 17 €

© DR
[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row]





